On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Des peintres pompiers du XIXème siècle au film Gladiator, les représentations contemporaines du gladiateur témoignent de par leur abondance d’une fascination intemporelle pour un phénomène qui reste en définitive très mal connu.
C’est du moins ce que l’ouvrage d’Eric Teyssier, maître de conférences et spécialiste de la question, entend démontrer patiemment en entreprenant un travail complet de lecture ou de relecture de la documentation disponible sur la question.
Certes, ce livre de plus de 500 pages – fruit des travaux de recherche de l’auteur – constitue d’abord un ouvrage universitaire de référence sur la question, mais il n’en reste pas moins accessible à tous ceux qui, passionnés de sport, de combat ou tout simplement d’histoire romaine, souhaitent se plonger dans une synthèse qui fait la part belle aux sources et aux représentations iconographiques.
Au carrefour de plusieurs branches de l’histoire – histoire sociale, militaire, économique, voire politique et histoire du sport – et de l’anthropologie, le propos fourmille en effet d’illustrations, de schémas ou encore de reproductions de graffiti, qui sont analysés en profondeur et complètent la lecture aussi agréablement qu’utilement. Un lexique détaillé figure en annexe et permet de ne jamais s’égarer parmi les nombreux termes techniques employés.
Redonner un contenu historique à la gladiature
Si l’objectif de l’auteur est bien de comprendre un « dossier » sous tous ses aspects, sans les biais et autres a priori modernes et anciens que l’on a pu avoir sur la question, l’étude est avant tout chronologique et relate d’abord l’évolution de la gladiature. Cette histoire s’étale sur huit siècles dans le monde romain antique, mais la majeure partie de l’ouvrage est consacrée à la période considérée par l’auteur comme celle de la « gladiature classique », le Haut-Empire romain, d’Auguste à la crise du IIIème siècle. D’autre part, la démarche adoptée mérite aussi d’être mentionnée en raison de son originalité : non content de reprendre et de croiser les données iconographiques, épigraphiques, littéraires et archéologiques, l’historien laisse également une place à une forme de recherche tout à fait passionnante, l’« expérimentation archéologique », qui s’attache à reconstruire au plus près la réalité du combat voire de l’existence du gladiateur. Comme Eric Teyssier l’annonce d’ailleurs dans l’introduction, l’objectif n’est donc plus d’observer le gladiateur « du haut des gradins » ou d’émettre des jugements moraux, mais bien de le suivre au ludus (l’« école » des gladiateurs) et de décrire le phénomène dans toutes ses dimensions.
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