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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

La réédition de ces textes épars de Guattari permet de (re)découvrir un personnage de premier plan de la vie intellectuelle française, un authentique penseur. Souvent masqué derrière l’agilité et la rigueur conceptuelle de Deleuze, on en était presque venu à penser qu’il n’en était pas pour grand-chose dans la publication de ces textes tiroirs étonnants que sont l’Anti-Œdipe ou encore Mille Plateaux. Témoins de cette (re)découverte, la revue Multitudes (n°34, automne 2008) consacrait récemment encore un numéro complet à Félix Guattari, dans lequel divers contributeurs rendaient hommage à la foisonnante productivité théorique du personnage, ainsi qu’une large biographie que François Dosse lui a en partie consacrée . Les Années d’hiver sont l’occasion métaphorique de revivre une époque particulière et lourde qui suivait de près un printemps de Mai bien connu, où tout paraissait possible (expérimentations collectives, émancipation par le discours, puissance de la théorie, etc.). Les textes sont classés par thème, ceux qui sont des tribunes politiques publiées dans divers journaux et qui se livrent à une critique sans concession de la gauche mitterandienne, ceux théoriques composés de longs entretiens et de conférences qui développent les grandes lignes de la pensée guattarienne (critique de la psychanalyse, défense d’une philosophie transversale qui laisse place aux devenirs et aux processus de subjectivation, l’idée d’une révolution moléculaire dans la pensée, la liste n’est pas exhaustive…), et les textes sur l’art.
Les textes de Guattari de cette période témoignent de la persistances des gestes politiques de Mai, malgré la vogue libérale de l’époque (les années 1980), très bien décrite par le préfacier François Cusset dans un livre précédent , qui venait enrayer machines désirantes et autres actes militants, mais aussi condamner les années soixante comme ringardes et dépassées. L’action politique de Guattari, indissociable de son projet théorique se mesure à la profusion conceptuelle que l’on peut trouver dans ces pages. On y découvre un Guattari très soucieux d’affiner son vocabulaire théorique pour l’appliquer ensuite dans son travail de militant. Il rappelle ainsi dans un entretien avec Robert Maggiori que ce qui l’intéresse dans le champ conceptuel c’est "l’ordre de l’efficience", "ça marche" ou "ça ne marche pas" et non la pureté ou l’origine des concepts. L’usage prédomine ainsi sur le sens préétabli des concepts, peu importe d’où ils sortent, les concepts circulent, fonctionnent comme des outils, des machines sans référence.
S’il fallait résumer en deux mots le projet de Félix Guattari, nous pourrions intituler celui-ci "production de nouveaux sujets". Mais ces subjectivités produites à nouveau, ressaisies dans des agencements collectifs d’énonciation qui viennent définir de nouvelles pratiques, de nouveaux agencements justement, sont à opposer aux subjectivations capitalistiques, qui viennent individualiser le consommateur, œuvrant ainsi dans le sens de l’indifférenciation, de l’équivaloir généralisé . Par opposition à cet univers sans relief de ce qu’il appelle le CMI (Capitalisme mondial intégré), Guattari défend l’avènement des subjectivités singulières qui prennent forme dans les collectifs militants où s’invente la politique de demain.
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