Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.
Suite à la parution de l'article de Jérôme Segal sur le livre de Yuri Slezkine, Le Siècle Juif, nous avons reçu un long commentaire d'Hugues Jallon, directeur éditorial aux éditions La Découverte, et de Marc Saint-Upéry, le traducteur du livre. Compte tenu du débat de fond qu'ils ouvrent, il nous a paru utile de leur donner la parole. L'auteur de l'article pourra naturellement leur répondre prochainement.
La Rédaction
Il n’est pas dans les habitudes de l’éditeur d’un livre de réagir aux recensions publiées dans la presse sur les ouvrages qu’il publie. Cependant, le long compte-rendu du Siècle juif de Yuri Slezkine paru sur le site de nonfiction.fr comporte un certain nombre d’erreurs manifestes qu’il semblait nécessaire de corriger, au plus grand profit du lecteur de nonfiction.fr qui pourrait sortir de la lecture de l’article de Jérôme Segal avec une représentation en très grande partie fausse du contenu du livre.
Le chapeau de la recension permet de prendre la mesure de la méprise : "Dans un livre fourmillant d’idées et d’anecdotes, mais demeurant hélas assez confus, l’auteur montre comment le cosmopolitisme peut s’identifier à une conception ouverte de la judaïté."
Un livre fourmillant d’ "anecdotes" ? Voilà une bien étrange manière de qualifier un livre où les textes autobiographiques de Ossip Mandelstam, les nouvelles de Isaac Babel, les poèmes de Edouard Bagritski, sont articulés de façon virtuose et convaincante à une somme d’éléments statistiques et à des documents du Politburo, du NKVD ou d’autres organismes officiels soviétiques. On peut mettre au défi quiconque de citer une seule "anecdote" de Yuri Slezkine qui n’aie rien à voir avec le développement argumentatif de chaque chapitre. Dans le même registre, il est dit ailleurs dans la recension que le livre ne comporte pas d’appareil critique, "seules quelques notes indigestes". Il y a en réalité trente pages de notes bibliographiques citant des centaines d’ouvrages et d’articles scientifiques en quatre ou cinq langues et conformes aux canons les plus stricts de la citation universitaire.
Un livre "confus" ? C’est exactement le défaut inverse qu’on peut reprocher à Yuri Slezkine et que certains lecteurs (soviétologues ou spécialistes des études juives) compétents et attentifs lui ont reproché, tout en signalant l’exceptionnelle intelligence et originalité de son travail. Le livre est peut-être même un peu trop clair, voire lumineux dans ses démonstrations, les données de fait, les statistiques historiques et les documents politiques et littéraires s’y enchaînent de façon trop bien huilée pour qu’on ne puisse pas parfois soupçonner quelque forçage de la réalité.
3 commentaires
Luis
MAO
j'ai appris la distinction mercuriens et apolliniens,mais la question du "tatouage reste pour moi entière....
Le livre a l'air sans aucun doute confus,mais le sujet doit pouvoir se conclure par la remarque de Freud sur" l'identité obscure et complexe du judaisme"
JS