Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Certains textes sont des livres, d’autres sont des essais et d’autres encore sont des projets. The Greeks and Greek Love : A Radical Reappraisal of Homosexuality in Ancient Greece de James Davidson est de ceux-ci. Six cent cinquante pages de texte plus une centaine de pages de notes. Mais dire qu’il n’existe qu’un projet dans un texte de cette envergure contredirait le fait que Davidson analyse à travers des " fils différents " l’homosexualité chez les Grecs anciens, l’Amour Grec. Dans l’introduction, Davidson nous dit qu’il ne fait pas comme Alexandre et préfère couper le problème afin de le résoudre : il va regarder ce nœud gordien, qui est l’homosexualité chez les Grecs, fil par fil.
L’un d’eux nous mène vers la question de savoir ce qu’est un garçon. L’image typique de l’Amour Grec est un homme, âgé et poilu, séduisant un jeune garçon d’une douzaine d’années. Cependant, Davidson travaille diligemment pour montrer que cette conception moderne est une faute de traduction. Paidophilia, d’où vient notre pédophilie, n’est pas grec ; Paiderastie est un mot plus approprié à ce contexte d’amour entre deux hommes. Paiderastēs vient de pais, "garçon " et d’eros " la force de l’amour ".
Davidson se fait anthropologue de la culture et observe que les Athéniens se divisent en groupes d’âge fondés sur le développement corporel. Les anniversaires n’existent pas. Un jeune "atteint " le prochain âge avec tous les autres jeunes du même groupe d’âge. On passe à l’adolescence quand la barbe commence à pousser : entre dix-huit et vingt ans. L’adolescent devient un homme avec l’arrivée d’une barbe pleine : à vingt-cinq ans environ. Tous les imberbes sont des paides (prenez-note, M. Mitterrand). Le lecteur du Banquet sait que l’analyse de Davidson est correcte. Les philosophes disent directement que l’amour pour ceux qui ont moins de dix-huit ans devrait être illégal.
L’auteur se garde des généralisations. Il différencie les coutumes homosexuelles des Crétois, des Spartiates, des Athéniens, des Lesbiens, des Boétiens et des Thébains. Par exemple, les Crétois mettaient en scène des abductions planifiées avec le soutien des amis du garçon sur le point d’être enlevé. L’adolescent, ses amis et l’abducteur passent deux mois pendant lesquels le jeune, l’eromenos reçoit des dons et chasse avec l’erastes, " l’amant ". Ensemble, le groupe rentre et le village fête l’union avec un sacrifice. Chez les Athéniens, l’amour grec a été vu à travers l’eros et non pas la philia " l’amour intime ". Tandis que deux adolescents couchent ouvertement en Béotie, ils peuvent en Sparte se marier officiellement (ils sont syzygentes : "être attelé avec l’un et l’autre "), en Athènes, l’eros se rapproche d’un amour unilatéral. L’eros est un potier qui décore ses vases avec l’image de Leagros ou c’est l’homme qui veut que le monde sache que Phanocles est beau. L’eros, disent les philosophes, aime d’une distance, dénuée de désir sexuel.
2 commentaires
Minami
ADH
http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-11-15.html
http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-11-03.html
http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-09-61.html