Rédacteur

Critique à nonfiction.fr/ étudiant

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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L'autre esprit de Genève
[dimanche 06 décembre 2009 - 19:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Calvin. Au-delà des légendes
Yves Krumenacker
Éditeur : Bayard
602 pages / 23,76 € sur
Résumé : Une biographie du réformateur qui tente de déconstruire l’image figée d’un Calvin « mythique ».
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Un demi-millénaire a passé depuis la naissance en juillet 1509 de Jean Cauvin qui prendra par la suite le patronyme de Calvin. En cette année anniversaire, nombreuses sont les biographies qui affluent   et tentent de cerner l’héritage intellectuel laissé par le réformateur de Genève. Homme de son temps ou précurseur de la modernité – il est évidemment difficile de trancher, si tant est que ce besoin existe. Probablement, il serait possible d’argumenter raisonnablement les deux propositions qui ne sont finalement pas antagonistes. Calvin est un tout, un homme aux facettes multiples qu’il est difficile de résumer à une périphrase. Dans son Calvin, Au-delà des légendes, Yves Krumenacker se propose de revenir sur l’image du réformateur. Il tente aussi de faire la part des choses alors que Calvin appartient désormais autant à l’imaginaire collectif qu’à l’Histoire. Pour réinscrire Calvin dans le XVIe siècle, il s’agit d’abord de le dissocier des récupérations plus tardives, de ‘dépoussiérer’ l’homme avant de discuter d’une tradition ou d’un courant ‘calviniste’. Plus généralement, notons que l’exercice biographique est un genre historique à part et qu’il ne présente pas que des avantages.


Les jeunes années

Concrètement, pour en arriver à l’ouvrage même, il est intéressant de voir qu’Yves Krumenacker s’attarde sur un ‘jeune Calvin’ – une manière de l’inscrire profondément dans la première moitié du XVIe siècle. D’ailleurs, il est juste de ne pas résumer l’homme à sa vie après sa ‘conversion’ à la Réforme (entre 1532 et 1535). De ses jeunes années, marquées par le décès de ses parents, mais également par ses études humanistes – Calvin tirera nombre d’outils et d’idées qui façonneront son horizon intellectuel. Á l’aube de sa vie, il est un jeune lettré qui aspire à rejoindre la ‘grande famille humaniste’ et à se positionner en son sein, à devenir aussi un second Erasme voir à le dépasser comme l’affirme Yves Krumenacker  . Le futur réformateur va ainsi publier en avril 1532 son Commentaire du De Clementia de Sénèque, ouvrage dans la lignée humaniste mais qui ne lui apportera qu’une reconnaissance très limité parmi ses contemporains.  Á cette date, il n’est pas en rupture avec l’Église de Rome – il s’agit encore pour lui de corriger les erreurs de l’Église traditionnelle et non de la refonder. Ainsi, occupé à ses études juridiques à Orléans et à Bourges, il fréquente les cercles lettrés mais ne se « détourne pas de la religion »  . Finalement, au sein d’un humanisme divisé, aux vérités multiples, il cherche « un fondement solide » pour articuler sa pensée – il se tourne progressivement vers « une certitude religieuse »  , vers la Parole de Dieu. Il est désormais en porte-à-faux par rapport au courant intellectuel dont il est issu. Pour l’auteur, le dilemme se situe précisément ici, sa résolution va mener Calvin vers « un rejet total de tout ce qui ne vient pas de Dieu »  . Devenu ‘réformé’, Calvin sera l’homme d’une seule vérité – celle de Dieu. Il n’acceptera aucune divergences de vue par rapport aux siennes – son exégèse biblique sera aussi la seule exacte.

Pourtant, Calvin n’a évidemment pas encore l’envergure d’un grand réformateur européen. Lettré apprécié pour son intelligence, il est loin de pouvoir être comparer à Bucer ou à Melanchthon, encore moins à Luther. Il s’agit pour lui de ‘faire ses classes’. L’occasion lui sera donnée avec un premier passage quelque peu rocambolesque dans la cité du Léman de 1536 à 1538 qu’il est ensuite obligé de quitter sous la pression des nouvelles autorités. Récemment passée à la Réforme, Genève est une oligarchie en pleine mutation politique et religieuse où le pouvoir passe d’un groupe dirigeant à un autre. Elle est aussi une cité-État, obligée de composer avec les pressions alliées et ennemis dans l’Europe du XVIe siècle. Finalement, c’est à Strasbourg que Calvin va peu à peu prendre de l’envergure et faire son « apprentissage », auprès du même Bucer, en s’occupant de la communauté française réformée, réfugiée dans la ville. Il s’initie aussi à la politique internationale et s’intègre progressivement parmi les grands penseurs de la Réforme.    

Titre du livre : Calvin. Au-delà des légendes
Auteur : Yves Krumenacker
Éditeur : Bayard
Collection : Biographie
Date de publication : 22/01/09
N° ISBN : 2227477636
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