On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

S’étant déjà illustré par ses ouvrages divers et variés sur le punk, Françoise Hardy, Noir Désir, ou encore Taxi Girl, Pierre Mikaïloff s’attaque ici à ce que l’on pourrait appeler un monument, tant par la grandeur de son art que par son aspect quasi intouchable. De plus, ledit monument est disparu brutalement, le 14 mars 2009. Il est à la fois faussement aisé et terriblement ardu de retracer aujourd’hui son "vertige de la vie", dixit Pierre Mikaïloff, d’Alain Bashung. Et pourtant… Les raisons de ce choix sont explicites dès les premières pages : « peut-être parce que le troisième album de « l’Alsacien » était la bande-son parfaite de l’époque. Comme une évidence… ».
L’évidence n’apparaît pas immédiatement – il faut une douzaine de chapitres pour que Baschung, devenu entre temps Bashung, connaisse enfin le succès commercial et populaire avec le tube en puissance, incongru et mélodique, « Gaby oh Gaby ». Entre temps, il naît dans le froid du 1er décembre 1947, sans doute bâtard. Il connaît l'ennui terrible de son enfance alsacienne, une première formation rock et maladroite en 1965, une amitié professionnelle avec Dick Rivers. Il essuie l’échec d’un pourtant intelligent premier album, Roman-Photos, tente les disques enregistrés sous le nom de David Bergen ou Monkey Bizness... Question de provoquer, peut-être, un peu de bonne fortune. Cette dernière ne se manifeste finalement pas – pas tout de suite. Mais Bashung s’accroche, livrant des huîtres pour manger son pain, ou se fait chouchouté par une épouse heureusement banquière. Oui, Bashung s’accroche, pendant près de quinze ans, avec un désir lancinant et rageur. Et ce rêve, follement romanesque, en tête… « Je veux le feuilleton à la place/ Oh, oh vertige de l'amour (…) Vertige de l'amour/ Désir fou que rien ne chasse/ Coeur transi reste sourd (…) Vertige de l'amour / J'ai dû rêver trop fort » .
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