Prenons
Madame Bovary (1991), l’unique repas préparé par Emma est composé de “ bouilli ” et cette citation de Flaubert crève l’écran : “ c’était surtout aux heures des repas qu’elle n’en pouvait plus (…); toute l’amertume de l’existence lui semblait servie dans son assiette, et, à la fumée du bouilli, il montait du fond de son âme comme d’autres bouffées d'affadissement. ”. Chabrol explique lui même dans le cas de
Poulet au vinaigre (1984), “ Pauline Lafont et Lucas Belvaux dînent au restaurant et commandent des plats un peu tape-à-l’oeil, un peu vulgaires, qui ne vont pas bien ensemble, médaillons de foie gras, feuilletés de ris de veau aux morilles, profiteroles, le tout arrosé de champagne ! C’est médiocre et ça ressemble aux personnages qu’ils jouent. ”
.
Les cinéphiles amateurs d’érudition seront intéressés par le fait que l’auteur s’est amusé à indiquer, par un petit chronomètre, toutes les occurrences de Chabrol
himself dans ses films (même s’il s’agit souvent uniquement de sa voix). Cette petite attention vis-à-vis des lecteurs saura éveiller la passion des cinéphiles qui se souviennent avoir recensé, de la même façon compulsive, les apparitions d’Hitchcock dans ses propres films.
La deuxième partie du livre est simplement composée de recettes, permettant à chacun de tenter de reproduire un des très nombreux plats qui sont ainsi ressuscités à travers le méticuleux passage en revue des 57 films tournés par Chabrol ces cinquante dernières années. Il n’est pas certain que la dégustation de galettes de blé noir (p. 180) suffise à évoquer
Le Cheval d’orgueil (1980), ni que la recette de Tarte aux pommes (proposée p. 185), nous replonge vraiment dans l’univers flaubertien de
Madame Bovary... mais l’idée d’un "menu Chabrol" pourra en séduire quelques uns. Quoi qu’il en soit, on tient là un livre qui saura en régaler plus d’un, même en délaissant les recettes de cuisine, et qui pourrait à cet égard se retrouver sous le sapin de certains cinéphiles.
Aucun commentaire