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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.
Sur son blog hébergé par le site de la revue L’Histoire, l’historien Michel Winock a lancé, au début du mois de décembre, un chantier ambitieux qui se poursuivra sur un trimestre. Chaque jour, autour de trois notions qui resurgissent avec fracas dans le débat public ("France, nation, identité nationale"), il va redonner de la profondeur historique à la question suivante : "qu’est-ce qu’être Français ?".
Après une dizaine de billets qui se confrontent à l’actualité (Pourquoi avoir peur de l’Islam ? Comment décrypter le discours sur les minarets ? Que penser de l’amalgame qui identifie la France à l’héritage révolutionnaire ? Quid de l’incohérence entre le débat sur l’identité nationale et la suppression de l’enseignement de l’histoire obligatoire en Terminale S ?...), on salue le résultat. Par touches successives, notre regard s’aiguise, et l’on saisit mieux l’entreprise démagogue et électoraliste, le jeu avec les émotions des couches populaires, la dangereuse dénonciation de boucs-émissaires.
La revue de quelques blogs est sans appel : ce constat est partagé par nombre d’intellectuels, écrivains, essayistes qui éclairent le débat de leur regard singulier :
Le 19 novembre dernier, Bernard-Henri Lévy signe un article sur le blog de sa revue La règle du jeu : "Monsieur Besson, l’Europe et Martin Heidegger". Autant le débat sur l’identité française lui paraît inutile et dangereux ("nationalisme remis sur le métier des rhétoriques populistes et rances"), autant une autre identité lui semble en péril, à savoir l’identité européenne qui s’épuise dans une Europe communautaire en déshérence.
Le 9 décembre, s’exclamant "Quoi ! Des cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers !", le romancier et biographe Pierre Assouline hésite entre l’indifférence, la révolte et la dénonciation militante devant ce débat identitaire que sont sommés d’organiser les préfectures. Son regard critique se porte plus spécifiquement sur les supposés "textes de référence" recommandés par le ministère pour nourrir nos cerveaux vagabonds de quelques "extraits d’œuvres" sur cette question censée nous tenailler...
Le 10 décembre, le directeur de la publication du Nouvel Observateur, Denis Olivennes reprend sur son blog un édito paru dans son hebdomadaire et intitulé "Opération identité" qui synthétise le constat partagé par la gauche démocratique, et beaucoup de la droite républicaine : le vrai problème en France n’est pas l’identité de la nation mais bien l’avenir économique du pays, la pérennité de son modèle social, la solidité du principe de laïcité qui tente, vaille que vaille, de concilier l’indivisibilité de la République avec le respect des particularismes.
En serait-on revenu, dans l’ordre de la pensée, à une résistance tenace à la conception matérialiste de la patrie au profit de la nation spirituelle et élective fondée sur l’éthique commune et les valeurs morales ? La vitalité de la blogosphère rappelle en tout cas que la France demeure le pays de la discussion ouverte où les plus éclairés prennent le relais de la parole politique quand elle est jugée défaillante![]()
2 commentaires
Irfan
Que ce soient un ministre, un gouvernement, un président à la tête de cette République qui lancent ce débat est proprement ahurissant et choquant, mais que des historiens spécialisés dans l'histoire de la République et généralement républicains eux-mêmes y réagissent sans montrer d'abord en quoi la question est désuette ou mal posée, est très étonnant.
La République, c'est plus fort, plus puissant, plus difficile aussi que la Nation. Définir la pluralité républicaine me semble bien plus intéressant et courageux que l'identité nationale...
Prataine
Il faut éviter de tomber dans les pièges de la manipulation de masses. Apparemment les leçons de l'histoire ne servent pas à grand chose... Nous n'y comprenons rien, et sommes en fait très inquiet de ces dérives inouïes et de leurs conséquences. Ce pays est moralement et intellectuellement en déshérence.
Avec de telle pratiques insensées, nous nous enfonçons chaque jour davantage, comme si nous nous suicidions mentalement.
Ou bien : passons à la suite.
RJP