ACCÈS
BIBLIOTHÈQUE
CLIQUEZ ICI
Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

En 1961, 2 200 000 personnes vivent à Berlin-Ouest, sur 480 kilomètres carrés, soit plus de quatre fois Paris intra-muros. La construction du mur en août 1961, décidée par les autorités de la République démocratique allemande (RDA, Est) pour mettre un point d’arrêt à l’exode massif des Est-allemands vers l’Ouest, aura une deuxième conséquence : la ligne de démarcation passant au milieu de la ville et tout autour du secteur occidental, les Berlinois de l’Ouest se trouvent bientôt enfermés sur leur territoire. C’est là tout le sens du titre du livre de Jacqueline Hénard, Berlin-Ouest, Histoire d’une île allemande.
Berlin-Ouest forme un espace bien curieux depuis 1945 et la partition de l’Allemagne en quatre secteurs : américain, britannique, français et soviétique. En 1961, Berlin a « deux administrations, deux universités, deux monnaies, deux services de poste, deux réseaux téléphoniques, deux services publics de gaz et d’eau potable » , explique la journaliste allemande, ouest-berlinoise et correspondante de Die Zeit à Paris. Seule la canalisation des eaux usées reste commune. La partie occidentale n’est reliée au reste de la République fédérale allemande (RFA) que par trois couloirs aériens, une route et une ligne de chemin de fer. Berlin-Ouest se retrouve dans une situation toute paradoxale : vitrine occidentale de la liberté plantée en plein terrain soviétique, elle est littéralement emmurée.
Un territoire bouleversé par la partition et la clôture
L’auteur déroule quarante-quatre ans d’histoire de la demi-ville selon une structure à la fois chronologique et thématique, sans jamais s’éloigner du point de vue des habitants. Très précis et documenté, le livre dépeint par des chiffres, des faits et des témoignages la vie des Berlinois de l’Ouest dans l’espace qu’il leur reste. Jacqueline Hénard scrute le territoire bouleversé par la partition et la clôture, de l’arrivée des troupes soviétiques, en avril 1945, avec le démantèlement de 85 % des installations industrielles de l’Ouest, à l’aventure de la « république libre de Kubat ». Du 26 mai au 1er juillet 1988, entre 50 et 300 squatteurs occupent en effet un terrain vague, physiquement situé à l’ouest du mur, mais juridiquement propriété de RDA. Rachetés par le Sénat de Berlin Ouest, ces quatre hectares doivent accueillir une autoroute urbaine. Mais en attendant que le terrain ne passe en propriété effective de l’Ouest, les policiers n’y ont aucun droit d’accès. Après cinq semaines d’occupation, près de 200 squatteurs franchissent le mur, vers l’Est.
Des friches au pied du mur
Au fil des chapitres, Jacqueline Hénard donne à découvrir des Berlinois de l’Ouest qui s’approprient avec ingéniosité leur territoire encerclé. Par exemple, sur les quelques mètres qui séparent le côté Ouest du mur de la ligne de frontière (un espace interdit aux forces de l’ordre et aux officiels de Berlin-Ouest), les habitants installent, sous les yeux des gardes de RDA, des jardins potagers, des champs de pommes de terre ou des parkings. Au pied du mur, les friches laissent les Berlinois respirer. Car la ville survit avec difficulté, à coup de subventions pour attirer les entreprises (le gouvernement Ouest allemand a ainsi distribué 200 milliards de marks entre 1950 et 1989) et de primes aux habitants pour conserver sa population.
Aucun commentaire