Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

L’ouvrage que les éditions Symétrie (installées à Lyon) proposent aux chercheurs mais aussi plus largement aux amateurs d’histoire de la musique savante représente de très loin la plus vaste entreprise de publication de la correspondance passive du compositeur Camille Saint-Saëns (1835-1921) jamais réalisée à ce jour. Présentée et rigoureusement annotée par Eurydice Jousse, professeur au conservatoire de Metz et par Yves Gérard, professeur honoraire d’histoire de la musique et de musicologie au Conservatoire de Paris, éminent spécialiste de Saint-Saëns, cette somme se présente comme la résultante éditoriale d’une remarquable exposition intitulée « Camille Saint-Saëns et les compositeurs » tenue au Château-Musée de Dieppe du 13 janvier au 9 mars 2009. Cet événement avait notamment permis la redécouverte, lors d’un concert à l’église Saint-Jacques, d’un psaume intitulé Super Flamina Babylonis (concert du 13 février 2009). La politique culturelle engagée par la Ville de Dieppe et la valorisation des collections entreposées au Château-Musée par Saint-Saëns lui-même à partir de 1889 répondent à la demande des spécialistes et du grand public de mieux connaître les riches fonds de cet emblème patrimonial de la cité maritime. Cette dernière exposition de 2009 n’a été que le dernier exemple d’une longue suite de manifestations organisées depuis des années par le Conservateur en chef Pierre Ickowicz dans l’intention de mettre en valeur le caractère exceptionnel des collections placées sous sa responsabilité et dont le joyau – outre les ivoires et les peintures - est sans conteste cette somme d’environ 20000 lettres reçues par l’auteur du Carnaval des animaux tout au long de sa vie. A cet ensemble épistolaire le plus imposant de tous, il convient d’ajouter les centaines de lettres de la Bibliothèque nationale de France, les milliers contenues à la Médiathèque Gustav Mahler à Paris ainsi qu’une myriade de lettres dont on trouve régulièrement la trace dans les catalogues de ventes aux enchères. Il convient de rappeler que le Catalogue Thématique des Œuvres Complètes de Camille Saint-Saëns, publié dans son premier volume par Oxford University Press grâce au travail d’inventaire de Sabina Teller Ratner, fournit la liste de dizaines de bibliothèques et d’institutions musicales à travers le monde conservant notamment une correspondance du « Maître ». L’initiative des éditions Symétrie résulte donc d’une coopération et d’une synergie ayant réclamé le soutien de la Directrice de collection, Malou Haine (professeur à l’Université Libre de Bruxelles, Conservateur du Musée des Instruments de Musique de la même ville, chercheur associé à l’Institut de Recherche sur le Patrimoine Musical Français), l’aide de spécialistes reconnus tels que Marie-Gabrielle Sorret, auteur d’une thèse sur Saint-Saëns soutenue récemment à l’Université François Rabelais de Tours, la collaboration d’acteurs de la vie culturelle dieppoise tels que le responsable du Fonds ancien de la Médiathèque Jean Renoir, Olivier Nidelet, ainsi que la participation d’institutions comme l’Académie de France à Rome ou encore la direction de la musique du Ministère de la Culture.
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