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De Dieu comme explication la plus (ou moins) simple
[vendredi 23 octobre 2009 - 00:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Y a-t-il un Dieu ?
Éditeur : Editions d'Ithaque
136 pages / 18 € sur
Résumé : Un essai qui tente de prouver l'existence de Dieu en montrant que le théisme est la plus simple hypothèse pouvant expliquer l'ordre de notre monde.

Il fut un temps où la question de l’existence de Dieu et la discussion des preuves de son existence constituaient un enjeu d’importance pour la philosophie : les œuvres de Thomas d’Aquin, Descartes, Leibniz ou Kant sont encore là pour nous le rappeler. Aujourd’hui, à l’époque décrite par certains comme celle marquant la « fin de la métaphysique », elle semble être tombée aux oubliettes. Serait-ce parce qu’elle a été résolue ? Loin de là. Mais elle est passée – ou plutôt, dirons-nous, « tombée » - du statut de question susceptible de recevoir une réponse rationnelle, ou du moins raisonnable, à celui de choix personnel. Dans notre monde multiculturel et surtout « tolérant », il semble que les forces en présence se soient largement entendues pour que chacun (athée, agnostique, croyant) reste chez soi et n’aille pas embêter les autres avec ses arguments : chacun croit ce qu’il veut et les vaches seront bien gardées.

On peut être sceptique au sujet de ce pacte de « non-agression argumentative » pour deux raisons. La première - et nous y reviendrons - est qu’il n’y a peut-être pas véritablement d’argument convaincant en faveur de la thèse selon laquelle la question de l’existence de Dieu ne saurait être raisonnablement tranchée. La seconde est que, bien loin de favoriser la tolérance, il se pourrait que cette stratégie, obligeant la raison à déserter le débat théologique, favorise en fait la montée de l’irrationalisme. À une époque où  l’on déplore le « choc des civilisations », on ferait bien de s’aviser que mettre de côté la raison, c’est supprimer tout terrain commun et creuser le fossé entre les interlocuteurs.

Richard Swinburne, lui, est bien loin de penser que la question de l’existence de Dieu ne relève pas du débat argumentatif. Son ouvrage « Y a-t-il un Dieu ? » défend deux thèses. La première est que la question de l’existence de Dieu peut effectivement être abordée de façon rationnelle et faire l’objet d’un débat argumenté entre deux interlocuteurs qui auraient des a priori très différents. La deuxième est que les arguments disponibles penchent en faveur de l’existence de Dieu.

 

La méthode

 

L’ouvrage se divise en sept chapitres, et on peut dire (en simplifiant un peu) que les trois premiers servent à poser les termes de la question et la méthode qui sera employée pour y répondre. Tout d’abord, il s’agit de définir ce qu’on entend par Dieu. Swinburne définit ainsi Dieu comme une personne omnipotente, parfaitement libre et omnisciente. De ces trois propriétés fondamentales découlent certaines autres propriété, comme par exemple celle d’être éternel (au sens de « sempiternel », c’est-à-dire qui est dans le temps mais depuis toujours et pour toujours) ou encore parfaitement bon. Comme on le voit, et de l’aveu même de Swinburne, le Dieu dont il est question est le Dieu des trois grands monothéismes.

Les choses étant mises au clair, comment Swinburne va-t-il procéder pour répondre à cette question ? Dieu n’échappe-t-il pas à toute expérience ? Certes, répond Swinburne, mais ce n’est pas là un problème : les sciences postulent de nombreuses entités qu’il nous est impossible d’observer directement. Pour qu’il soit raisonnable de postuler l’existence d’une entité, il suffit que l’existence de cette entité fasse partie de la meilleure explication possible d’une certaine classe de phénomènes. Et, pour Swinburne, la meilleure explication est l’explication la plus « simple » : c’est-à-dire l’explication qui doit « postuler un petit nombre de causes »  . Bien sûr, la simplicité n’est pas le seul critère, mais elle permet de trancher entre différentes théories qui auraient un égal pouvoir prédictif. Prouver que Dieu existe (ou pas) revient ainsi à montrer que la plus simple des théories qui fournissent les meilleures prédictions au sujet d’un certain type de phénomènes postule (ou pas) l’existence de Dieu. Pour Swinburne, nous allons le voir, l’hypothèse théiste est, parmi les hypothèses qui ont le meilleur pouvoir prédictif, celle qui est la plus simple.

 

 

Il faut néanmoins apporter une précision. Le lecteur pourrait s’étonner de l’affirmation selon laquelle le théisme à une valeur prédictive. Mais cette affirmation n’est rendue possible que par un tour de passe-passe : Swinburne décide d’appeler « prédiction » toute explication, y compris celle de faits passés et présents, sous prétexte que le fait de savoir si oui ou non la théorie peut vraiment nous amener à faire des prédictions sur le futur n’est pas épistémologiquement pertinent. On entendrait presque Popper se retourner dans sa tombe. Il ne faut donc pas prendre Swinburne au pied de la lettre quand il vante la valeur « prédictive » de l’hypothèse théiste : traduit dans le langage commun, cela signifie juste que cette hypothèse a une valeur « explicative ». Mais passons.

 

L’argument par l’ordre du monde

 

Il faut donc prouver que, pour une (ou plusieurs) classe(s) de phénomènes, le théisme est la théorie la plus simple. Swinburne met ainsi en compétition trois théories distinctes. La première, le théisme affirme que Dieu existe et qu’il est l’auteur du monde. La seconde, que Swinburne appelle le matérialisme affirme que tout ce qui arrive dans le monde est causé par les réalités qu’étudient la physique (mais pas que tout ce qui existe est physique, parce que pour Swinburne une telle théorie, qui est ce que l’on appelle couramment matérialisme, est « à l’évidence erronée »  sic !). La troisième, l’humanisme, est la théorie selon laquelle ce qui arrive dans ce monde doit être expliqué par l’action de deux types d’entité : celles qu’étudient la physique et des personnes.

Les chapitres 4 à 7 confrontent ces trois théories à quatre types de phénomènes : le monde et son ordre (chapitre 4), l’existence humaine (chapitre 5), le mal (chapitre 6) les expériences religieuses et les miracles (chapitre 7). En fait, (pour des raisons qui seront précisées plus bas) seuls les chapitres 4 et 5 sont de véritables arguments en faveur de l’existence de Dieu, et le chapitre 4 est en fait le plus convaincant. C’est pourquoi nous allons entrer dans son détail.

L’argument prend pour point de départ l’existence du monde et de son « ordre ». Partant du principe que « l’état de chose probablement le plus naturel serait qu’il n’existe tout simplement rien »   (pourquoi ?), il faut que quelque chose soit apparu au hasard. Mais les particules élémentaires qui composent notre monde physique ont cette fantastique propriété de justement posséder toutes les mêmes propriétés, ce qui rend le monde si ordonné. N’est-ce pas un fantastique hasard que toutes ces particules aient exactement les mêmes propriétés ? et que celles-ci restent identiques au cours du temps ?  Comment l’expliquer ? Le matérialisme et l’humanisme sont là confrontés à un grand nombre de faits premiers et inexplicables. Le théisme leur est supérieur : il suppose un seul fait inexplicable (l’existence de Dieu) qui permet d’expliquer tous les autres faits en manque d’explication. L’hypothèse théiste serait donc préférable parce qu’elle laisse un moins grand nombre de faits inexpliqués et postule l’existence d’une seule entité (Dieu) au lieu d’une foultitude de particules semblables. L’argument est complété par un autre, proche, qui part de l’observation selon laquelle il était peu probable que les lois de la nature soient favorables à l’apparition de la vie, ce qui encore une fois s’explique plus facilement en postulant l’existence de Dieu (le fameux argument « anthropique »).

 

 

De l’existence de Dieu à la vérité du Christianisme

 

Le chapitre 5 tente d’argumenter en faveur de l’existence de Dieu en partant de l’existence humaine, c’est-à-dire d’êtres conscients. Identifiant l’esprit à la conscience, Swinburne défend (trop) rapidement la thèse selon laquelle l’esprit ne saurait être expliqué et analysés en termes physiques. Il faut donc trouver comment il est possible que la conscience soit attachée à certains corps en particulier et puisse interagir avec eux : là encore, Dieu est la solution. Bien sûr, si l’on n’est pas persuadé comme Swinburne qu’il est évident que l’esprit ne peut pas être réduit au physique, on aura du mal à adhérer à l’argument.

Le chapitre 6 part du problème du mal (pourquoi y a-t-il du mal dans le monde ?). Il ne s’agit pas dans ce cas de montrer que l’existence de Dieu est la meilleure explication pour l’existence du mal (ce qui serait difficile), mais que les deux sont compatibles. Il s’agit probablement là du chapitre le plus faible du livre, car il repose principalement sur des analogies.

Le chapitre 7 a deux objectifs. Le premier est de fournir un argument de plus en faveur de l’existence de Dieu à partir de ce que Swinburne appelle le « principe de crédulité »  . Le principe de crédulité stipule que « nous devons croire que les choses sont comme elles semblent l’être à moins que, ou jusqu’à ce que nous ayons la preuve que nous nous sommes trompés ». Ainsi, toujours selon Swinburne, « le témoignage accablant de milliards de personnes en faveur d’expériences occasionnelles de Dieu, à défaut de preuve du contraire, peut être considéré comme faisant pencher la balance de manière décisive du côté de l’existence de Dieu. »  . Bien sûr, l’argument ne marche pas tout seul, il faut déjà que les autres arguments aient montré qu’il n’y a pas de bonne raison de penser que Dieu n’existe pas. C’est pour cela qu’il ne peut servir qu’à renforcer l’argument de Swinburne.

Le second objectif de ce dernier chapitre est de montrer que, puisque Dieu existe, alors il s’agit probablement du Dieu du Christianisme. Selon Swinburne, puisqu’il est raisonnable de supposer que Dieu existe, il est raisonnable de croire aux récits de miracles, dès lors que nous disposons de témoignages solides. Or, selon Swinburne, les indices historiques en faveur du Christianisme (c’est-à-dire portant sur la résurrection de Jésus) sont ceux qui sont les plus solides. Dieu existe, et il s’agit probablement du Dieu Chrétien. CQFD.

 

 

Critiques

 

Il n’est pas question de discuter ici en profondeur l’argument du livre. Néanmoins, tout n’est pas très clair dans le développement de Swinburne, et particulièrement les standards qu’il adopte pour évaluer les différentes théories. Reprenons par exemple l’argument développé au chapitre 4 à partir de l’uniformité des propriétés des composantes de bases du monde physique. Comment faut-il exactement comprendre l’argument ?

1)     Swinburne ne cesse de répéter que l’explication la plus simple est celle qui postule le moins d’entité (« Rasoir d’Ockham »). L’argument serait donc que le théisme fait appel à une entité (Dieu) tandis que le matérialisme en invoquerait une infinité (de particules). Mais l’argument ne marche que si « postuler le moins d’entité » s’entend au sens numérique. Une autre compréhension, plus probable, serait que l’explication simple est celle qui postule le moins de types d’entités distinctes. En ce sens matérialisme et théisme sont à égalité. En poussant plus loin, on pourrait s’interroger aussi sur le mot « postuler ». Est-ce que le nombre d’entités que postule une théorie doit être compris comme le nombre de type d’entités contenues dans la théorie ou comme le nombre de nouvelles entités contenues dans la théorie ? Dans ce sens, le matérialisme est supérieur au théisme car il ne fait appel à aucune nouvelle entité tandis que le théisme introduit une nouvelle entité. Le problème est que le terme de « simplicité », qui joue un rôle important dans le raisonnement de Swinburne, est loin d’être simple et peut être compris en de très nombreux sens.

2)     Mais il existe une autre interprétation de l’argument de Swinburne en termes de probabilités : Swinburne semble dire qu’il est beaucoup plus probable qu’existe un Dieu plutôt qu’une infinité de particules ayant les mêmes propriétés. Mais là encore, le terme probabilités est flou : comment mesure-t-on des probabilités dans ces cas-là ? de quel type de probabilités parle-t-on ? faut-il en avoir une interprétation logique, épistémique, fréquentiste, subjective ? En raisonnant autrement (d’un point de vue épistémique par exemple), il est tout à fait possible de dire qu’il est très probable qu’il existe un grand nombre de particules ayant les mêmes propriétés, puisque nous savons déjà qu’elles existent (la probabilité de leur existence est donc une certitude). De ce même point de vue, au contraire, l’existence de Dieu est peu probable, puisque rien de ce que nous connaissons du monde y ressemble. Pourquoi cette manière d’estimer les probabilités de chaque hypothèse vaudrait-elle moins que celle de Swinburne ? L’une des erreurs de Swinburne consiste à croire que la probabilité d’une hypothèses dépend uniquement de la facilité avec laquelle elle explique les phénomènes à expliquer, sans prendre en compte la probabilité intrinsèque de cette hypothèse étant donné ce que nous connaissons déjà du monde. Autrement dit, si je rentre chez moi et que je vois que l’on m’a volé une lourde armoire en chêne, faut-il que je postule que le voleur avait une force surhumaine pour minimiser le nombre d’entités, ou n’est-il pas plus raisonnable dans ce cas de multiplier les entités en supposant qu’ils étaient plusieurs ?

 

Conclusion

 

Malgré les (nombreuses) critiques que l’on peut légitimement faire au raisonnement de Swinburne, celui-ci a le mérite d’être assez clair, organisé et intéressant pour… susciter des objections. En effet, il est peu probable (au regard de ce que nous savons de la psychologie humaine) que la simple lecture de ce livre fasse changer quelqu’un d’avis au sujet de l’existence de Dieu. Mais il existe deux types de croyances (et de non-croyances) : certaines sont justifiées et d’autres non. Pour nombre d’entre nous, il est probable que notre avis sur le sujet soit le fruit de notre histoire personnelle et que nous soyons incapables de le justifier. Se confronter à l’argumentation de Swinburne, c’est entamer un processus d’interrogation et de justification de nos croyances qui ne peut être que salutaire.

 

 

Y a-t-il un Dieu ? a été traduit de l’anglais par Paul Clavier. Paul Clavier a aussi publié chez Vrin une utile introduction à la question de l’existence de Dieu : Qu’est-ce que la théologie naturelle ?

A l'occasion de la sortie du livre, une rencontre-débat avec Richard Swinburne aura lieu à l'Ecole Normale Supérieure le jeudi 12 Novembre. 

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Florian COVA
Titre du livre : Y a-t-il un Dieu ?
Auteur : Richard Swinburne
Éditeur : Editions d'Ithaque
Titre original : Is there a God ?
Nom du traducteur : Paul Clavier
Collection : Collection Philosophie
Date de publication : 12/10/09
N° ISBN : 2916120092
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14 commentaires

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tymophil

01/05/11 20:03
@Florian Cova

1) Donc, le dieu de Swinburne est une création ad-hoc et non le dieu des chrétiens comme il le soutient. De plus, je n'ai pas vu en quoi le fait de supposer qu'il s'agit d'une personne rend cette « hypothèse » plus plausible. Swinburne ne semble pas en parler. On pourrait arguer qu'une personne dotée de caractéristique à la fois si proches de celles des humains (adultes en bonne santé) et aux capacités infinies est plus qu'improbable.

3) Il n'explique pas comment dieu sait quoi que ce soit ! Il serait, me semble-t-il bien en peine d'expliquer ce qu'il entend par savoir. Il joue sur notre intuition : dieu sait comme nous, mais en mieux...

4) Je pense que vous n'avez pas saisi mon objection. La robustesse d'une théorie scientifique n'est pas sa plausabilité... Une théorie scientifique est plausible quand elle postule que les phénomènes sont tous naturels et modélisables par des théories qui ne se contredisent pas les unes les autres et font des prédictions non contredites par l'expérience.
J'ai à présent fini le livre et je ne me souviens pas avoir vu justifier par l'auteur sa prétention que sa théorie théiste a un caractère prédictif. Quelle prédiction fait M. Swinburne pour affirmer que son hypothèse théiste est aussi efficace que les sciences de la Nature ? Je n'ai vu que des explications à postériori : du concordisme.
Merci d'avoir répondu à mes questions.
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Florian Cova

28/04/11 14:34
@tymophil:

Je vais tenter de répondre à vos questions, même si je ne suis pas à proprement parler un grand fan de Swinburne.

1) Le Dieu de Swinburne est très "anthropomorphisé" (il est sempiternel et pas éternel par exemple) - et c'est fait exprès. Swinburne veut que l'hypothèse Dieu soit la plus probable possible. Pour cela, il faut que Dieu ne paraisse pas trop improbable "en soi" (dans sa probabilité a priori) et donc qu'il ne diffère pas trop d'entités dont on connait l'existence (les personnes). C'est donc à dessein que Swinburne décrit un Dieu qui n'est qu'une personne surpuissante (bourrée aux stéroïdes) plutôt qu'un Dieu qui n'a plus rien à voir avec une personne (genre théologie négative).

2) "Parfaitement libre" = Oui, c'est pas clair, j'avoue. Notez que ce livre n'est qu'un abrégé de trois tomes beaucoup plus épais (mais pas encore traduit en Français). Je suppose que Swinburne veut dire par là que les actions de Dieu ne sont pas déterminées par des facteurs hors de lui (ce qui lui permet d'être cause première).

3) Sur le savoir, je ne vous suis qu'à moitié. Certes, Swinburne n'explique pas du tout comment Dieu sait tout (peut-il faire une expérience de tout ? peut-il tout prédire parce qu'il a créé le monde ?) Par contre, je ne suis pas sûr qu'il soit conceptuellement nécessaire pour avoir une expérience d'être par ailleurs un être physique (même si je suis par ailleurs matérialiste). On pourrait imaginer des êtres immatériels disposant de facultés d'expériences portées par une âme immatérielle.

4) Je suis d'accord pour les remarques sur les sciences de la nature (les scientifiques n'évaluent pas les probabilités de leur hypothèse, ce qui les intéresse, c'est leur pouvoir explicatif). Je pense néanmoins que, mutatis mutandis, ça n'affecte pas des masses l'argument de Swinburne (son idée étant que le pouvoir explicatif de son hypothèse est meilleure : explique autant/plus de phénomènes à un moindre coût)

Bonne lecture !
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tymophil

24/04/11 10:43
Bonjour,

Je viens ce commencer à lire le livre « Y a-t-il un Dieu ? ». N'étant pas philosophe, mais ayant reçu une formation en Mathématiques et Physique, je suis vraiment surpris (voire choqué) par la façon qu'a Mr. Swinburne de présenter les théories scientifiques.
Cependant, ce qui me choque le plus est sa présentation du Dieu du théisme. Il lui donne des caractéristiques qu'on attribue, intuitivement, à un être humain en y ajoutant des « superlatifs », ce qui semble classique, mais plus que daté :
● Tout-puissant
● Omniscient
● Parfaitement libre
Il me semble d'ailleurs qu'il n'explique pas ce qu'il entend par « parfaitement libre ».
Il définit omniscient par : « sait tout ce qu'on peut logiquement savoir à un moment donné. » Il ne semble pas que Mr. Swinburne ait défini ce qu'il entend par « savoir ». J'ai l'impression qu'il entend par là ce qu'un être humain adulte et en bonne santé considère, intuitivement, comme « savoir ». Ce savoir est le fruit des expériences de cet être et, par conséquent, il est lié aux dispositions physiologiques des êtres humains en général et de cet être en particulier. Quelque expérience que j'aie, le savoir que j'en tire est lié à mes sens, à la façon dont l'information est métabolisée par mon cerveau, puis restituée à ma conscience dans ce même cerveau, etc.
Comment peut-on, ainsi, définir « tout le savoir », sans en rester à un niveau d'intuition vague et naïve ? Quelle expérience permet ce « tout le savoir » ? Comment un savoir peut-il être déconnecté de toute expérience ? N'a-t-on pas une notion illusoire (et vide) créée par la simple juxtaposition hasardeuse de mots ?
En fait, tout ce que j'ai lu pour le moment me donne l'impression que Mr. Swinburne fait reposer ses images et son « raisonnement » sur ce genre de jeux de mots mâtinés d'intuition naïves.
Ainsi il semble croire que la science produit des « Lois de la Nature », alors qu'elle ne produit que des modélisations de phénomènes observés et postulés comme naturels et pouvant être modélisés par des modèles suivants certaines règles (qui excluent le surnaturel). Ce que Mr. Swinburne appelle « probabilité de la véracité d'une théorie scientifique » est une notion que je ne connais pas, je n'ai jamais entendu un physicien « évaluer » sa théorie en termes de probabilité, sauf à considérer que quand un scientifique dit : « Cette théorie est plausible en l'état actuel des connaissances. » soit interprété (ce qui serait naïf) comme un recours aux probabilités. Il me semble d'ailleurs qu'on parle plutôt de robustesse d'une théorie.
Je reprends ma lecture... En espérant avoir quelques réponses à mes questions.
Merci de m'avoir lu.
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Lama Teurdam

27/10/09 15:35
@Florian Cova
Merci pour cette longue réponse. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais globalement j'ai toujours l'impression que les croyants sont des gens qui se sont mis dans un pétrin rhétorique invraisemblable en postulant un dieu avec tant d'éminentes qualités à l'origine d'un monde aussi visiblement imparfait... s'obligeant depuis lors à ramer de siècle en siècle pour essayer de bâtir un discours qui tienne (à peu près) debout, à coup de péché originel et autres billevesées improbables. Au moins les dieux de l'Antiquité étaient simples : créer le monde d'abord, s'en désinteresser ensuite : voilà une proposition crédible !
Cela dit, si vous avez les références d'un ouvrage clair montrant la cohérence du discours de l'Eglise sur ce sujet, je suis preneur...
Merci encore
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Florian Cova

27/10/09 11:26
@Lama :

Au sujet du problème du mal, il y a plusieurs problèmes. Le premier est déjà que Swinburne ne place pas la "bonté" comme une qualité primordiale de Dieu : selon lui, cette propriété découle logiquement de sa parfaite liberté. Selon Swinburne, toute inclination au mal découlant de motifs qui interfèrent avec notre liberté, Dieu, étant parfaite liberté, ne saurait être détourné du bien. Personnellement, je ne vois aucune contradiction entre le fait d'être parfaitement libre et celui d'être parfaitement mauvais, et cette déduction, qui se présente comme simple, repose sur de lourds présupposés métaphysiques et psychologiques.

Le deuxième problème est : pourquoi croire de toute façon que Dieu est parfaitement libre donc parfaitement bon ? L'argument du chapitre 4, esquissé dans le compte-rendu, insiste sur le fait que la parfaite régularité du monde (=l'homogénéité des propriétés des composants de base) est ce qui rend possible un monde stable dans lequel nous pouvons vivre. Il faut donc croire que l'Auteur du monde est parfaitement bon (mais pourquoi parfaitement libre ???)

Enfin, le chapitre 6, sur le problème du mal. La solution (classique) part de l'idée de libre-arbitre. Précision : l'omniscience du Dieu de Swinburne est limitée par le libre-arbitre (il ne peut pas prévoir ce que vont faire les hommes). Du coup, c'est le libre-arbitre qui explique la présence du mal causé par les hommes. Mais, bordel !, pourquoi a-t-il donné aux hommes le libre-arbitre ? Parce que c'était mieux ainsi. En effet, selon Swinburne, sans libre-arbitre, pas de comportement vertueux possible. Dieu permet donc le mal pour que la vertu puisse exister. Ce qui fait que Dieu, quoique bon, a une morale singulière : il est une sorte de croisement entre un conséquentialiste et un tenant de l'éthique de la vertu, donc le but est de maximiser les comportement vertueux. La bonté de Dieu est donc bien loin de la nôtre (si nous avions le choix entre un monde ou un connard sauve une personne pour de l'argent et un autre ou homme tente vertueusement de sauver cette même personne, mais échoue, choisirions-nous vraiment le second ?). Pour pallier à ce problème, Swinburne défend la thèse selon laquelle la vertu est un bien pour nous. Expérience de pensée à l'appui : imaginez que vous ne devez vivre que quelques minutes, mais que vous avez le choix entre 1) quelques minutes de plaisir abrutis par les drogues, 2) quelques minutes de souffrance où vous donnez naissance à quelqu'un qui sauvera plein de gens, ne choisiriez-vous pas le second cas.

Et le mal naturel (maladie, catastrophes, etc.) ? Et bien. Cela nous fournit l'occasion d'exercer la vertu, encore une fois (et oui !).

Bien sûr ! Tout cela me semble très discutable. Ne serait-ce que parce qu'il y a de très bonnes raisons de penser que, de toute façon, la vertu et la morale ne nécessite pas un libre-arbitre nous permettant d'échapper au déterminisme.
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