ACCÈS
BIBLIOTHÈQUE
CLIQUEZ ICI
Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

François Furet a imposé avec autorité une lecture du XIXe siècle français comme période d’acculturation des Français aux libertés fondamentales acquises pendant la Révolution. Ce siècle aurait donc été marqué par une progressive libéralisation politique dont l’acmé aurait correspondu à la proclamation de la République, le 4 septembre 1870. La thèse de Sébastien Laurent est toute autre, puisqu’il démontre avec talent que cette libéralisation s’est en fait déroulée en trompe-l’œil.
Cet ouvrage est la version publiée de l’habilitation à diriger les recherches de Sébastien Laurent, maître de conférences à l’Université de Bordeaux III et enseignant à Sciences-Po. L’auteur dirige également un programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) sur le renseignement intitulé : "Information ouverte, information fermée" . Cette étude dépasse le cadre traditionnellement assigné aux Intelligences Studies, très centrées sur la politique extérieure. Distinguant la composante administrative, le droit et les pratiques du renseignement, Sébastien Laurent étudie leurs places dans la transformation de " l’État secret " en France, de la Restauration à la veille de la Grande Guerre.
Surveiller une opinion publique en formation
Parmi les libertés fondamentales héritées de la période révolutionnaire par la Restauration, une distinction doit être opérée entre les libertés individuelles, la liberté d’opinion et les autres libertés collectives. Si les deux premières furent garanties constitutionnellement, ni les libertés de réunion ni celle d’association n’étaient mentionnées dans les chartes des 4 juin 1814 et 14 août 1830. L’accélération de la circulation de l’information par l’intermédiaire des inventions comme le télégraphe optique et leur diffusion croissante n’ont pas compromis la capacité de surveillance et d’influence de l’État dans la France du premier XIXe siècle. Jouant habilement sur le registre politique et juridique, il a conservé, voire accru ses moyens pour contrôler un "espace public" qui tendait alors à former une véritable opinion publique. La sollicitude du Ministère de l’Intérieur à l’égard de l’Agence Havas permit à celle-ci d’utiliser le télégraphe électrique pour transmettre ses dépêches cinq ans avant ses concurrents : l’État y trouva un moyen d’influencer la presse. La création de l’Administration des Postes a également offert un outil privilégié pour observer et agir sur l’opinion. L’appréhension de la société par l’État au XIXe siècle n’a pas exclusivement résidé dans le contrôle de l’opinion et de ses divers moyens d’expression. La volonté étatique de connaître la situation du pays a contribué à l’essor de la statistique en France. Ce développement s’est accompagné de la transformation d’un État statisticien et collecteur en un État surveillant après la Révolution.
Aucun commentaire