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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Dans cette nouvelle Histoire de la folie, Claude Quétel se pose en adversaire farouche de Michel Foucault et de son Histoire de la folie à l’Âge classique parue en 1961 . Il attaque le modèle historique développé par ce dernier en le qualifiant d’"Évangile selon Foucault" , clamant qu’il a longtemps été impossible de faire entendre une autre histoire de la folie. Mais l’approche historique dépassée mise en œuvre par Claude Quétel dans ce nouvel opus ramène le lecteur bien trop loin en arrière pour représenter un contrepoint important au travail foucaldien.
Au coeur de la controverse : Quétel versus Foucault ?
Le cœur de la controverse réside dans la datation du premier enfermement des insensés. Foucault proposait la date de 1656. À cette date est créé l’Hôpital général, destiné à contenir les vagabonds et autres "mauvais pauvres". Les fous sont pris dans ce grand geste d’exclusion et commencent ainsi à être considérés comme des gens à enfermer : c’est, selon la formule de Foucault, le "grand Renfermement", mouvement issu d’un mélange entre les conceptions chrétiennes de l’assistance aux misérables et celles, bourgeoises, de la préservation de l’ordre social. L’asile d’aliénés proprement dit n’apparaît cependant qu’à la fin du XVIIIe siècle, avec l’aliénisme, médecine dédiée aux maladies mentales. En remontant à la date de 1656, Foucault tentait de trouver des antécédents à l’enfermement asilaire, et d’élargir les perspectives par rapport à la traditionnelle histoire de l’asile et de l’aliénisme, ancêtre de la psychiatrie. Il est probable qu’il ait forcé le trait et fait parler les sources en son sens, mais il faut reconnaître l’importance de son apport : avoir tenté de saisir les origines obscures du phénomène asilaire et avoir observé que le geste d’enfermement des marginaux existait bien avant que l’asile d’aliénés ne fasse son apparition.
Claude Quétel, de son côté, s’en tient aux évidences et affirme que les fous n’ont pas été enfermés avant l’apparition de l’asile à la fin du XVIIIe siècle. Il estime que les sources ne permettent pas de voir qu’il y ait eu volonté répressive de la part de l’État souverain à l’égard des fous, et que le seul type d’enfermement qui a eu lieu répondait à une généreuse volonté de soigner les insensés. Le déplacement de chronologie que propose Claude Quétel pourrait être intéressant, d’autant qu’il se fonde sur une lecture assidue des archives, mais on reste sceptique devant sa vision irénique de pouvoirs entièrement bienveillants à l’égard de la folie.
Pauvreté des analyses
Pour défendre ses positions, l’auteur se munit d’un appareil conceptuel tout à fait insuffisant. Sa seule analyse de l’objet "folie" consiste à reconnaître deux types de folie : la folie pathologique (médicale) et la folie morale (philosophique), bipartition simpliste et peu efficace, que l’auteur lui-même maîtrise plutôt mal. On le voit ainsi insister fortement sur l’importance de cette distinction, affirmer qu’il ne veut étudier que la folie-maladie, puis se contredire en expliquant que la folie-maladie est aussi un problème philosophique et, enfin, reprocher à Foucault de n’avoir pas vu que les deux types de folie ont toujours coexisté à travers les âges. Il se borne ainsi à réfléchir en termes de disciplines (médecine, philosophie), là où Foucault renouvelait les approches en observant l’évolution des gestes du pouvoir à l’égard de la folie (du pouvoir qui chasse les fous hors des villes au Moyen Âge, au pouvoir de l’Âge classique qui les enferme), qu’il tentait d’articuler à l’évolution des représentations (d’une folie médiévale insaisissable, voyageuse, cosmique, à une folie domestiquée et rationalisée à l’Âge classique).
2 commentaires
eudoxe
luc nemeth