On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La seconde partie de l’ouvrage, consacrée au XIXe siècle et au spiritisme, semble beaucoup plus synthétique et plus souple, sans doute parce qu’elle ne s’agence pas, comme la première, en une “galerie de portraits”, mais qu’elle dévoile un fourmillement de manifestations et de personnalités spirites. On y apprend entre autres que, contrairement aux idées reçues, la vogue du spiritisme ne serait pas née sous les supercheries des sœurs Fox dans l’Amérique de 1847, mais dans l’Allemagne du XVIIe siècle, parmi les kabbalistes, même si l’on doit à des médiums américains d’en avoir ramené la mode. Mode encore que celle des somnambules et des magnétiseurs qui, oubliés dans la première moitié du XIXe siècle, refirent surface dans les années 1850, grâce au spiritisme dont ils se réclamaient. D’ailleurs, c’est à la même époque qu’on cessa de considérer que somnambulisme et médiumnité ne touchaient que les femmes.
Le “spiritisme à l’allemande” semble donc avoir eu pour particularité une ouverture importante vers l’extérieur (contrairement à l’hermétisme dont, jusque-là, avaient toujours été empreintes les réflexions sur l’au-delà). Aussi apprend-on que le spiritisme allemand fut intimement associé à des théories utopistes, en raison de l’aspect “communautaire” des tables tournantes. Un spiritualiste, affirme Jacques Fabry, se devait de lutter contre l’injustice sociale. On ne s’étonnera donc pas qu’une femme comme Bettina von Arnim, sœur de Clemens Brentano et épouse de Achim, fût non seulement une adepte du spiritisme, mais également une activiste socialiste. Avec le spiritisme se dessine, on le voit, le passage d’un au-delà chrétien et religieux à un au-delà “démocratisé” et souvent ludique. À ce propos, Jacques Fabry nous livre une belle réflexion sur la valeur sociale des tables tournantes, notamment sur son rôle de “jeu de société”. Il nous montre également comment le positivisme scientifique, avide de tout expliquer, devait se confronter au surnaturel, et dans cette confrontation, entraîner la passion des foules : “Les tables tournantes exerçaient une fascination d’autant plus grande que les récentes découvertes scientifiques semblaient remettre sérieusement en cause les lois physiques de causalité.”
Si la première partie de cet ouvrage demeure assez ardue, la seconde, par mimétisme avec son sujet peut-être, gagne en souplesse, devient plus accessible à un public de non-spécialistes. L’ouvrage se fait plus ludique, mais n’en est pas moins riche et intéressant, comme les tables tournantes ont dû l’être en leur temps![]()
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