Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Cinéma et gastronomie font bon ménage depuis longtemps. Certains se souviendront des excès des années 70 (Le Charme discret de la bourgeoisie de Bunuel en 1972 ou La Grande bouffe de Ferreri, l’année suivante), mais ces liens sont aujourd’hui plus subtils. Ainsi, au festival de Berlin, depuis trois ans, une section “ kulinarisches Kino ” (cinéma culinaire) célèbre l’union des arts de la table et du septième art.
Avec Chabrol se met à table, ce n’est pas seulement un aspect important de la biographie du réalisateur qui est mis à jour, mais bien plus encore, un enjeu crucial de son œuvre cinématographique. Dans le (trop) bref entretien qu’il a donné à l’auteur du livre, Chabrol explique, très logiquement, que pour que ses personnages « vivent », ils doivent manger. Non seulement ce qu’ils mangent est choisi avec le plus grand soin pour refléter le caractère psychologique des différents protagonistes, mais les scènes de repas elles-mêmes peuvent constituer des moments de tension intense... tout simplement “ [parce qu’] il est difficile de mentir la bouche pleine ”.
Qui ne se souvient pas des répliques de Philippe Noiret dans Masques (1987), lorsqu’il déguste un “ très bon ” vin (Clos-vougeot) ? De la place de la viande dans Le Boucher (1970) ? Des plats de “ tordus ” comme les “ Lasagnes à la bolognaise ” dans l’univers glauque de Betty (1992) ? De l’importance des plats régionaux comme la lamproie à la bordelaise dans La Fleur du mal (2003) ou, plus récemment, de la bourgeoisie lyonnaise telle qu’elle transparaît dans les scènes de restaurant qui ponctuent La Fille coupée en deux (2007) ?
Les éditions Larousse proposent ici un ouvrage qui ravira autant les amateurs de beaux livres que les amateurs de cinéma, pourvu, bien entendu, qu’ils soient familiers de l'œuvre de Claude Chabrol, grand vétéran de l’époque de la Nouvelle vague et le premier de la bande à avoir pu réaliser son long métrage (Le Beau serge, en 1959, deux mois avant Les cousins, ours d’or à Berlin). Pour 17 euros, on fait presque d’une pierre deux coups !
Laurent Bourdon a choisi la simplicité dans la présentation : 160 pages pour répondre à la question “ Qu’est-ce qu’on voit ? ”, puis une bonne vingtaine de pages pour l’important corollaire, “ Qu’est-ce qu’on mange ? ”. Pour tous les films, ordonnés chronologiquement, il nous propose une fiche technique, un résumé, un making-of très détaillé qui replace le film dans le contexte de l’époque et dans la filmographie de Chabrol, un encart sur les éventuelles récompenses obtenues par le film et enfin une délicieuse rubrique “ A table ! ” qui nous décrit de façon exhaustive ce qui est mangé ou bu dans le film, et bien entendu le sens que Chabrol donnait à ses choix (ou, à défaut, les interprétations qu’en propose Bourdon).
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