Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

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Finalement, le XXIème siècle sera juif ou ne sera pas
[mardi 27 octobre 2009 - 14:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le Siècle juif
Yuri Slezkine
Éditeur : La Découverte
427 pages / 23,76 € sur
Résumé : Dans un livre fourmillant d’idées et d’anecdotes, mais demeurant hélas assez confus, l’auteur montre comment le cosmopolitisme peut s’identifier à une conception ouverte de la judaïté.
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Des propos intéressants sur l'Etat israélien...

S’il est difficile de considérer les dix dernières pages du quatrième chapitre comme une conclusion générale de l’ouvrage, la position de l’auteur sur la situation d’Israël mérite toutefois d’être mentionnée. Le pays est décrit comme le « seul survivant actuel du nationalisme européen intégral de l’entre-deux-guerres. L’équivalent israélien de concepts devenus politiquement illégitimes, tels que ‘l'Allemagne aux Allemands’ ou la ‘Grande Serbie’ – à savoir ‘l'Etat juif’ ¬ a toujours cours en Israël comme en dehors du pays. » (p. 387). Slezkine se montre très critique lorsqu’il affirme tout de go : « Il est probable qu'aucun Etat européen ne pourrait échapper aux boycotts et aux sanctions s’il poursuivait une politique d’expansion territoriale, érigeait des murs et installait des colonies dans des zones occupées, recourait à la force létale contre des manifestants et pratiquait les démolitions de domiciles et les assassinats extrajudiciaires. Mais il est vrai qu’aucun Etat européen ne se trouve en situation de guerre permanente ; et aucun d'entre eux n'exerce un tel pouvoir de fascination sur l'imagination morale de l'Occident. » Fidèle à sa terminologie, l’historien avance une ébauche d’explication : « Hier mercuriens exemplaires dans un monde d'apolliniens, les Juifs israéliens sont aujourd'hui devenus des apolliniens exemplaires dans un monde occidental acquis au règne universel de Mercure. » (p. 390)

Achevant la lecture de cet ouvrage, on demeure frustré face à la confusion de la présentation. D’autres questions, plus en rapport avec l’actualité, émergent cependant dans une nouvelle perspective. On peut ainsi se demander comment être juif après Gaza, question à laquelle Esther Benbassa a récemment tenté de répondre dans un petit livre dont nonfiction.fr se fera très prochainement l’écho.

 

Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.

 

Suite à la parution de l'article de Jérôme Segal sur le livre de Yuri Slezkine, Le Siècle Juif, nous avons reçu un long commentaire d'Hugues Jallon, directeur éditorial aux éditions La Découverte, et de Marc Saint-Upéry, le traducteur du livre. Compte tenu du débat de fond qu'ils ouvrent, il nous a paru utile de leur donner la parole. L'auteur de l'article pourra naturellement leur répondre prochainement.

La Rédaction

 

 

Il n’est pas dans les habitudes de l’éditeur d’un livre de réagir aux recensions publiées dans la presse sur les ouvrages qu’il publie. Cependant, le long compte-rendu du Siècle juif de Yuri Slezkine paru sur le site de nonfiction.fr comporte un certain nombre d’erreurs manifestes qu’il semblait nécessaire de corriger, au plus grand profit du lecteur de nonfiction.fr qui pourrait sortir de la lecture de l’article de Jérôme Segal avec une représentation en très grande partie fausse du contenu du livre.
Le chapeau de la recension permet de prendre la mesure de la méprise : "Dans un livre fourmillant d’idées et d’anecdotes, mais demeurant hélas assez confus, l’auteur montre comment le cosmopolitisme peut s’identifier à une conception ouverte de la judaïté."
Un livre fourmillant d’ "anecdotes" ? Voilà une bien étrange manière de qualifier un livre où les textes autobiographiques de Ossip Mandelstam, les nouvelles de Isaac Babel, les poèmes de Edouard Bagritski, sont articulés de façon virtuose et convaincante à une somme d’éléments statistiques et à des documents du Politburo, du NKVD ou d’autres organismes officiels soviétiques. On peut mettre au défi quiconque de citer une seule "anecdote" de Yuri Slezkine qui n’aie rien à voir avec le développement argumentatif de chaque chapitre. Dans le même registre, il est dit ailleurs dans la recension que le livre ne comporte pas d’appareil critique, "seules quelques notes indigestes". Il y a en réalité trente pages de notes bibliographiques citant des centaines d’ouvrages et d’articles scientifiques en quatre ou cinq langues et conformes aux canons les plus stricts de la citation universitaire.
Un livre "confus" ? C’est exactement le défaut inverse qu’on peut reprocher à Yuri Slezkine et que certains lecteurs (soviétologues ou spécialistes des études juives) compétents et attentifs lui ont reproché, tout en signalant l’exceptionnelle intelligence et originalité de son travail. Le livre est peut-être même un peu trop clair, voire lumineux dans ses démonstrations, les données de fait, les statistiques historiques et les documents politiques et littéraires s’y enchaînent de façon trop bien huilée pour qu’on ne puisse pas parfois soupçonner quelque forçage de la réalité.

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3 commentaires

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Luis

09/11/09 20:58
je viens de finir le livre, surprenant, très original, magnifiquement écrit, on aimerait voir se publier plus souvent de tels ouvrages
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MAO

06/11/09 12:13
cette analyse ne m'éclaire pas beaucoup sur la difficile question de l'identité juive!
j'ai appris la distinction mercuriens et apolliniens,mais la question du "tatouage reste pour moi entière....
Le livre a l'air sans aucun doute confus,mais le sujet doit pouvoir se conclure par la remarque de Freud sur" l'identité obscure et complexe du judaisme"
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JS

30/10/09 15:02
Sur la faiblesse des appareils critiques lire le billet d'Assouline, "Editeurs, rendez-nous les index" http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/09/29/editeurs-rendez-nous-les-indexs/

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