Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Par analogie avec Hume, puis avec Rawls, évoquant les circonstances de la justice, Alain Renaut se penche, dans un ouvrage magistral, sur "l’ensemble des conditions qui ont imposé à nos sociétés contemporaines d’en venir à s’interroger sur les règles ou les principes qu’elles doivent s’imposer à elles-mêmes pour reconnaître que l’identité humaine est intrinsèquement différente et ne peut être traitée avec dignité abstraction faite d’une prise en compte de cette diversité" (p. 73). Cette hypothèse et cette conviction s’expriment dans des chapitres denses, mais d’une absolue clarté, avec une puissance de persuasion qui force l’admiration.
Livre après livre, Alain Renaut construit donc une œuvre véritable, dont l’unité n’est pas douteuse et, d’ailleurs, revendiquée. Ainsi le philosophe n’hésite pas à revenir sur l’ouvrage à l’origine de sa médiatisation et dont on a médit en se fondant très fréquemment sur son seul titre. Sans doute celui-ci ne fut-il pas particulièrement heureux, laissant entendre qu’il était avant tout une critique de Mai 68 alors qu’il fustigeait l’anti-humanisme post-moderne et qu’il constituait avec L’Ère de l’individu un réservoir de propositions visant à pointer la malencontreuse substitution du principe d’indépendance au principe d’autonomie, à l’origine de la dérive individualiste de l’humanisme. Devrais-je avoir à préciser que l’on peut être anti-nietzschéen, anti-foucaldien, anti-lacanien, etc. sans être pour autant réactionnaire ?
Le tournant "diversitariste"
C’est donc à élever la diversité au rang de concept philosophique qu’est consacré son dernier ouvrage. Diversité et non identité, car Alain Renaut décrit précisément ce que l’on pourrait nommer un tournant "diversitariste" en philosophie politique. Après avoir exploré les "paradoxes de l’identité démocratique" (Alter ego avec S. Mesure), l’auteur se demande comment cette problématique identitaire s’est transformée et infléchie dans celle de la diversité. Sa démonstration passe par une critique serrée des thèses de G. Lipovetsky auxquelles il oppose le critère poppérien de réfutation : comment prendre en défaut les postulats du sociologue qui, à l’aide d’hypothèses ad hoc se révèlent rigoureusement irréfutables ? L’enjeu est d’importance : l’idéologie de l’individualisme démocratique en postulant l’avènement d’une "seconde modernité", l’ "hypermodernité" définie comme "déréglementée et globalisée, sans contraire, absolument moderne", donc, traduit Renaut, absolument identique à soi, s’interdit de rendre compte, dans la trajectoire des sociétés modernes, des véritables tensions et des réels virages. La critique est dévastatrice, et l’on peut, avec un brin de malice, se demander si l’on peut suivre l’auteur lorsqu’il dit entretenir des relations amicales avec G. Lipovetsky, alors que ce dernier refuse, avec obstination, le dialogue intellectuel auquel il est convié.
2 commentaires
manue
« la citoyenneté française est le résultat d’un histoire, d’un territoire et d’une langue et donc, nous en étions restés à ce que la France était la nation éclairée qui avait œuvrée pour la mise en œuvre de la construction européenne et donc maintenant nous sommes d’abord des citoyens européens ou en voie de le devenir .
Par ailleurs, il en va de la citoyenneté comme de la sexualité, les problèmes viennent surtout de méconnaissances et/ou de mauvaises approches ou croyances, ainsi si les administrations gérant les institutions républicaines ont à se préoccuper de la citoyenneté ce seraient sans doute seulement dans le souci de l’information et de la sensibilisation à la « citoyenneté » : qu’est ce que la citoyenneté ? Pourquoi les français ont choisi entre 1789 et 1792 de ne plus être les sujets d’un roi et de devenir des citoyens et des citoyennes ? Qu’est-ce qu’un état de droit ? Pourquoi les révolutionnaires qui ont eu peur des pouvoirs qu’ils avaient accordé soudainement à leurs frères et soeurs citoyens qui n’avaient connu que le joug et la misère ont dérapé en essayant de créer une religion d’état de l’ « être suprême » ? Pourquoi la démocratie est-elle d’abord un horizon politique et un travail d’équilibre de chaque jour ? Pourquoi la conscience d’être un citoyen(ne) favorise-t’elle le bon fonctionnement des démocraties ? Pourquoi les états non démocratiques favorisent-ils des états passifs ou pseudo-actifs pour leurs populations ? Quelle est la différence essentielle entre le fonctionnement des administrations gérant les institutions républicaines dans une démocratie et dans une non démocratie ? Qu’est-ce qu’une oligarchie ? Pourquoi une oligarchie n’est pas une démocratie ? Pourquoi une oligarchie a-t’elle besoin de la constitution d’un « sous-peuple » abruti et ayant renoncé à leur citoyenneté pour fonctionner ? Pourquoi l’horizon politique de la démocratie nécessite des citoyens éduqués et éveillés (et libre à eux ensuite de choisir la voie de l’abruti ou de se retirer )? Pourquoi la citoyenneté est-elle d’abord une école de vie collective ? Pourquoi le fait démocratique c’est-à-dire la dispersion des pouvoirs au profit des citoyens(nes) selon les règles du droit ferait peur et à qui [à quel type d’ordre] ?
Et en ce qui concerne l’ « identité », à chacun de construire, bricoler, inventer, transformer, s’amuser, négocier, etc.. , ce n’est certes pas le rôle des institutions républicaines de s’en préoccuper. Dissolvez donc cet horrible ministère dont l’intitulé nous fait honte, intitulé digne d’un pays totalitaire.
http://blogs.myspace.com/manuelle.yerly
Bulle