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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Shuja Nawaz, Crossed Swords. Pakistan, its Army and the Wars Within
[lundi 23 novembre 2009 - 10:00]
Asie
Couverture ouvrage
Crossed Swords. Pakistan, its Army and the Wars Within
Shuja Nawaz
Éditeur : Oxford University Press
600 pages / 19 € sur
Résumé : A l’heure où l’on s’interroge davantage encore sur l’énigmatique fonctionnement du gouvernement bicéphale pakistanais, l’ouvrage que Shuja Nawaz consacre à l’armée de la République Islamique du Pakistan et à son évolution sur la scène politico-militaire nationale est incontestablement le bienvenu. Usant d’un récit chronologique qui rythme son ouvrage, Shuja Nawaz cherche à cerner le rôle politique que les institutions militaires ont très tôt cherché à s’arroger. Cependant, les analyses que choisit Nawaz tout au long de son ouvrage ne susciteront sans doute pas une unanimité constante.
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Les analyses que choisit Nawaz tout au long de son ouvrage ne susciteront sans doute pas une unanimité constante. Tel est tout particulièrement le cas de celles qui traitent des relations indo-pakistanaises. Toutefois l’auteur a souvent le mérite de présenter, en premier lieu, les faits qui y mènent, tandis que les sources auxquelles il a eu accès permettent parfois d’affiner les connaissances qui touchent à l’histoire politique et militaire pakistanaise. L’auteur souligne, au demeurant, qu’il a bénéficié d’un accès privilégié à des archives américaines et britanniques inédites. Il ajoute qu’issu d’une famille dont nombre de membres choisirent une carrière militaire, il a également pu consulter les archives du General Headquarters of the Pakistan Army, alors que des personnalités américaines et pakistanaises lui accordaient volontiers des entretiens. Ainsi s’attache-t-il, par exemple, à décrire l’évolution des relations américano-pakistanaises, et souligne-t-il le dilemme qui assaillit, à plusieurs reprises, Washington qui s’interrogea sur l’allié qu’il s’était choisi. Nawaz aborde aussi la problématique du programme nucléaire pakistanais, évoquant le soutien que le Président Dwight Eisenhower y apporta par le biais de son Atoms for Peace Programme - une dimension que les Etats-Unis évitent désormais soigneusement d’aborder. Mais c’est surtout la période toute récente (que l’auteur aborde dans ses chapitres 15, 16 et 17) qui interpelle : le récit proposé conduit la plupart d’entre nous à pénétrer un univers méconnu : celui des multiples oppositions qui rythment les coulisses du pouvoir, tandis que le lecteur - s’il n’entretenait pas déjà quelques doutes - est contraint de se désoler, à tout le moins, du peu d’engagement de la classe politique du pays.

Au terme d’une laborieuse lecture de l’étude de Nawaz, le profane des questions militaires qui n’en aurait pas moins quelques connaissances du cheminement du Pakistan de sa naissance (le 14 août 1947) à nos jours, doit oser avouer qu’il aurait souhaité aborder un enjeu ardu bien plus aisément. En effet, l’auteur pêche par manque d’esprit de synthèse, ce qui le conduit à de nombreuses redites qui peuvent d’ailleurs agacer, voire à des digressions peu utiles. Le chercheur se souvient alors des premiers conseils que ses pairs lui prodiguèrent, lorsqu’il tentait ses premiers pas vers la voie de l’écriture. On lui indiquait qu’il lui fallait faire preuve d’une méthodologie rigoureuse : il travaillerait autant le fond que la forme ; il s’abstiendrait de la tentation de présenter l’ensemble des connaissances qu’il aurait acquises aux dépens de la clarté de la problématique soulevée, tandis qu’il se garderait de toute affectation quand il mentionnerait les personnalités qu’il aurait pu rencontrer. Peut-être nous reprochera-t-on d’adresser de telles critiques à un chercheur dont l’ouvrage fut largement salué. Il semble pourtant que, dans les coulisses, nombre de spécialistes s’accordent à considérer que l’étude de Nawaz constitue un livre de référence dont ils useront, mais qu’ils s’abstiendront souvent de lire dans son intégralité tant son remaniement - afin notamment d’en faciliter la lecture - apparaît nécessaire.

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