On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Thomas Römer, professeur de Bible hébraïque à la Faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Lausanne, est entré au Collège de France au début de l’année 2009. Le présent livre, intitulé Les Cornes de Moïse, expose le premier cours du théologien allemand dans sa Leçon inaugurale du 5 février 2009. Comme le rappelle une brève introduction de l’éditeur, la Leçon inaugurale, solennellement prononcée en présence de ses pairs, est l’occasion pour le professeur " de situer ses travaux et son enseignement par rapport à ceux de ses prédécesseurs et aux développements les plus récents de la recherche. "
Ladite leçon s’ouvre sur l’évocation de la figure fondatrice de Moïse sans lequel " on n’aurait jamais eu de Bible ". Thomas Römer se demande pour quelle raison le rédacteur du chapitre 34 du livre de l’Exode a imaginé un Moïse cornu descendant du mont Sinaï. Prenant à contre-pied l’idée reçue selon laquelle saint Jérôme aurait commis dans sa Vulgate une erreur de traduction en donnant au terme hébreu " qaran " le sens de " cornes ", le théologien entend plutôt souligner la pertinence d’une telle traduction en la replaçant dans le contexte socio-historique du Proche-Orient ancien. Comprenons que ces cornes sont, selon lui, l’expression de la force divine qui se communique à l’homme, autrement dit dans le cas présent l’expression d’" une proximité inégalée entre Yahvé et Moïse."
Si Thomas Römer a choisi de placer au début de sa Leçon l’anecdote des cornes de Moïse et d’en faire le titre même de son cours, c’est que cette courte étude illustre parfaitement l’orientation que le professeur entend donner à ses recherches bibliques. Après avoir ainsi retracé brièvement l’histoire de la recherche biblique depuis Jean Astruc au dix-huitième siècle inventant la théorie documentaire jusqu’ à la découverte des tablettes ougaritiques du site d’Ougarit-Ras Shamra en 1929 en passant par la recherche historico-critique née à la fin du dix-huitième siècle et l’orientation comparatiste d’un Alfred Loisy , Thomas Römer souligne en définitive la nécessité pour le bibliste de considérer le texte biblique à la lumière des autres textes antiques du Proche-Orient.
Que l’étude de la Bible soit étroitement liée à la recherche historique, c’est ce que la Leçon inaugurale du théologien se plaît à souligner avec force : celui-ci revendique, plus que jamais, devant " les explications fantaisistes " de certains médias ou les assauts répétés d’interprétations fondamentalistes, la nécessité d’une solide formation biblique, aussi bien au niveau scolaire qu’au niveau personnel. On mesure ici les implications intellectuelles d’une telle pensée : pour qui veut se donner les moyens d’appréhender en partie la complexité de notre monde, l’étude et la connaissance de la Bible (toujours relative bien entendu si l’on considère l’extrême richesse du texte) se révèlent indispensables mais une telle démarche doit renoncer à juger le texte sacré à l’aune d’une supposée Vérité au profit d’une approche essentiellement historique.
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Rédaction
Nyme
E. Panorthotès