On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Il est des personnes que des chercheurs travaillant sur des thématiques très différentes rencontrent, tant leur influence s'est déployée dans des directions diverses. Il faut parfois bien des années avant de se rendre compte qu'un personnage qui semble de second rang dans plusieurs domaines devient tout à fait intéressant pour peu que l'on rassemble les pièces du puzzle. C'est pourquoi, alors qu'il était quasi inconnu des non-spécialistes il y a quelques années et que les sources à son sujet étaient rares, Bernard Faÿ semble faire l'objet d'une attention nouvelle. Antoine Compagnon nous propose ici sa première véritable biographie. Sujet de choix et portrait d'un homme aussi énigmatique que fascinant. Comment donc cet individu, élu au Collège de France à moins de 40 ans, cet excellent connaisseur des Etats-Unis, cet ami des plus grands artistes de l'Entre-deux-guerres avait-il pu trouver son compte dans la politique de Vichy et se lancer dans une lutte contre les franc-maçons relevant presque de la paranoïa ? Sans la guerre, Faÿ serait-il resté ce qu'il était sans doute : un intellectuel politiquement conservateur et esthétiquement avant-gardiste ?
Né en 1893, dans une famille de la haute bourgeoisie parisienne (son père est notaire rue Saint-Florentin et deux de ses oncles maternels Rivière deviendront archevêques), Bernard Faÿ obtient l'agrégation de lettres en 1914 et s'engage immédiatement comme ambulancier de la Croix-Rouge aux armées, il obtient la Croix de guerre bien qu'il ait été réformé en raison d'une maladie infantile qui l’a laissé boîteux. Il poursuit ses études à Harvard après guerre et soutient en 1925 en Sorbonne sa thèse sur l'esprit révolutionnaire en France et aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle. Elle est aussitôt publiée en France et traduite aux Etats-Unis, où il obtient ensuite de beaux succès avec ses biographies de Benjamin Franklin et de Washington. Il devient surtout un bon spécialiste de l'Amérique contemporaine, qu'il défend alors que l'anti-américanisme fleurit en France.
Il fréquente alors le Tout-Paris littéraire et mondain. Ayant rencontré Proust en 1921, il est l'un des premiers à faire travailler ses étudiants de l'université Columbia sur son oeuvre. Par ses goûts et ses fréquentations, Bernard Faÿ se trouve à la pointe de la modernité esthétique. Grâce à son frère Emmanuel, proche des Dadas et mort dès 1923, il fréquente André Gide et quand il fonde un prix littéraire en 1923, c'est avec Giraudoux, Cocteau, Lacretelle, Morand et Larbaud. Auteur d'un Panorama de la littérature contemporaine en 1925, il écrit également un recueil de nouvelles loué par Gide et traduit des romans de l'américain, sympathisant avec plusieurs auteurs de ce pays. La plus connue est Gertrude Stein : leur amitié vivra jusqu'à la mort de cette dernière.
Sitôt sa thèse soutenue, Faÿ est chargé de cours, puis professeur, à la faculté des Lettres de Clermont-Ferrand. Mais surtout, dès 1932, il est élu à une chaire de civilisation américaine au Collège de France. Ses cours portent aussi bien sur le XVIIIe siècle – il prépare des livres sur Vergennes et sur La franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle au XVIIIe siècle – que sur la littérature contemporaine. Il donne cet enseignement jusqu'à sa nomination à la tête de la BN en 1940. Malgré des chicanes d'un certain nombre de ses collègues avec qui les relations se sont tendues, il demeure néanmoins titulaire de sa chaire jusqu'à sa suspension (1944) puis sa révocation (1946).
À la fois universitaire reconnu, proche des intellectuels importants, vulgarisateur habile, il est une des personnes en vue de la fin des années 1930, en France et aux Etats-Unis. Gertrude Stein assure en 1937 qu'il sera un jour élu à l'Académie française.
13 commentaires
royaliste
C'est depuis la révolution de 1789 que le catholicisme n' a cessé de perdre de sa grandeur et c'est je crois la plus grande tristesse de bernard faÿ qui n'a cessé jusqu'à sa mort de défendre l'église catholique apostolique et romaine.
(suite)
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Bendus
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