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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La sociologie s'amuse
[samedi 07 novembre 2009 - 14:00]
Sociologie
Couverture ouvrage
Le bêtisier du sociologue
Nathalie Heinich
Éditeur : Klincksieck
160 pages
Résumé : Les sociologues ne sont pas exempts de bêtises comme le souligne cet ouvrage qui ne manquera pas de faire polémique.
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Des bêtises à l'infini

L'ouvrage se poursuit en nous livrant une suite de chapitres, instructifs et divertissants, sur un certain nombre d'erreurs de raisonnement et d'argumentation portant sur les confusions entre " comparer à  "/  "comparer avec  ", " individualité  "/  "singularité  ", les problématiques de représentativité et d'échantillons, les erreurs d'échelles statistiques et individuelles, le questionnement sur les normes (ou les règles) et les exceptions, les changements et les stabilités, les indifférences entre " individuel  "/  "collectif  " ou " types  "/  "catégories  ", la perte de repère entre " causes  "  et " effets  " ou entre " causalité  " et " corrélation  ", voire " cause  " et " contexte  ", les controverses entre " expliquer  " et " comprendre  " (qui n'est pas justification), des précisions statistiques " imprécises  ", les querelles du qualitatif et du quantitatif, les abus du symbolique où " la plupart du temps, vous remplacez " symbolique  " par " immatériel  ", et vous retombez sur vos pieds. Evidemment, c'est plat.  "  , le malentendu entre " différence  " et " discrimination  " (variantes : entre " égalité  " et " similitude  ", " valeur  " et " nature  "), les batailles de chapelles entre énonciations " descriptives  " et " normatives  " ou " prescriptives  ", sur l'intérêt " opératif  " ou " spéculatif  " de la sociologie, surfant sur le sociologue critique (combattant, militant, engagé, etc., sans oublier le scientiste ou le prophète) et le sociologue " suisse  " (supposé neutre, confondant la neutralité axiologique de la neutralité épistémique), les agacements du dualisme entre l'inné et l'acquis, une pique au passage sur les cultural studies américaines, le démocratiquement correct de la nomination et le féministement correct de l'orthographe (" sociologu  " pour les hommes et " sociologue  " pour les femmes), le tout agrémenté d'exemples rencontrés au cours du temps par l'auteur. Et la liste pourrait s'allonger.

La sociologie, un art clanique ?

Est-ce pousser trop loin la généralité que de faire le constat que " malheureusement (…) la sociologie est encore souvent plus proche de l'idéologie que de la recherche  "   ? Un des ouvrages de Nathalie Heinich portait justement sur une figure emblématique de la sociologie française qui mélangeait (pas toujours, ne généralisons pas) avec malice l'idéologie et la recherche, Pierre Bourdieu  . Ironie de l'histoire, quelques années auparavant Jeannine Verdès-Leroux, une ancienne collaboratrice de Pierre Bourdieu, sociologue et historienne, pensant dénoncer le terrorisme intellectuel de son ancien patron, faisait preuve d'une rare bêtise idéologique dans un livre violent à l'argumentation rationnelle molle  . La sociologie malmenée, " on attendrait de cette discipline, réputée empirique sinon expérimentale, une certaine attention aux faits. Car après tout, si on leur préfère les noumènes et les phénomènes, la transcendance et l'immanence, l'idéalisme et l'existentialisme, on n'a qu'à faire de la philosophie !  "  . Les derniers chapitres feront une mise au point critique sur le conceptualisme et le sociologisme (ah ces " ismes  " !), mais aussi sur l'économisme (où l'on croisera l'improbable l'Homo rationalis à la plage), le logicisme (quelque peu binaire) et le radicalisme (où c'est bien connu, plus c'est radical plus c'est authentique).

Enfin, trop rapidement, le dernier chapitre clôt cet ouvrage par un éloge à l'indépendance d'esprit du sociologue dans cet espace de pensée où les clans et les écoles hégémoniques (sectaires ?) meublent " le monde universitaire [qui] fonctionne à peu près comme le monde mafieux  "  , et où se croisent conformisme, clientélisme, allégeance, révérence, idolâtrie, fanatisme, excommunication, etc. En refermant ce livre je repensais à Graeme Allwright chantant " Et ces gens-là dans leurs boîtes , Vont tous à l'université , On les met tous dans des boîtes , Petites boîtes toutes pareilles. " .

 

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49 commentaires

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Jean-Jacques

17/12/09 15:41
Comme le decrit admirablement bien le lecteur precedent, c'est quand on n'y connait rien en sociologie que l'oeuvre de Nathalie Heinich peut produire et exercer sur les lecteurs tous ses effets enchanteurs. Mais, des qu'on connaît un peu mieux les choses, tout s'effondre, plus rien ne resiste a l'examen. Nathalie Heinich dit tout et le contraire de tout. Ici, dans les commentaires, elle en appelle a Giordano Bruno et a l'autonomie de la science ; ailleurs, dans "Ce que l'art fait à la sociologie", elle dit que les descriptions sociologiques ne valent rien si elles ne sont pas jugées par les agents auxquelles elles s'adressent... Pauvre Nathalie Heinich, acculée à toujours plus de contorsions intellectuelles...
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denis

14/12/09 17:40
J'ai ete seduit par l'intelligence et le cote "petillant" de l'auteur dans ce livre et fort surpris par la teneur un peu "bete" et en tout cas "a cote de la plaque" de bien des commentaires.

je n'ai pas les competences (ne faisant pas parti de la noblesse sociologique) pour juger de la pertinence de ses propos mais j'ai assez de jujotte pour etre très dubitatif devant une bonne partie de commentaires qui precedent.

C est un peu, en effet, comme si certains avaient ecrit leur commentaire sans avoir lu le livre, ayant leur opinion deja faite avant.

Bref, je suis impatient de lire ses autres livres (c est le troisieme que je lis, avec toujours autant d'interet).




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Emilie

30/11/09 13:43
Je voudrais quand meme dire une chose : je crois, sur le radicalisme, Nathalie Heinich, a partir du moment ou elle s’est engagee en personne dans l espace politique, a tres bien surfe, disons, avec des tendances radicales qui en effet sont tres propres a une certaine politique française. Moi il me semble que le radicalisme est une voie tres sophistiquee, une forme tres sophistiquee de la betise, et rien d’autre. Et malheureusement Nathalie Heinich se un petit peu laissee aller a cela.
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Perdican

30/11/09 08:32
On ne badine pas avec les regles de la methode sociologique.
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Amélie L.

28/11/09 15:39
C'est tres drole parce que Nathalie Heinich s'imagine toujours qu'elle ne fait pas de politique. Elle a beau être un exemple parfait de la glissade reactionnaire d'une certaine gauche revenue de tout, pour elle, ce sont toujours les autres qui sont dans l'ideologie - ce qui est en soi une thematique reactionnaire bien connue. Un tel aveuglement est a peine croyable. Cela etant dit, je ne pense pas que NH soit paranoiaque. Elle est reellemet detestee par ses collegues non pas seulement parce qu'elle serait specialement odieuse (ce qui a l'air d'etre le cas si l'on en croit la mechancete suffisante de ses interventions qu'on peut lire ici ou la), mais parce que plus personne ne supporte ses livres ou se deploient des aneries en si grand nombre que meme un amateur peu eclaire peut voir qu'il y a supercherie. Comment voulez-vous ecrire trois livres par ans sans qu'il y ait un effondrement correlatif de la qualite? C'est tout simplement inévitable. Destin cruel malgré tout de Nathalie Heinich qui passera peut-être a la posterité non pour avoir denonce la betise mais pour l'avoir, mieux que personne, incarnee...


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