Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La vengeance comme moteur de l'histoire
[lundi 02 novembre 2009 - 20:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les refusants. Comment refuse-t-on de devenir exécuteur ?
Philippe Breton
Éditeur : La Découverte
250 pages / 16,15 € sur
Résumé : A la recherche de ceux qui, bourreaux potentiels lors d’un crime de masse, refusent de passer à l’acte.
Page  1  2  3 

Les études consacrées aux meurtres de masse ont été très attentives aux bourreaux, aux victimes ou aux résistants. Une autre catégorie pourrait être construite, à laquelle appartiennent ceux que tout désignait pour participer aux assassinats collectifs, mais qui s’y refusèrent. Une telle attitude se retrouve chez des membres des Einsatzgruppen, chez des soldats – français en Algérie ou américains au Viêt-Nam – chez des miliciens hutus ou parmi des terroristes islamistes. Leur refus est d’autant plus incompréhensible, qu’il ne les fait pas pour autant entrer en résistance et que ces hommes ne justifient pas leur comportement par des sentiments humanistes.

Philippe Breton, professeur au Centre universitaire d’enseignement du journalisme de Strasbourg consacre son livre à ces « refusants ». À travers eux, ce sont les mécanismes de la violence de masse qui l’intéressent en fait. À la suite des travaux d’Arno Mayer , il souligne l’importance du sentiment de vengeance pour l’expliquer.

Qu’est-ce qu’un refusant ?

La première partie de l’ouvrage est employée à définir le « refusant ». Il s’agit d’un individu qui, impliqué directement dans une situation de crime de masse, refuse volontairement d’y participer, mais sans recourir à une idéologie ou à un système de croyances, politique, humaniste ou religieux pour se justifier. Le « refusant », sans être un résistant n’a, tout simplement, pas été convaincu de devoir s’associer à un tel crime de masse.

Les « refusants » représenteraient entre 2 et 20% des « bourreaux potentiels » lors d’un assassinat collectif. Leurs traces se retrouvent sur tous les continents et dans tous les conflits du XXe siècle. En juillet 1941, à la veille de la tuerie de Josefow en Pologne, le lieutenant Heinz Buchmann du 101e bataillon de réserve de la police allemande demanda par exemple une nouvelle affectation après avoir appris ce que l’on attendait de lui. Au Viêt-Nam, le 16 mars 1968, le lieutenant américain Hugh Thompson tenta d’empêcher le massacre de My Laï, mais ne parvient qu’à sauver une douzaine de villageois. C’est également le cas d’Ibrahim Nsengiyumua, commerçant hutu de Kibungo qui, en 1994 refusa de participer aux « corvées de tueries » ou encore celui d’Arin Oud Hasin Amhed qui s’abstint au dernier moment de se faire exploser à Rishon Letzion, en Israël en mai 2002.

Ces quelques exemples ne remettent pas en cause la quasi-invisibilité du « refusant » comme acteur des crimes de masse. Plusieurs éléments concourent à la méconnaissance du phénomène. Tout d’abord, dans la « concurrence des acteurs » des assassinats collectifs, les « refusants » n’ont guère suscité l’intérêt au contraire des exécuteurs, des victimes et des résistants. Une certaine fascination pour le Mal offre une autre explication simpliste. Elle dispense d’une réflexion sur les motivations des uns et des autres. Binaire, elle ne comprend que deux acteurs : le bourreau – personnification du Mal – et sa proie – celle du Bien. Dans ce cadre le « refusant », exécuteur potentiel qui refuse de passer à l’acte, constitue une anomalie qui ne peut exister. Enfin, si les « refusants » sont si mal connus c’est qu’ils demeurent particulièrement discrets sur leurs propres comportements. N’étant pas des résistants, ils ne font pas acte de prosélytisme et ne témoignent directement qu’avec parcimonie, voire réticence.

Titre du livre : Les refusants. Comment refuse-t-on de devenir exécuteur ?
Auteur : Philippe Breton
Éditeur : La Découverte
Collection : Cahiers libres
Date de publication : 15/10/09
N° ISBN : 2707156175
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici