Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Les Carnets de captivité de Levinas sont un document de premier ordre, aussi bien pour la connaissance de la pensée du philosophe, ou de sa genèse, que comme tel, comme journal de pensée, témoignage d’une expérience partagée, mais singulière. En effet, le jeune intellectuel français, juif, prisonnier de guerre en Allemagne de 1940 à 1945, y mesure aussi ce qui le sépare des prisonniers non-juifs, avant de méditer, à la sortie de la guerre mais déjà dans ses années de captivité , sur l’écart entre sa situation et celle des millions de juifs qui ont fini dans les camps de la mort. En comparaison de l’horreur extrême, les prisonniers de guerre juifs "miraculeusement protégés par l’uniforme" (p. 209), ont "connu la morne existence de tous les prisonniers. […] Et cette participation au destin général apportait comme un commencement de consolation", note Levinas (p.209). Tous ces Carnets portent trace de ce sentiment d’entre-deux.
Traces d’un roman inachevé : Triste opulence
Le ton de ces carnets n’est pas toujours tragique. La chanson réaliste y côtoie Claudel, Husserl y croise une mention de Laurel et Hardy, et le chien Bobby, évoqué par Levinas dans un petit texte fameux où l’animal qui faisait fête aux captifs était qualifié de "dernier kantien de l’Allemagne nazie", apparaît déjà, sur le même mode, dans ces pages. Surtout, et c’est une surprise, on y découvre Levinas en train d’esquisser un roman, dont il consigne des moments, des thèmes, des personnages, et qui devait s’intituler Triste opulence.
Ce titre même, et les passages où Levinas indique que le roman devait montrer une "perte de sens des choses", font écho à une certaine ambivalence dans la façon dont Levinas évoque l’expérience de la captivité. D’un côté, en effet, on sent chez Levinas une volonté de tirer de possibles leçons existentielles et une éthiques du dénuement de la vie dans le camp, de cette réduction de la vie sociale à une forme minimale (p. 70), et, de l’autre, le sentiment d’une "intimité abjecte" (p. 72).
2 commentaires
Monod
naïf
- de fragments que Levinas a choisi de ne pas publier au point qu'on est gêné par l'aspect indiscret et voyeur de la publication de certains d'entre eux
- sans travail éditorial sérieux de rapprochement avec l'oeuvre publiée au point de discréditer un comité éditorial "prestigieux"
- des citations en langues étrangères généralement non traduites, quelquefois traduites à contresens, avec plusieurs références fausses, incomplètes ou absentes
- sans index permettant d'accéder à ces fragments disparates par sujet traité, par auteur cité
- avec des notes en bas de page se contentant de décrire péniblement la forme matérielle des fragments au point qu'on aurait préféré en avoir une simple photocopie
Emmanuel Levinas méritait mieux !