Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Chaque année, à la même époque, la France littéraire se passionne pour un phénomène très particulier : la rentrée littéraire. Deux mois de l’année concentrent les publications que les éditeurs espèrent pouvoir couvrir en librairie d’un fameux bandeau – rouge, bleu, ou autre, selon les prix. Deux reproches sont traditionnellement adressés à ces prix littéraires : ils touchent d’une part aux modalités du choix (corruption) et d’autre part aux résultats de ce choix (combien de Goncourt oubliés ? combien d’auteurs importants négligés ?). C’est à la première accusation que s’est efforcé de répondre l’écrivain et critique littéraire Pierre Jourde, sur le site Causeur. Ne cherchant pas à nier effectivement les biais et autres renvois d’ascenseur du milieu – donnant même quelques exemples récents – il invite à ne pas céder à la tentation du « tous pourris ! » en recourant à l’argument biblique de la paille et de la poutre : « Oui, mais qui peut se vanter d’être un pur ? Qui est assez impeccable pour donner des leçons ? Tout dénonciateur de pailles n’a-t-il pas une poutre dans l’œil ? ». Il aurait pu tout aussi bien mobiliser Jean : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » . En un mot : les écrivains et les critiques sont comme tout le monde, connaissent du monde et sont insérés dans le monde : « [...] vivre, c’est faire des compromis avec ses idées, dans presque toutes les situations, client, parent, amoureux, touriste, salarié, etc. Un écrivain a des amis, des éditeurs, connaît des journalistes, publie des papiers dans tel ou tel journal, reçoit des prix, figure dans des jurys. » Cela n’est d’ailleurs pas forcément négatif, note Pierre Jourde : « Le meilleur de notre critique, celle qui reste, c’est celle des écrivains : Barbey, Schwob, Bloy, Mérimée, Gourmont, Baudelaire, Sartre, Jacques Laurent, Vialatte, etc. Dans une conception rigoriste de la déontologie littéraire, ils n’auraient pas dû publier d’articles critiques. » L’important étant de distinguer selon les situations, de faire avec la complexité. La critique oui, mais « en situation ». Certes, mais pourquoi ne pas promouvoir aussi davantage de transparence – notamment en signalant les conflits d’intérêts susceptibles d’exister – en s’inspirant des règles en vigueur dans la presse anglo-saxonne ? ![]()
2 commentaires
ghislainhammer
Laminico
Je ne comprends pas comment une académie de gens établis pourrait être autre chose qu'académique. Elle est là pour honorer et consolider l'ordre établi. Et l'histoire montre que les grands écrivains (ceci vaut aussi en science ou en politique) d'une époque ne sont pas nécessairement ceux dont on se rappelle qq siècles plus tard.