Gouguenheim: historien incompris ou islamophobe savant?
[vendredi 04 décembre 2009 - 04:00]
Au-delà du débat historiographique instructif, c’est avant tout la variété des thèmes évoqués et, en miroir, la cohérence se dégageant de l’ouvrage qui constitue la caractéristique essentielle de ces 372 pages. Le livre parvient à présenter une vision pédagogique de l’histoire des sciences, ouverte au profane sans que le spécialiste n’y perçoive une vulgarisation simpliste. L’ouvrage insiste dans cette optique sur le manichéisme de Gouguenheim et le fait que son travail s’apparente davantage à un programme politique qu’à une étude scientifique
. L’ouvrage met à cet égard l’accent sur son oubli incompréhensible de pans entiers de l’histoire de l’Occident (chapitre 3 : “Le Judaïsme, tiers exclus de l’Europe chrétienne”), omis à dessein. Il convainc autant, sur la forme, du fait de la justesse de son ton, tour à tour polémique et distancié, que, sur le fond, grâce au sérieux de la démonstration. Il parvient efficacement à illustrer le fait que la philosophie du Moyen-Age et la science moderne ont été successivement enrichies grâce aux héritages grec, latin, arabe et juif.
En définitive, cet ouvrage n’est pas seulement un plaidoyer pour la connaissance des cultures, qui aurait pu être lénifiant. Ce n’est pas non plus un règlement de comptes historiographique, qui aurait pu se résumer à des attaques
ad hominem contre un historien dont il apparaît qu’il est désormais l’une des figures de proue de l’islamophobie savante. C’est encore moins une entreprise de “bourrage de crâne”, qui aurait pu décevoir les lecteurs par ses visées idéologiques. Il s’agit véritablement d’une enquête étayée, précise, parfois même au risque de se perdre dans ce que le lecteur non spécialiste peut considérer comme des détails. En somme, une invitation à la vigilance et à la quête continue du savoir historique. A une époque où l’histoire est trop souvent utilisée à des fins politiques avouées ou inavouables,
Les Grecs, les Arabes et nous évite des écueils dans lesquels il aurait été facile de tomber. A n’en pas douter, il s’agit là d’un ouvrage de salubrité publique.
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marc thibault
Anonyme