La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
De Dieu comme explication la plus (ou moins) simple
[vendredi 23 octobre 2009 - 00:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Y a-t-il un Dieu ?
Éditeur : Editions d'Ithaque
136 pages / 18 € sur
Résumé : Un essai qui tente de prouver l'existence de Dieu en montrant que le théisme est la plus simple hypothèse pouvant expliquer l'ordre de notre monde.
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Il fut un temps où la question de l’existence de Dieu et la discussion des preuves de son existence constituaient un enjeu d’importance pour la philosophie : les œuvres de Thomas d’Aquin, Descartes, Leibniz ou Kant sont encore là pour nous le rappeler. Aujourd’hui, à l’époque décrite par certains comme celle marquant la « fin de la métaphysique », elle semble être tombée aux oubliettes. Serait-ce parce qu’elle a été résolue ? Loin de là. Mais elle est passée – ou plutôt, dirons-nous, « tombée » - du statut de question susceptible de recevoir une réponse rationnelle, ou du moins raisonnable, à celui de choix personnel. Dans notre monde multiculturel et surtout « tolérant », il semble que les forces en présence se soient largement entendues pour que chacun (athée, agnostique, croyant) reste chez soi et n’aille pas embêter les autres avec ses arguments : chacun croit ce qu’il veut et les vaches seront bien gardées.

On peut être sceptique au sujet de ce pacte de « non-agression argumentative » pour deux raisons. La première - et nous y reviendrons - est qu’il n’y a peut-être pas véritablement d’argument convaincant en faveur de la thèse selon laquelle la question de l’existence de Dieu ne saurait être raisonnablement tranchée. La seconde est que, bien loin de favoriser la tolérance, il se pourrait que cette stratégie, obligeant la raison à déserter le débat théologique, favorise en fait la montée de l’irrationalisme. À une époque où  l’on déplore le « choc des civilisations », on ferait bien de s’aviser que mettre de côté la raison, c’est supprimer tout terrain commun et creuser le fossé entre les interlocuteurs.

Richard Swinburne, lui, est bien loin de penser que la question de l’existence de Dieu ne relève pas du débat argumentatif. Son ouvrage « Y a-t-il un Dieu ? » défend deux thèses. La première est que la question de l’existence de Dieu peut effectivement être abordée de façon rationnelle et faire l’objet d’un débat argumenté entre deux interlocuteurs qui auraient des a priori très différents. La deuxième est que les arguments disponibles penchent en faveur de l’existence de Dieu.

 

La méthode

 

L’ouvrage se divise en sept chapitres, et on peut dire (en simplifiant un peu) que les trois premiers servent à poser les termes de la question et la méthode qui sera employée pour y répondre. Tout d’abord, il s’agit de définir ce qu’on entend par Dieu. Swinburne définit ainsi Dieu comme une personne omnipotente, parfaitement libre et omnisciente. De ces trois propriétés fondamentales découlent certaines autres propriété, comme par exemple celle d’être éternel (au sens de « sempiternel », c’est-à-dire qui est dans le temps mais depuis toujours et pour toujours) ou encore parfaitement bon. Comme on le voit, et de l’aveu même de Swinburne, le Dieu dont il est question est le Dieu des trois grands monothéismes.

Les choses étant mises au clair, comment Swinburne va-t-il procéder pour répondre à cette question ? Dieu n’échappe-t-il pas à toute expérience ? Certes, répond Swinburne, mais ce n’est pas là un problème : les sciences postulent de nombreuses entités qu’il nous est impossible d’observer directement. Pour qu’il soit raisonnable de postuler l’existence d’une entité, il suffit que l’existence de cette entité fasse partie de la meilleure explication possible d’une certaine classe de phénomènes. Et, pour Swinburne, la meilleure explication est l’explication la plus « simple » : c’est-à-dire l’explication qui doit « postuler un petit nombre de causes »  . Bien sûr, la simplicité n’est pas le seul critère, mais elle permet de trancher entre différentes théories qui auraient un égal pouvoir prédictif. Prouver que Dieu existe (ou pas) revient ainsi à montrer que la plus simple des théories qui fournissent les meilleures prédictions au sujet d’un certain type de phénomènes postule (ou pas) l’existence de Dieu. Pour Swinburne, nous allons le voir, l’hypothèse théiste est, parmi les hypothèses qui ont le meilleur pouvoir prédictif, celle qui est la plus simple.

 

Florian COVA
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Titre du livre : Y a-t-il un Dieu ?
Auteur : Richard Swinburne
Éditeur : Editions d'Ithaque
Titre original : Is there a God ?
Nom du traducteur : Paul Clavier
Collection : Collection Philosophie
Date de publication : 12/10/09
N° ISBN : 2916120092
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14 commentaires

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tymophil

01/05/11 20:03
@Florian Cova

1) Donc, le dieu de Swinburne est une création ad-hoc et non le dieu des chrétiens comme il le soutient. De plus, je n'ai pas vu en quoi le fait de supposer qu'il s'agit d'une personne rend cette « hypothèse » plus plausible. Swinburne ne semble pas en parler. On pourrait arguer qu'une personne dotée de caractéristique à la fois si proches de celles des humains (adultes en bonne santé) et aux capacités infinies est plus qu'improbable.

3) Il n'explique pas comment dieu sait quoi que ce soit ! Il serait, me semble-t-il bien en peine d'expliquer ce qu'il entend par savoir. Il joue sur notre intuition : dieu sait comme nous, mais en mieux...

4) Je pense que vous n'avez pas saisi mon objection. La robustesse d'une théorie scientifique n'est pas sa plausabilité... Une théorie scientifique est plausible quand elle postule que les phénomènes sont tous naturels et modélisables par des théories qui ne se contredisent pas les unes les autres et font des prédictions non contredites par l'expérience.
J'ai à présent fini le livre et je ne me souviens pas avoir vu justifier par l'auteur sa prétention que sa théorie théiste a un caractère prédictif. Quelle prédiction fait M. Swinburne pour affirmer que son hypothèse théiste est aussi efficace que les sciences de la Nature ? Je n'ai vu que des explications à postériori : du concordisme.
Merci d'avoir répondu à mes questions.
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Florian Cova

28/04/11 14:34
@tymophil:

Je vais tenter de répondre à vos questions, même si je ne suis pas à proprement parler un grand fan de Swinburne.

1) Le Dieu de Swinburne est très "anthropomorphisé" (il est sempiternel et pas éternel par exemple) - et c'est fait exprès. Swinburne veut que l'hypothèse Dieu soit la plus probable possible. Pour cela, il faut que Dieu ne paraisse pas trop improbable "en soi" (dans sa probabilité a priori) et donc qu'il ne diffère pas trop d'entités dont on connait l'existence (les personnes). C'est donc à dessein que Swinburne décrit un Dieu qui n'est qu'une personne surpuissante (bourrée aux stéroïdes) plutôt qu'un Dieu qui n'a plus rien à voir avec une personne (genre théologie négative).

2) "Parfaitement libre" = Oui, c'est pas clair, j'avoue. Notez que ce livre n'est qu'un abrégé de trois tomes beaucoup plus épais (mais pas encore traduit en Français). Je suppose que Swinburne veut dire par là que les actions de Dieu ne sont pas déterminées par des facteurs hors de lui (ce qui lui permet d'être cause première).

3) Sur le savoir, je ne vous suis qu'à moitié. Certes, Swinburne n'explique pas du tout comment Dieu sait tout (peut-il faire une expérience de tout ? peut-il tout prédire parce qu'il a créé le monde ?) Par contre, je ne suis pas sûr qu'il soit conceptuellement nécessaire pour avoir une expérience d'être par ailleurs un être physique (même si je suis par ailleurs matérialiste). On pourrait imaginer des êtres immatériels disposant de facultés d'expériences portées par une âme immatérielle.

4) Je suis d'accord pour les remarques sur les sciences de la nature (les scientifiques n'évaluent pas les probabilités de leur hypothèse, ce qui les intéresse, c'est leur pouvoir explicatif). Je pense néanmoins que, mutatis mutandis, ça n'affecte pas des masses l'argument de Swinburne (son idée étant que le pouvoir explicatif de son hypothèse est meilleure : explique autant/plus de phénomènes à un moindre coût)

Bonne lecture !
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tymophil

24/04/11 10:43
Bonjour,

Je viens ce commencer à lire le livre « Y a-t-il un Dieu ? ». N'étant pas philosophe, mais ayant reçu une formation en Mathématiques et Physique, je suis vraiment surpris (voire choqué) par la façon qu'a Mr. Swinburne de présenter les théories scientifiques.
Cependant, ce qui me choque le plus est sa présentation du Dieu du théisme. Il lui donne des caractéristiques qu'on attribue, intuitivement, à un être humain en y ajoutant des « superlatifs », ce qui semble classique, mais plus que daté :
● Tout-puissant
● Omniscient
● Parfaitement libre
Il me semble d'ailleurs qu'il n'explique pas ce qu'il entend par « parfaitement libre ».
Il définit omniscient par : « sait tout ce qu'on peut logiquement savoir à un moment donné. » Il ne semble pas que Mr. Swinburne ait défini ce qu'il entend par « savoir ». J'ai l'impression qu'il entend par là ce qu'un être humain adulte et en bonne santé considère, intuitivement, comme « savoir ». Ce savoir est le fruit des expériences de cet être et, par conséquent, il est lié aux dispositions physiologiques des êtres humains en général et de cet être en particulier. Quelque expérience que j'aie, le savoir que j'en tire est lié à mes sens, à la façon dont l'information est métabolisée par mon cerveau, puis restituée à ma conscience dans ce même cerveau, etc.
Comment peut-on, ainsi, définir « tout le savoir », sans en rester à un niveau d'intuition vague et naïve ? Quelle expérience permet ce « tout le savoir » ? Comment un savoir peut-il être déconnecté de toute expérience ? N'a-t-on pas une notion illusoire (et vide) créée par la simple juxtaposition hasardeuse de mots ?
En fait, tout ce que j'ai lu pour le moment me donne l'impression que Mr. Swinburne fait reposer ses images et son « raisonnement » sur ce genre de jeux de mots mâtinés d'intuition naïves.
Ainsi il semble croire que la science produit des « Lois de la Nature », alors qu'elle ne produit que des modélisations de phénomènes observés et postulés comme naturels et pouvant être modélisés par des modèles suivants certaines règles (qui excluent le surnaturel). Ce que Mr. Swinburne appelle « probabilité de la véracité d'une théorie scientifique » est une notion que je ne connais pas, je n'ai jamais entendu un physicien « évaluer » sa théorie en termes de probabilité, sauf à considérer que quand un scientifique dit : « Cette théorie est plausible en l'état actuel des connaissances. » soit interprété (ce qui serait naïf) comme un recours aux probabilités. Il me semble d'ailleurs qu'on parle plutôt de robustesse d'une théorie.
Je reprends ma lecture... En espérant avoir quelques réponses à mes questions.
Merci de m'avoir lu.
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Lama Teurdam

27/10/09 15:35
@Florian Cova
Merci pour cette longue réponse. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais globalement j'ai toujours l'impression que les croyants sont des gens qui se sont mis dans un pétrin rhétorique invraisemblable en postulant un dieu avec tant d'éminentes qualités à l'origine d'un monde aussi visiblement imparfait... s'obligeant depuis lors à ramer de siècle en siècle pour essayer de bâtir un discours qui tienne (à peu près) debout, à coup de péché originel et autres billevesées improbables. Au moins les dieux de l'Antiquité étaient simples : créer le monde d'abord, s'en désinteresser ensuite : voilà une proposition crédible !
Cela dit, si vous avez les références d'un ouvrage clair montrant la cohérence du discours de l'Eglise sur ce sujet, je suis preneur...
Merci encore
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Florian Cova

27/10/09 11:26
@Lama :

Au sujet du problème du mal, il y a plusieurs problèmes. Le premier est déjà que Swinburne ne place pas la "bonté" comme une qualité primordiale de Dieu : selon lui, cette propriété découle logiquement de sa parfaite liberté. Selon Swinburne, toute inclination au mal découlant de motifs qui interfèrent avec notre liberté, Dieu, étant parfaite liberté, ne saurait être détourné du bien. Personnellement, je ne vois aucune contradiction entre le fait d'être parfaitement libre et celui d'être parfaitement mauvais, et cette déduction, qui se présente comme simple, repose sur de lourds présupposés métaphysiques et psychologiques.

Le deuxième problème est : pourquoi croire de toute façon que Dieu est parfaitement libre donc parfaitement bon ? L'argument du chapitre 4, esquissé dans le compte-rendu, insiste sur le fait que la parfaite régularité du monde (=l'homogénéité des propriétés des composants de base) est ce qui rend possible un monde stable dans lequel nous pouvons vivre. Il faut donc croire que l'Auteur du monde est parfaitement bon (mais pourquoi parfaitement libre ???)

Enfin, le chapitre 6, sur le problème du mal. La solution (classique) part de l'idée de libre-arbitre. Précision : l'omniscience du Dieu de Swinburne est limitée par le libre-arbitre (il ne peut pas prévoir ce que vont faire les hommes). Du coup, c'est le libre-arbitre qui explique la présence du mal causé par les hommes. Mais, bordel !, pourquoi a-t-il donné aux hommes le libre-arbitre ? Parce que c'était mieux ainsi. En effet, selon Swinburne, sans libre-arbitre, pas de comportement vertueux possible. Dieu permet donc le mal pour que la vertu puisse exister. Ce qui fait que Dieu, quoique bon, a une morale singulière : il est une sorte de croisement entre un conséquentialiste et un tenant de l'éthique de la vertu, donc le but est de maximiser les comportement vertueux. La bonté de Dieu est donc bien loin de la nôtre (si nous avions le choix entre un monde ou un connard sauve une personne pour de l'argent et un autre ou homme tente vertueusement de sauver cette même personne, mais échoue, choisirions-nous vraiment le second ?). Pour pallier à ce problème, Swinburne défend la thèse selon laquelle la vertu est un bien pour nous. Expérience de pensée à l'appui : imaginez que vous ne devez vivre que quelques minutes, mais que vous avez le choix entre 1) quelques minutes de plaisir abrutis par les drogues, 2) quelques minutes de souffrance où vous donnez naissance à quelqu'un qui sauvera plein de gens, ne choisiriez-vous pas le second cas.

Et le mal naturel (maladie, catastrophes, etc.) ? Et bien. Cela nous fournit l'occasion d'exercer la vertu, encore une fois (et oui !).

Bien sûr ! Tout cela me semble très discutable. Ne serait-ce que parce qu'il y a de très bonnes raisons de penser que, de toute façon, la vertu et la morale ne nécessite pas un libre-arbitre nous permettant d'échapper au déterminisme.
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