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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Le couple franco-allemand en musique
[mercredi 28 octobre 2009 - 16:00]
Musiques
Couverture ouvrage
Les relations franco-allemandes et la musique à programme 1830-1914
Damien Ehrhardt
Éditeur : Symétrie
168 pages / 28,50 € sur
Résumé : Un très bon livre sur les relations franco-allemandes et la musique à programme.
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Damien Ehrhardt est chargé de mission à l’université d’Evry-Val-d’Essonne. Il est président-fondateur de l’Association Humboldt-France et de l’Association musicale d’études franco-allemandes. Il est reconnu comme l’un des grands spécialistes de Franz Liszt.

La belle démonstration faite par Damien Ehrhardt consiste, si on devait la résumer, à suggérer qu’à l’inverse de ce que les historiens de la musique expliquent depuis longtemps concernant le XIXe siècle, la musique ne se réduit pas à un phénomène strictement national et à cette « harmonie des peuples » pour reprendre le titre de l’ouvrage collectif non moins intéressant paru en 2006  . Le siècle d’affirmation des nationalismes et des nationalités laissa une place fondamentale à la réflexivité et à la possibilité pour la musique à programme de s’épanouir dans une multitude de contextes transculturels dont la France et l’Allemagne furent les protagonistes malgré tout ce qui pouvait les opposer. Cette relativisation du fait national s’inscrit dans un courant universitaire transdisciplinaire qui tend ces dernières années à développer le thème de la transculturalité (théorie du transfert culturel de Michel Espagne et théorie de « l’histoire croisée » de Michael Werner), quitte à en démontrer les traces historiques là où leur empreinte est la moins soupçonnée, à savoir les relations franco-allemandes, a fortiori vers la fin du XIXe siècle et encore à la veille de la Première Guerre mondiale. La thèse de Damien Ehrhardt consiste à expliquer que l’émergence des cultures nationales résulta de l’interpénétration des différentes aires culturelles en raison de l’action d’une multitude d’acteurs que furent la personnalité dominante de Franz Liszt, le cénacle de ses défenseurs, dont Saint-Saëns, les sociétés musicales, les chefs d’orchestre allemands, certains musicographes et traducteurs auxquels il convient d’ajouter dès les années de la Monarchie de Juillet les émigrés allemands à Paris tels Hiller, Meyerbeer, Offenbach et Thalberg pour n’en citer que quelques uns.

Défini comme « l’appropriation par une entité culturelle d’un message venant d’une autre entité culturelle », le transfert culturel apparaît comme une sorte de traduction, d’appropriation et de mutation se produisant sur ce « socle interculturel » que fut l’interférence entre les nations française et allemande de 1830 à 1914 (et même au-delà). Malgré la rupture liée à la guerre franco-prussienne de 1870-1871, malgré toute la répulsion liée au rejet du wagnérisme chez certains compositeurs français, en dépit d’un sursaut revanchard et d’un nationalisme emphatique incarné notamment par Augusta Holmès, toute l’histoire du « champ culturel transnational » (Patricia Oster) révèle une mutuelle fascination, un même intérêt à connaître les compositeurs de l’autre pays. Le germanotropisme reste la règle après 1870 tandis que dès 1871, Heinrich von Ende fait part de son souhait d’un rapprochement entre les artistes des deux pays. Vécue en France comme un châtiment de Dieu ou comme un douloureux aveu de la supériorité intellectuelle des Allemands, la défaite de 1870 n’explique pas à elle seule la naissance de la Société Nationale de Musique (SNM) dont le projet date en réalité des années 1860. Cette affirmation officielle et réussie d’une voie exclusivement française donnée à la musique s’accompagne d’une habitude nouvellement prise de se rendre en Allemagne et plus particulièrement à Bayreuth, nouveau temple à la gloire de Wagner. L’appropriation de sa musique, avouée par d’Indy lui-même, exerce sur les compositeurs français une influence évidente faisant dire à Damien Ehrhardt que le wagnérisme œuvra au rapprochement franco-germanique.

Titre du livre : Les relations franco-allemandes et la musique à programme 1830-1914
Auteur : Damien Ehrhardt
Éditeur : Symétrie
Collection : Perpetuum Mobile
Date de publication : 04/09/09
N° ISBN : 2914373430
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