Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Un livre féministe ?
On peut se poser la question du projet d’écriture de cet ouvrage, engagé par Paule Paganon, professeur-e en lettres et historienne spécialiste de l’Égypte. En effet, il semble être reconnu que l’Histoire est le produit des seules implications et actions des hommes. Le phallocentrisme patenté, omniprésent dans les récits de l’Histoire, plus qu’un fantasme, s’avère culturellement légitimé.
Or – et c’est tout l’intérêt de ce livre – Paule Paganon, aux prises avec une démarche que certains pourraient qualifier de militante (peu importe), cherche à nuancer le discours de ces hommes, historiens et penseurs, qui n’entrevoient le genre féminin qu’à travers le strict prisme de la femme lascive, docile et délicate. L’auteur-e rappelle, en effet : " Messaline a-t-elle été aussi dépravée et débauchée que relate Juvénal ? Agrippine l’Aînée, la mère d’Agrippine la Jeune, a-t-elle eu le comportement magnifique que les historiens décrivent ? Lucrèce est-elle la caricature que l’on connaît, le modèle par excellence de la matrone romaine ? Locuste n’est-elle qu’un nom synonyme d’empoisonnement experte et infaillible ? Les auteurs se préoccupent peu de psychologie quand il s’agit d’évoquer la gent féminine. "
Aussi, conforme aux prescriptions et combats féministes, tellement dans l’air du temps aujourd’hui, ce livre s’inscrit dans une démarche intéressée. Mais il n’en relève pas moins d’un projet original et nécessaire parce qu’il apporte une visibilité sur les actrices de l’Histoire plus que sur les acteurs.
Changement de point de vue ? Pas uniquement. Le livre de Paganon ne se contente pas de développer une approche qui dépeindrait seulement les femmes comme des figures fortes, indépendantes, omnipotentes et libres de leur action. Bien au contraire, ce que l’auteur-e démontre ici, c’est la difficulté avec laquelle ces reines et intellectuelles de l’Antiquité n’ont eu de cesse de suivre des rôles imposés, par la culture d’une part, par la religion et la société d’autre part.
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