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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Mars pour échapper au capitalisme
[samedi 31 octobre 2009 - 15:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Archéologies du futur t.1 Le désir nommé utopie
Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
260 pages / 23,76 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Archéologies du futur t.2 Penser avec la science-fiction
Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
287 pages / 23,66 € sur
Résumé : Le grand critique marxiste nous offre une œuvre majeure sur la SF américaine, vue à travers le prisme de l’utopie. 
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Fredric Jameson (né en 1934) est considéré comme le plus grand des critiques littéraires marxistes américains. Surtout connu pour avoir théorisé le postmoderne comme "logique culturelle du capitalisme avancé", Jameson a développé une œuvre abondante où il analyse la littérature comme pratique symbolique. La littérature offre, selon Jameson, des solutions imaginaires et idéologiques à des contradictions socio-politiques insolubles et la tâche de la critique consiste précisément, selon lui, à faire apparaître ces sous-textes historiques et idéologiques : dégager l’inconscient politique des formes littéraires. Ainsi, Jameson expose que la science-fiction offre, en contrebande, un univers utopique. C’est dans l’espace et le futur, dans d’autres lieux et d’autres temps, que s’imaginent les alternatives au capitalisme.

Là où les idéologues de la "fin de l’histoire" donnent à croire que la chute de l’Union soviétique aurait mis fin à tout espoir utopique sur terre et que le capitalisme libéral, triomphant partout, s’imposerait désormais comme incontournable, les fans de SF tiennent bon et soutiennent que l’utopie est encore possible. Cette question est l’objet du numéro 133 (2008) de la revue de SF française Yellow Submarine, consacré aux "Envies d’utopie". Telle pourrait être également, brutalement formulée, l’interrogation qui hante les deux volumes qui forment le magnifique Archéologies du futur de Jameson. Le numéro spécial de Yellow Submarine offre une perspective plus francophone sur la question là où Jameson brosse un tableau de la SF américaine, anglaise et soviétique. Mais les deux titres, si différents par leur ampleur et leurs ambitions, se renforcent par leur inspiration partagée et se complètent dans leurs champs.

Archéologies du futur expose avec force la thèse suivante : la logique de la science-fiction est celle de l’utopie, et rejoint par là les efforts du socialisme pour l’édification d’un monde meilleur. Cette thèse rencontre au moins deux objections : d’une part, la science-fiction semble n’être qu’une pratique littéraire sans portée politique, coupée de la réelle pratique militante ; d’autre part, la tentative du "socialisme réel" a produit plutôt le contraire d’une utopie, et la science-fiction s’est souvent employée à mettre à jour ces dérives, peignant plutôt des "dystopies" ou des "kakotopies" que de bienheureuses utopies.

La SF a bien été l’univers de la dystopie : 1984 d’Orwell, ou Le Meilleur des mondes d’Huxley viennent immédiatement à l’esprit. Mais Jameson nous aide à les comprendre différemment. À propos d’Orwell, il nous révèle qu’un paradoxe travaille sa dystopie et en sape la cohérence : s’il y a en effet des inventions scientifiques dans le monde d’Orwell, cela implique qu’il y a un espace de liberté ; et s’il n’y pas d’invention scientifique, alors le contrôle technique de la société et de l’individu demeure rudimentaire et n’est jamais totalitaire. Ainsi, une faille se fait jour à l’intérieur du monde clos de 1984. Quant à Huxley, Jameson rappelle opportunément que l’auteur du Meilleur du monde fut aussi le créateur de sa propre utopie, L’Île (The Island).

En réalité, ces deux objections sur la capacité qu’a la science-fiction de représenter l’utopie, se superposent elles-mêmes à la double critique adressée à l’utopie elle-même. Critique de droite, d’abord, liée à l’effondrement de l’Union soviétique : la culture doute de la possibilité d’un monde qui soit ‘meilleur’ que le monde incontestablement excellent qu’est le capitalisme tardif. Mais critique de gauche aussi, ou postmoderne si l’on veut : la culture met en doute la possibilité d’une telle représentation et se demande si une sortie hors du capitalisme est possible. Comme l’a dit Clint Burnham, "le problème clef qui traverse l’œuvre de Jameson consiste à savoir comment imaginer le futur — l’Utopie conspuée— dans une culture qui nie doublement qu’une telle imagination soit possible." .

Titre du livre : Archéologies du futur t.1 Le désir nommé utopie
Auteur : Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
Titre original : Archaeologies of the future
Nom du traducteur : Nicolas Vieillescazes
Collection : L'Inconnu
Date de publication : 25/10/07
N° ISBN : 2353410200
Titre du livre : Archéologies du futur t.2 Penser avec la science-fiction
Auteur : Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
Titre original : Archaeologies of the future
Nom du traducteur : Nicolas Vieillescazes
Collection : L'Inconnu
Date de publication : 23/10/08
N° ISBN : 2353410359
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1 commentaire

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Yoda

01/11/09 12:28
On commence aussi enfin à voir arriver en France d'autres réflexions dans le même sens, c'est-à-dire prenant cette forme littéraire au sérieux, essayant de la saisir comme matière à penser et d'en révéler le potentiel politique. Voir par exemple : http://yannickrumpala.wordpress.com/category/science-fiction-et-theorie-politique/

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