Je veux peindre ce qu'on ne dit pas
[mercredi 11 novembre 2009 - 01:00]
Psychanalyse
L'intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou.
Gérard Garouste, Judith Perrignon
Éditeur : L'iconoclaste
La dette en sous-main
La question du père est donc centrale, celle de son amour et celle de sa place, de "la distance d’un père à son fils"
. C’est en filigrane tout au long de ce récit autobiographique, décliné sous différentes formes. Il y a cette spoliation des juifs qui fait de son père un salopard. Puis face à cet antisémitisme paternel, Gérard épouse une jeune femme juive, puis apprend l’Hébreu et instaure même des fêtes juives dans sa famille, sans pour autant se convertir au judaïsme. Et puis, il y a ce cadeau fait par le père au fils, une sorte de lien Garouste père et fils, non plus dans l’entreprise familiale comme cela s’était fait à la génération précédente et comme cela était certainement prévu pour Gérard, mais un lien dans ce qui a occupé le père et le fils à l’opposé l’un de l’autre : la spoliation des juifs. Ce sous-main, donné par Garouste père pour faire plaisir à Gérard, appartenait lui aussi à une famille juive. Cadeau empoisonné, comme une dette transmise à l’insu du fils par le père, Gérard finit par vouloir le rendre, non pas à son père, mais son premier propriétaire, famille juive dont la descendante a entendu parler de l’histoire. Mais "elle n’a d’ailleurs jamais dit qu’elle le voulait, et je ne voudrais pas l’encombrer de ma dette. Si elle n’en veut pas, je comprendrai, le sous-main me restera sur les bras. Je deviendrai le gardien de cet objet qui ne m’appartient pas mais dont je suis responsable. Si elle repart avec, c’est mieux. J’aurai réparé"
.
Etre père
Sa première crise de folie intervient durant la première grossesse d’Elisabeth. Etre père questionne, ce que son psychiatre de l’époque résumera ainsi après la naissance du bébé : "vous voyez, ce n’est pas la naissance de votre fils qui vous pose problème, mais sa conception". Concevoir d’être père... Et pourtant, être père, il l’incarne à sa façon, le décline, avec ses enfants, mais aussi en hébergeant Christian, s’interrogeant sur sa relation avec lui, sur la trempe que Christian attendait peut-être de la part de Gérard, pour filer droit. Et puis, il y a eu cette journée passée avec un éducateur à voir des enfants dans des situations familiales difficiles, avec de la maltraitance, ce qui mène Gérard Garouste à concevoir le projet de
La source. "Je devais faire quelque chose, le mot devoir est énorme, mais je n’en connais pas de plus juste. C’est quand on sait nager qu’on peut sauver l’autre de la noyade, j’avais appris, je n’étais plus à la merci de la vie, peut-être juste de la folie. J’ai pensé monter une association, sortir ces enfants de chez eux, quelques heures, quelques jours pendant les vacances scolaires, leur montrer ce qui est beau, et surtout leur dire que ça pouvait avoir un rapport avec eux. Je sais que l’art ne peut sauver le monde, mais je sais qu’il contamine les désirs et éveille l’amour propre"
.
Et la peinture…
Et la peinture, dans tout cela ? Peut-être nous suffit-il d’écouter Gérard se confiant à Elizabeth Couturier
: "Je n’ai aucune passion pour la peinture. Je suis peintre comme je pourrais être ébéniste. A la limite, ma pierre d’angle, à moi, c’est l’étude, ce n’est pas la peinture". Prétexte pour autre chose, sa peinture "était trop pleine de mon envie d’en découdre"
. Peut-être alors pourrions-nous envisager le titre de cette autobiographie,
L’intranquille. Autobiographie d’un peintre, d’un fou, d’un fils… comme ceci :
L’intranquille. Autobiographie d’un fils, d'un fou, d'un peintre…
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