Micropolitiques militantes
[lundi 30 novembre 2009 - 05:00]
Philosophie
Les Années d'hiver 1980 -1985
Félix Guattari
Éditeur : Les prairies ordinaires
C’est pourquoi ces textes méritent d’être relus aujourd’hui selon François Cusset, en miroir aux luttes politiques des années 1990 et 2000, qui tentent d’échapper aux deux démons pointés par Guattari, ceux du capitalisme uniformisateur et des nationalismes identitaires monolithiques. A tout cela, il faut faire diversion, sortir des catégories binaires à la faveur d’une démultiplication, d’une multitude d’agencements nouveaux possibles, afin de faire jouer au mieux les nouveaux liens transversaux que ces sujets schizoïdes ou encore rhizomatiques peuvent potentiellement développer. Nous sommes, à notre insu, articulés, affiliés à des systèmes machiniques puissants (ceux du capitalisme en l’occurrence), qui nous investissent, nous produisent. C’est pourquoi une déterritorialisation radicale et des couplages nouveaux à d’autres éléments sont nécessaires afin de retrouver des espaces de liberté. C’est en effet la catégorie fondamentale de déterritorialisation qui sert de moteur, de puissance à ces
machines concrètes que nous sommes, toujours guidée par le désir de transversalité, c’est-à-dire la possibilité de traverser des champs conceptuels différents, de coupler, de mixer des éléments hétérogènes, afin de se construire de nouveaux réseaux, de nouvelles identités, échappant ainsi aux contraintes objectives du pouvoir. Tous les textes du volume sont guidés par cette promesse d’émancipation qu’incarne la résistance de Guattari au nouveau monde qui s’offre alors à lui, que ce soit dans une critique de la politique de la France envers les immigrés, de l’analyse d’une peinture comme celle de Gérard Fromanger ou encore de quelques phrases sur la danse. La pensée de Guattari est ainsi intempestive, parce qu’elle interroge notre mise en pratique de la théorie, la nécessité de connecter, de mettre en réseau les idées (celui-ci mettait beaucoup d’espoir dans les nouveaux dispositifs technologiques permettant la révolution) et les personnes. La volonté affichée de créer de nouvelles boîtes à outil conceptuelles faisait de cette espace privilégié de pensée une bulle fragile d’année soixante, luttant et résistant dans un monde désenchanté. Il y avait semble-t-il une cohérence, une radicalité dans la façon dont les deux ordres théoriques et pratiques semblaient se confondre, l’un chevauchant l’autre et inversement, qui nous rappelle qu’autre chose est possible.
Terminons ce bref exposé par ces mots de Guattari lui-même à propos de la pensée de Michel Foucault et qui semblent bien illustrer la pertinence et la nécessité d’une relecture fructueuse de ce penseur singulier que fut Félix Guattari : "Ce n’est pas par une pratique exégétique que l’on peut espérer rendre vivante la pensée d’un grand disparu, mais seulement par sa reprise et remise en acte, aux risques et périls de ceux qui s’y exposent, pour rouvrir son questionnement et pour lui apporter la chair de ses propres incertitudes."
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