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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le tragique d’un cinéaste "tueur de femme"
[lundi 30 novembre 2009 - 10:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Fritz Lang, Ladykiller
Jean-Loup Bourget
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
304 pages / 24,70 € sur
Résumé : Une synthèse personnelle de l’ensemble de l’œuvre (allemande et américaine) de Fritz Lang.
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 Sur la quatrième de couverture, Jean-Loup Bourget explique que son ouvrage est une tentative de réponse à un questionnement très personnel, mais que tout cinéphile – et plus largement tout amateur d’art – a pu se poser un jour : comment se fait-il que j’apprécie, chez un artiste, les œuvres qui lui plaisent – à lui – le moins ? Cette question peut paraître oiseuse la plupart du temps : nous savons que l’artiste est souvent très mal placé pour juger ses propres œuvres. Mais dans le cas de Fritz Lang, cette question recoupe un autre débat, celui qui oppose les admirateurs de son œuvre allemande (Les Trois Lumières, Les Nibelungen, M le maudit, la série des Mabuse), et ceux de son œuvre américaine (Le Ministère de la peur, Moonfleet, La Femme au portrait, Règlement de comptes). Ainsi ont pu s’opposer, par exemple,  Jean Domarchi défendant dans les années 1950 la "rigueur insurpassable"  des films hollywoodiens, où le respect des contraintes du système des studios avait éliminé tout le "bric-à-brac expressionniste"  des premiers films, et Noël Burch vantant dans les années 1970 la perfection formelle de la "combinatoire totalement cohérente"  que constitue M le maudit, avant que Lang ne sombre et ne devienne un réalisateur hollywoodien "interchangeable" . Quant à Lang lui-même, il tranchait en faveur de son œuvre allemande (on se souvient de sa réplique dans Le Mépris de Godard, lorsque Piccoli et Bardot lui parlent de Rancho Notorious : "Moi, je préfère M !"). Admirateur aussi bien de Moonfleet que des Trois Lumières, Jean-Loup Bourget pose donc la question : être en désaccord avec Lang lui-même sur l’évaluation de sa production, cela signifierait-il qu’on ne comprenne ni l’œuvre de Lang, ni ce que le cinéma peut offrir ?

L’ouvrage de Bourget tend tout entier à réfuter cette idée. Il parcourt l’ensemble de l’œuvre de Lang et en éclaire tous les aspects, aussi bien par l’exploration des références qui l’émaillent que par le rappel des nombreux angles d’analyse qui lui ont été appliqués (politique, psychanalytique…). Cela le conduit à affirmer qu’il n’y a pas, malgré les apparences et en dépit d’une ample littérature polémique, d’opposition majeure entre les parties allemande et américaine de l’œuvre de Lang ; les deux forment un tout dont la cohérence est maintenue par un tissu de thèmes et de références communes. En revanche, les contraintes du système hollywoodien ont obligé Lang à "s’avancer masqué"  dans ses films américains : on retrouve donc bien dans ceux-ci la marque propre de Lang, mais dissimulée. Ces films gagnent alors en profondeur ; même s’ils peuvent paraître en effet beaucoup moins originaux que les films allemands, ils regorgent en fait "d’effets de sens enfouis" .

Titre du livre : Fritz Lang, Ladykiller
Auteur : Jean-Loup Bourget
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Perspectives critiques
Date de publication : 07/10/09
N° ISBN : 2130565913
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