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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

L’histoire semble être devenue, à mesure des années, un champ de bataille où des blessés sont à déplorer, des pertes à compter et des dégâts occasionnés. Beaucoup aimeraient y voir émerger, au gré des conflits d’interprétations (« la colonisation positive ») et des batailles juridiques (« l’affaire Tintin au Congo »), un vainqueur et des vaincus ; mais à vouloir trop mettre « la mémoire aux enchères », c’est l’histoire qui paie, finalement, le plus lourd tribut. Tel est le tableau peu réjouissant que brosse l’historien africaniste François-Xavier Fauvelle Aymar . Son propos porte sur la réinterprétation de l’histoire par des courants dits afrocentristes, qui, des bancs universitaires américains aux portes de l’Europe, se donnent pour cheval de bataille la dénonciation d’un eurocentrisme longtemps prospère dans l’imaginaire de nos sociétés. Sur fond de revendications identitaires est dénoncée une histoire qui serait écrite par les Blancs, pour les Blancs et au service des Blancs. Refuser cette histoire caricaturale dans sa posture dénonciatrice sans ignorer les dangers qui guettent l’écriture de l’histoire de l’Afrique : c’est cet objectif exigeant que s’est assigné François-Xavier Fauvelle-Aymar.
Réunis et publiés par les éditions Verdier , ces trois articles forment donc un livre : La mémoire aux enchères. Le procédé pourrait tenir de la facilité éditoriale, d’autant plus que cette passe d’armes de François-Xavier Fauvelle-Aymar avec l’afrocentrisme n’est pas la première . D’où vient que ce soupçon soit vite dissipé par la lecture de l’ouvrage ? Malgré quelques redites, une cohérence certaine se fait jour à la lecture, et l’historien entre de plein pied dans les débats qui traversent actuellement l’histoire africaine, depuis l’existence d’une Egypte noire jusqu’à la découverte, avant l’heure, de l’Amérique par les Africains. Trois articles, donc, pour trois « moments » argumentatifs : la description des grands traits d’une idéologie afrocentriste qui a révisé l’histoire afin de conforter une quête d’identité noire ; l’exposition des fondements identitaires actuels de cet assaut sur l’histoire ; un cas d’étude montrant à quel point ce discours afrocentriste a déformé le passé pour faire des Juifs les chevilles ouvrières de la traite négrière.
3 commentaires
VIOLETTE
INVITE
P.S Le débat est plus complexe. Il pose la question de la responsabilté des historiens "afrocentristes" à s'inscrire dans l'universel. La prééminence des gardiens du temple scientifique dans les sciences sociales traduit, à mon sens, le complexe de l'élève des séries littéraires face à son voisin de la filière scientifique. De l'eurocentrisme à l'afrocentisme le point central reste l'équilibre et des critères de sa délimitation. Mais parler de ces critères n'est ce pas parler d'un peu d'eurocentrisme ?
Christian AUBREE