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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Chronique d’une défaite annoncée
[vendredi 18 décembre 2009 - 12:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
L'assassinat manqué de la psychanalyse
Agnès Aflalo
Éditeur : Cécile Defaut
176 pages / 17,10 € sur
Résumé : Le livre d’Agnès Aflalo est une critique acerbe du mouvement de répudiation visant le psychanalyse d’inspiration freudienne, mis en évidence dans la démarche de l’amendement dit Accoyer, qui a été voté à l’assemblée le 8 octobre 2003. Elle revient sur ce moment inédit où pour la première fois, les psychanalystes occupent la place publique et défendent leurs idées de manière collective. Elle répond avec virulence aux torts faits à la psychanalyse, profitant pour nous éclairer, non sans humeur, sur ces enjeux principaux et ses divergences avec les TCC.
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Après la lecture du livre d’Agnès Aflalo, on ne peut faire qu’un constat : la psychanalyse d’inspiration freudienne est en guerre. On pourrait parfois croire que l’auteur se laisse emporter par son imagination et construit une thèse du complot qui vise la disparition de la psychanalyse elle-même dans la tradition freudienne et le formidable élan qu’a constitué l’enseignement d’un certain Dr Jacques Lacan. Et pourtant, de nombreux faits sont là pour appuyer chacune de ses accusations, convenablement datés dans le temps et l’espace, l’identité de la plupart des intervenants, leur rôle dans le conflit qui les opposait, ainsi que leurs différentes appartenances n’étant plus un mystère ou une rumeur de couloir. 

 

D’octobre 2003 à Pâques 2004, a eu lieu ce qu’A. Aflalo appelle l’assassinat manqué de la psychanalyse. Tout cela a commencé lors du vote, le 8 octobre 2003, de l’amendement dit Accoyer, qui "prétendait imposer une réglementation de l’exercice des psychothérapies mais sans concertation préalable" mais qui en vérité "constituait une menace pour l’avenir de la psychanalyse"  . Il s’agit d’un moment "historique et inédit"  , sur lequel le livre d’A. Aflalo revient sans langue de bois. "Ce moment vaut la peine d’être élucidé car la psychanalyse est un bien public et elle mérite de le rester". Il s’agit donc "d’éclairer ce moment historique et d’en préciser les enjeux"  . Pour ce faire, l’auteur revient sur l’origine de la psychanalyse née en Europe, au début du XX siècle, qui n’a  cessé "de donner naissance à une kyrielle de psychothérapies. La plupart d’entre elles n’ont retenu qu’un bout de la psychanalyse. Elles prétendent pourtant comme elle, au sérieux de leurs élucubrations théoriques (…) La renommée de la psychanalyse a profité aux psychothérapies qui en dérivent, et c’est au point que la psychanalyse a fini par être victime de son succès. (…) Les psychanalystes n’ont pas su voir à temps le phénomène ou (…) ils n’ont pas su tirer les conséquences nécessaires pour orienter leurs actions"  . Jusqu’en 2003 l’exercice des psychothérapies n’avait jamais été réglé, bien qu’ "aucun incident grave n’ait encore défrayé la chronique, la raison pour laquelle ce vote n’avait pas donné lieu à une concertation préalable est restée obscure".  

En quoi ce moment s’est-t-il avéré comme étant à la fois "historique et inédit" ? D’une part, il y a eu la volonté clairement affichée de l’Etat de réguler de manière autoritaire l’exercice des psychothérapies, c'est-à-dire sans la concertation des principales associations professionnelles concernés, ce qui constitue sans doute une atteinte à la pratique de la psychanalyse sans précédent en France. "Quelle était donc cette urgence – note pertinemment A. Aflalo – de combler ce vide juridique ?". D’autre part, parce que ce déplacement juridique à donné lieu à la plus importante contre-offensive des psys de tous bords mais essentiellement d’inspiration freudienne, mouvement qui au lendemain du vote du dit amendement se choisit un leader sans conteste, le gendre du Dr Lacan, M. Jacques Alain Miller. Celui-ci s’est donné la tâche de coordonner le droit à la réplique dans une série de mobilisations de psys de tous bords. A. Aflalo note que fin novembre 2003, plus de trois mille personnes étaient signataires de la pétition demandant le retrait de l’amendement. 

L’auteur nous livre d’abord un rapport détaillé des batailles par ordre chronologique, sur le plan juridique et sur le plan éditorial. Elle revient sur le "plan d’action Cléry-Melin", qui est passé inaperçu, selon lequel "il était prévu que les psychiatres deviennent des coordinateurs régionaux et décident autoritairement quel psy un citoyen devrait pouvoir consulter"  . Elle dénonce la pathologie de la démocratie   qui a permis cette dérive autoritaire et qui aurait porté tort sans doute à la population souffrante qu’il s’agissait de protéger. Quelles sont les garanties d’un bon thérapeute et qui peut en décider ? L’Etat semble ignorer que les sociétés psychanalytiques s’autorégulent depuis leur origine, elles dispensent des formations et ont des dispositifs qui ont fait leur preuve qui leur permettent de "garantir" ceux qui choisissent librement de se former.

A la mi-décembre 2003, le ministre de Santé, Dr Mattei, recevait successivement les principales associations de psychanalyse, puis les psychologues et les psychothérapeutes. "Le ministre offrait aux psychanalystes de retirer la psychanalyse du champ d’application de l’amendement en échange de la remise de leurs annuaires". "Faire passer la psychanalyse sous le contrôle d’un ministère (…) était une mesure inacceptable. Au nom de l’Ecole de la Cause freudienne, sa présidente, Lilia Mahjoub, refusa de souscrire à cette procédure. Ce fut le cas aussi d’Elisabeth Roudinesco qui fit savoir qu’en revanche, les représentants des plus puissantes sociétés psychanalytiques y consentaient"  . A partir de cet instant les psychanalystes qui avaient oublié pour un moment leurs différends se sont divisés à nouveau, les uns désignés en "bon lacaniens" les autres en "charlatans" par Daniel Widlöcher. Il s’agit d’une dispute qui date de 1963, lorsque le différend sur la séance à durée variable avait valu au Dr Lacan son excommunication de l’IPA.(International Psychoanalytic Association)
"Pour la première fois en France, l’Etat décidait de s’immiscer dans un débat entre sociétés savantes sans en avoir la compétence".  Dès lors que l’Etat se mêle ainsi de la régulation de l’exercice de la psychothérapie, ainsi que de la régulation des membres de sociétés savantes, un seuil de tolérance est franchi. Il n’est plus question d’un débat interne entre sociétés savantes, mais de la place et la portée de la psychanalyse freudienne dans la société tout court.

Titre du livre : L'assassinat manqué de la psychanalyse
Auteur : Agnès Aflalo
Éditeur : Cécile Defaut
Collection : Psyché
Date de publication : 29/06/09
N° ISBN : 235018059X
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