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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Publication des actes d’un colloque tenu à Rennes en 2007, Agnès Varda : Le cinéma et au-delà réunit un ensemble de textes regroupés en cinq grandes parties : "Capter l'air du temps", "Varda et les autres arts", "D'un film à l'autre, d’un genre à l’autre", "Auto-représentations", "Varda plasticienne". Certains thèmes se retrouvent d’un texte à l’autre, ce qui génère des phénomènes d’échos, tisse des espaces de dialogue(s) entre les différentes contributions, soulignant leur complémentarité. Le parti-pris de ce volume est bien de rendre compte de la richesse de l’œuvre d’Agnès Varda dans ses multiples dimensions, notamment ses prolongements extra cinématographiques ou ses travaux au croisement de plusieurs arts.
Un texte comme "La couleur et le style visuel dans Le Bonheur" (de Richard Neupert) annonce clairement la teneur générale du livre : l’analyse se déploie à partir de l’observation détaillée d’éléments formels, en déjouant le symbolisme trop évident de la codification des couleurs. Tout en effectuant une description minutieuse de l’esthétique du Bonheur (1964) Neupert donne parfois la parole à Agnès Varda – il en parle comme d’une des grandes coloristes du cinéma français de son temps avec Godard et Demy –, afin de contrebalancer certaines lectures trop interprétatives. La cinéaste explique elle-même qu’elle associe les couleurs (par exemple, le violet) à des sensations personnelles et non à des réflexions pré-établies. D’où l’intérêt de ne pas se contenter de généralités où de souvenirs imprécis lorsqu’on réfléchit sur un film.
De manière générale, les auteurs des articles évitent de cantonner le travail de Varda à un domaine d’expression particulier, même si le cinéma apparaît naturellement comme le fil conducteur. Un fil conducteur ouvert néanmoins, non restreint à un genre déterminé (fiction, documentaire), à une seule pratique artistique. Plusieurs contributeurs exposent ainsi la manière dont l’art de Varda s’enrichit de cette palette d’éléments que sont la musique, la danse et les arts plastiques au sens large. Citons notamment le travail sur l’image fixe et/ou animée, présent très tôt dans son travail (Salut les Cubains, 1962-1963) jusqu’à aujourd’hui (voir Ydessa et les ours, 2004, véritable essai sur la photographie par certains aspects), ni ses installations conçues pour être montrées et exposées à la Fondation Cartier à Paris.
Remarquons au passage que l’œuvre d’Agnès Varda n’a pas eu à pâtir d’un processus de muséification rigide et stérilisant en accédant à des espaces d'exposition autres que la salle de cinéma. Au contraire, son approche empreinte de nuances, de subtilités et de liberté, est aussi présente et vivante dans les installations que dans les films – même lorsque ces derniers sont habités par le thème du vieillissement, du deuil ou de la disparition (Cléo de 5 à 7, 1961, Sans toit ni loi, 1985,…). Aboutissement de cette démarche, son dernier long-métrage à ce jour, Les Plages d’Agnès, 2007, paraît avoir eu recours au dispositif de l'installation pour explorer les méandres de la mémoire, arpenter plusieurs espaces, tel un labyrinthe ou un miroir promené sur des lieux à la fois fixes et mouvants : les plages.
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