Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
De la saillie au devoir conjugal : une histoire évolutive de la sexualité
[lundi 07 décembre 2009 - 05:00]
Sociologie
Couverture ouvrage
Le sexe, l'homme et l'évolution
Pascal PICQ, Philippe BRENOT
Éditeur : Odile Jacob
318 pages / 19,95 € sur
Résumé : Quelle explication l'évolution biologique peut-elle apporter aux comportements sexuels humains ? Un spécialiste des animaux et un psychiatre tentent de répondre.
Page  1  2 


On reprochera toutefois à Picq quelques raccourcis cavaliers qui jurent avec la volonté didactique du texte, ainsi que des erreurs factuelles qui, sans porter à conséquence sur l'intérêt du livre, feront tiquer les naturalistes : les crapauds accoucheurs portent leur oeufs autour de leur pattes arrière et non dans leur bouche , et le thym pas plus que le trèfle n'ont l'originalité reproductive qui leur est prêtée , la multiplicité des sexes étant plutôt à chercher du côté des coprins. Certains chapitres donnent également la désagréable impression de ne pas avoir été relus : le style fort lisible du livre s'y dégrade alors en constructions improbables et généralités oiseuses au point de gêner la lecture, voire la compréhension.

La deuxième partie de l'ouvrage, intitulée "La culture du sexe", s'efforce d'aborder les aspects psychologique, psychanalytique et culturel des relations sexuelles et amoureuses. Philippe Brenot, médecin psychiatre spécialiste de la psychologie du couple, explore les différentes composantes de la sexualité humaine, du tabou de l'inceste à la signification des fantasmes, en tentant de séparer ce qui est commun aux grands singes et ce qui serait spécifique aux Hominidés.  Dans la manoeuvre,
l'auteur se positionne franchement sur des questions controversées : il soutient par exemple qu'il est inexact de parler d'homosexualité chez les animaux, et qu'à la possible exception des Bonobos, les attitudes de copulation homosexuelle simulée relèvent uniquement d'une symbolique de soumission à caractère social, ce qu'il propose d'appeller homoérotisme.

Un point fort de cette partie est de réussir, en l'espace d'une centaine de pages, à exposer la diversité des approches qui ont été adoptées sur cette question, de l'éthologie de Desmond Morris à la psychanalyse, en passant
par la sociobiologie de Hrdy.

Sans prétendre établir une synthèse définitive d'un domaine qui s'enrichit à chaque avancée paléontologique et éthologique, ce livre constitue un effort rare : le rapprochement de disciplines qui tendent à s'ignorer malgré un objet d'étude commun. L'ouvrage aurait toutefois grandement bénéficié de plus de soin éditorial : on regrettera en particulier l'absence d'index, qui décourage les tentatives de lecture transversale, et la bibliographie qui, quoique fournie, est presque réduite à l'inutilité : pas de notes dans le texte permettant de se reporter à un ouvrage donné pour chercher des précisions, et pas de classement par thème des références.

Bien que le dialogue entre ses parties "nature" et "culture" reste limité, Le Sexe, l'Homme et l'Évolution apporte donc un point de départ utile à ceux qui s'intéressent à la question des déterminants biologiques et évolutifs de la sexualité humaine, ainsi qu'au rôle fondamental des structures sociales dans lesquelles elle s'est formée.

Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

2 commentaires

Avatar

Bromius

18/12/09 10:21
J'ai retrouvé le nom de l'auteur de la thèse évoquée ci-dessus : il s'agit de Priscille Touraille dont voici la page académique : http://www.ecoanthropologie.cnrs.fr/spip.php?article379
Avatar

Bromius

16/12/09 23:41
Merci pour votre compte rendu. Cette histoire de taille/morphologie corrélée à la nature de la compétition sexuelle est intéressante.

J'ai le souvenir que Françoise Héritier a fait soutenir il y a 2 ou 3 ans une thèse prétendant démontrer que la moindre taille des femmes était due à des choix culturels visant à asseoir la domination masculine (les femmes auraient été sciemment moins bien nourries, et cela aurait fini par s'inscrire dans leur génome). Je crois que cette thèse avait été couronnée par le prix de thèse du journal Le Monde. Si vous connaissez son existence, merci de m'en indiquer les références.

Cela pour dire que j'ai les plus sérieuses réserves face aux théories de F. Héritier sur la différence des sexes (en particulier cette idée très contestable selon laquelle la domination masculine serait la conséquence du ressentiment de l'homme jaloux de voir la femme monopoliser la reproduction humaine). Or ce que dit Pascal Picq est susceptible de remettre en question une partie des idées défendues par F. Héritier.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici