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Kant, le prétendu sage de Königsberg, le philosophe sans vie et sans corps par excellence, dont Jean-Baptiste Botul a montré, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néo-kantiens du Paraguay que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence. 
Bernard-Henri Lévy dans De la guerre en philosophie (Grasset), p.122, à paraître le 10 février 2010.

A l’heure où l’on s’interroge davantage encore sur l’énigmatique fonctionnement du gouvernement bicéphale pakistanais, l’ouvrage que Shuja Nawaz, Directeur du South Asia Center of the Atlantic Council of the United States, consacre à l’armée de la République Islamique du Pakistan et à son évolution sur la scène politico-militaire nationale est incontestablement le bienvenu. Les observateurs familiers de l’histoire récente du sous-continent indien qui n’ont cependant guère le loisir de fréquenter les couloirs du pouvoir, ne s’interrogeront que davantage sur le délicat dénouement de l’âpre rivalité qui, au Pakistan, oppose désormais divers pouvoirs spirituels concurrents et ce que l’on pourrait considérer comme les trois composantes du pouvoir temporel, à savoir l’armée, la bureaucratie civile (selon l’expression à laquelle les Pakistanais ont communément recours) et la classe politique. Dans un tel contexte, il est sans doute illusoire de songer - à tout le moins, dans l’immédiat - à la résolution d’une importante dialectique que l’auteur mentionne d’ailleurs dès les premières pages de son introduction. Le Pakistan aurait-il donc une vocation religieuse, imitant d’autres pays tels “Israël, l’Iran ou l’Arabie Saoudite” ? Ou s’agirait-il d’un État qui autoriserait la majorité musulmane à vivre “en accord avec les préceptes islamiques”, tandis que ses citoyens d’autres confessions désormais bien minoritaires participeraient “librement à la vie du pays”.
Usant d’un récit chronologique qui rythme son ouvrage, Shuja Nawaz cherche à cerner le rôle politique que les institutions militaires ont très tôt cherché à s’arroger. Il rappelle ainsi qu’en 1967, le Général Ayub Khan, qui ne jouissait alors pas du titre de Maréchal (plus précisément de Field Marshal), indiquait - à juste titre - dans le journal qu’il tenait que la lutte à l’encontre du mullah était politique . Ce dernier, depuis le mouvement réformateur qu’avait lancé, à la fin du XIXè siècle, Sir Syed Ahmad Khan, craignait l’influence de tout musulman cultivé . Ce fut le Général Zia ul-Haq qui, comme le souligne Shuja Nawaz, passa outre une antipathie réciproque qui semblait ancrée dans les mentalités collectives dominantes des deux parties. Ne négligeant pas la consolidation de son emprise sur le pays, il usa de l’arme que constituait le djihad suite à l’intervention soviétique en Afghanistan (décembre 1979), tandis qu’il chercha ultérieurement à appuyer la lutte qu’engageaient “ les Cachemiris à l’encontre de l’armée indienne”. Une telle collaboration perdura “sous une forme ou une autre ”, tandis qu’au lendemain des élections législatives de 2002, le Général Pervez Musharraf osait une alliance électorale qui unissait un parti créé de toutes pièces qui lui était ainsi dévoué - la Ligue Musulmane-Quaid-i-Azam (Pakistan Muslim League-Quaid-e-Azam ) - et un rassemblement d’obédience religieuse - le Muttahida Majlis-e-Amal (MMA, Conseil d’Action Unifié). Elu quelques mois auparavant à la présidence de la République, il entendait en effet demeurer Chef d’Etat major de l’Armée (Chief of Army Staff, COAS) : il estimait - à juste titre - que de cette seconde fonction découlait la réalité de son pouvoir.
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