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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Parti du postulat selon lequel, de l’Aufklärung à l’époque wilhelminienne, l’Allemagne aurait été traversée par un profond intérêt pour la question de la destinée de l’homme après sa mort, Jacques Fabry, spécialiste de l’ésotérisme germanique, propose un ouvrage original sur l’au-delà chez des penseurs souvent thaumaturges ou du moins visionnaires. S’il s’intitule “visions” et non “notions” de l’au-delà, c’est parce que les penseurs qu’il présente étaient plus souvent théosophes que philosophes. Mais aussi parce qu’au XVIIIe siècle, l’une des interrogations principales sur l’au-delà concernait d’abord la topographie de ce qu’on avait tendance à considérer comme un intermédiaire entre l’espace de l’humain et celui du divin, voire comme un Hadès hérité de l’Antiquité. Visions, donc. Comme celles de Swedenborg notamment (bien que suédois, il occupe une place centrale dans cet ouvrage en raison de sa grande influence sur la pensée allemande), qui ne craignait pas d’affirmer que les âmes des morts peuplaient sans doute les étoiles.
Mais pourquoi cet engouement pour l’au-delà à l’époque où s’impose le rationalisme ? Jacques Fabry nous explique qu’entrer en contact avec cet “espace intermédiaire” représentait l’espoir d’obtenir des révélations capables de faire progresser les individus. J.H. Jung-Stilling espérait même, grâce à ses romans à clés, révéler une nouvelle compréhension des Écritures, convaincre de l’infaillibilité de Dieu (à l’époque de l’Aufklärung, celle-ci était fortement menacée), et provoquer, si possible, des conversions ou des retours à la foi. Cependant, et même si l’on comprend que ces penseurs parfois illuminés s’inscrivaient dans la lignée des Naturphilosophen attachés à décrire la totalité des manifestations du monde visible (et donc du monde invisible), on tâtonne parfois pour saisir comment, souvent raillés par leurs contemporains rationalistes, ils ne restaient pas, justement, en marge de leur époque. Jacques Fabry insiste sur le fait que l’Auflklärung était plus sentimentaliste et moins clairement rationaliste que les Lumières des encyclopédistes, et que Kant, dans la Critique de la raison pure, mettant en doute le raisonnement logique, avait offert une brèche par laquelle s’engouffraient les adeptes de l’intuition.
On retiendra tout de même que parmi les penseurs présentés dans cet ouvrage, un grand nombre pratiquait la médecine (comme Mesmer dont il est souvent question), ce qui appelle un lien entre rationalisme et intérêt pour l’au-delà. Le cas de Justinus Kerner, médecin et magnétiseur, auteur de ballades et de lieder, illustre ce rapport complexe. Amené à traiter une voyante “atteinte” de glossolalie, et donc capable de parler les langues les plus anciennes et les plus rares sans les avoir jamais apprises, mais aussi de rêves prémonitoires et d’apparitions d’esprits, le docteur Kerner, d’abord sceptique notoire, finit par consacrer le reste de son existence à ces phénomènes inexpliqués, associant ainsi foi et démarche scientifique.
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