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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Je veux peindre ce qu'on ne dit pas
[mercredi 11 novembre 2009 - 01:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
L'intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou.
Gérard Garouste, Judith Perrignon
Éditeur : L'iconoclaste
216 pages / 15,20 € sur
Résumé : C’est un voyage vers l’humanité que nous propose ici Gérard Garouste.
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La fantaisie
C’est à partir d’entretiens avec Judith Perrignon que le peintre Gérard Garouste nous livre ici, sous la forme du récit, la trame de sa vie. Et le titre du livre exprime bien le sentiment que cette autobiographie laisse au lecteur, en tout cas celui qu’il m’a laissé : l’histoire d’un homme "intranquille". Si la folie peut faire peur à ceux qui la voient se manifester chez autrui, elle est l’expression d’une difficulté à être. Pour Gérard Garouste, ce sont de ses émotions dont il a appris à se méfier car elles le font passer du côté de la folie, un "genre de fantaisie"  . Et même si un psychanalyste bien connu écrivait à la fin des années 1970 "tout le monde est fou,   proposition généralement reprise en "tout le monde délire", cette folie vient parfois encombrer un peu plus les uns que les autres : "être heureux est dangereux pour moi, être en colère aussi. L’émotion forte m’est interdite"  .

La toile de fond
L’entretien du peintre avec Francesca Isidori sur France Culture   dévoilait le ton du livre. Il y était question du père et des juifs, ce que je m’avancerais à appeler la toile de fond : un homme marchand de meubles qui profite de la déportation des juifs pour récupérer leurs biens afin de les revendre. Et dans cette famille au père antisémite ayant profité de la déportation des juifs pour s’enrichir, le fils (Gérard Garouste) tombe amoureux d’Elisabeth, une jeune fille juive. Et un jour le hasard vient se mêler au discours paternel qui le mettait en garde ; pour ce mariage, Garouste père avait fait faire les alliances sur mesure, précisant : "te trompe pas, car si tu n’arrives pas à mettre l’alliance au doigt de ta femme le jour du mariage, c’est elle qui portera la culotte"  . Et, le jour du mariage, l’alliance n’allait pas au doigt d’Elisabeth… : "et je faisais miens les mots de mon père, ils cognaient dans ma tête, je parlais comme lui : elle portera la culotte, cette femme juive va me dominer !"  
Et non, elle ne semble pas avoir porté la culotte, mais son mari. Si certaines femmes seraient parties lors de la première crise de folie de leur époux, Elisabeth, alors enceinte de leur premier enfant, est restée. Elle a aimé son mari malgré sa folie, le soutenant, le portant : "jusqu’à ce que tu deviennes célèbre, je travaillerai dans le magasin de mes parents, je ferai la caissière s’il le faut.   …/… Tu vas reprendre la peinture, tu vas être peintre, j’en suis persuadée. L’envie reviendra quand tu iras mieux, pour l’instant tu te soignes".  

L’énigme
Dans cette autobiographie, il est également question d’une éducation dans le mensonge et, en filigrane, d’une vérité à découvrir. La psychanalyse a été le premier mouvement de cette découverte, l’étude de l’Hébreu et de la Bible le second  . Il y a également le secret de famille à percer, celui de "tante Gabrielle", violée, mais par qui ? Le peintre note qu’il en découvre le secret au même âge que son grand-père et peut-être, dit-il, au même âge que son propre père. Dans la famille, l’énigme de Gabrielle a tourné au scandale alors que... Mais l’énigme première serait peut-être celle qui nous vient à l’esprit quand on lit la première phrase de la quatrième de couverture : "je suis le fils d’un salopard qui m’aimait". En effet, comment peut faire un enfant qui découvre que son père est un salopard et, qu’en plus, ce salopard l’aime… Peut-être qu’il a trouvé dans la religion une explication, dans cette religion qui "fait des ravages dans la tête des hommes, à commencer par celle de mon père à qui j’aurais tant voulu parler".

Titre du livre : L'intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou.
Auteur : Gérard Garouste, Judith Perrignon
Éditeur : L'iconoclaste
Date de publication : 07/05/09
N° ISBN : 2913366252
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