On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Huit ans de remue-passé et de triture-présent pour déterrer les morceaux du puzzle bashungien. Plus de deux cent entretiens pour offrir un tracé complet des circuits qui ont forgé, cabossé, malaxé la sensibilité Bashung, celle qui a enfanté ces oeuvres musicales marquées au fer rouge par leur interprète. Telle a été l'entreprise, loin d'être petite, de Marc Besse. Scénariste, journaliste, connu pour sa participation essentielle, depuis plus de vingt ans, aux Inrockuptibles, Marc Besse s'est entraîné, ces dernières années, sur des biographies courtes retraçant le parcours des phénomènes Björk, Noir Désir ou Indochine . Le pari, pour celui qui choisit de répéter l'exercice avec Bashung, est d'aller le plus loin possible dans l'exhaustivité. L'intérêt, quand on se propose de retracer le parcours de Bashung, est de remplir toutes ces cases qui, entre deux disques, trois récompenses et un mariage, ont eu pour ordre de rester silencieuses. Et c'est bien cette mission qu'annonce la feuille de route de Bashung(s), Une vie.
En s'attaquant, en douceur, au cas d'un rocker connu pour ses introversions, ses mélancolies et une allergie affichée au travail de biographie sur sa propre personne, Marc Besse a bel et bien choisi de surmonter une épreuve : pour dénicher le matériau brut, pour livrer une version intégrale, pour dire toutes les lettres de Bashung, il était nécessaire de sauter par-dessus la réticence du principal intéressé. Le temps qui passe aura été le principal allié du journaliste. Si Alain Bashung n'a alors aucune idée de la maladie qui va bientôt le diminuer physiquement, Alain Bashung n'en est pas moins conscient qu'il a pas mal d'années derrière lui, certainement pas autant devant. Il sait qu'il a atteint son but : servir au public un message authentique, une part d'intimité émotionnelle qui sera bue telle quelle, sans être entachée par les détails qui font le concret d'une vie. Donc, si vraiment on crie pour qu'il lâche le(s) morceau(x), après tout tant pis. Après tout ça, oui. « Oh, et puis vas-y, maintenant je m'en fous... », aura dit le biographé en guise de feu vert. Mais pas question de jouer au jeu de la confession directe : « J'ai mis longtemps à oublier certaines choses, ce n'est pas à moi d'y revenir ». C'est à ceux qui sont entrés dans ses cercles privés, parfois pour en sortir, tourner autour, et à nouveau y entrer, que le chanteur confie la tâche de raconter l'histoire du petit garçon, du jeune homme et du monsieur. Et il leur fait confiance pour faire court sur les points trop brûlants.
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