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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Les idées sur le Web

La Forge
Une ressource et un arsenal mis au service de la gauche
Garder son statut, ne pas déchoir
[mardi 20 octobre 2009 - 05:00]
Economie
Couverture ouvrage
La peur du déclassement. Une sociologie des récessions
Éric Maurin
Éditeur : Seuil
94 pages / 9,97 € sur
Résumé : La valeur du statut dans la société française alimente la peur de déchoir, explique l'auteur.
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La peur du déclassement prend aujourd’hui dans la société française des proportions que ne justifie pas le phénomène lui-même (l’immense majorité des français échappe en effet à un déclassement effectif). Il y a à cela une explication rationnelle, explique Éric Maurin  : c’est le coût potentiel que représente aujourd’hui un déclassement, qui tient lui-même aux avantages que l’on tire d’un statut, diplôme ou emploi stable. Ainsi, “en 2008, parmi les jeunes sortis de l’école depuis moins de cinq ans, 47% des non-diplômés étaient au chômage contre à peine 7% des diplômés du supérieur (bac+2), soit un écart de 40 points jamais atteint encore par le passé.” . Cette peur dicte à nos concitoyens nombre de leurs comportements : “Devant l’ampleur de ce que coûterait un échec scolaire ou un déclassement social, chacun mobilise toutes les ressources à sa disposition pour en éloigner le spectre, ce qui attise la concurrence dans les écoles, sur le marché résidentiel et dans les entreprises.” . La récession économique actuelle, comme celles qui l’ont précédée, porte cette inquiétude à son paroxysme, et conduit à valoriser encore un peu plus le statut et la défense de celui-ci, au détriment d’une intégration plus large de la population.

On peut éprouver quelques réticences devant pareilles explications. La volonté que ses enfants réussissent, la crainte de perdre son emploi ou d’en voir diminuer les avantages lorsqu’on est fonctionnaire relèvent-elles complètement des mêmes mécanismes psychologiques ? Sans doute pas. La crainte de perdre son emploi en particulier peut-elle être étudiée en faisant abstraction des conditions de son exercice ? Probablement pas davantage. Mais si l’on en reste à un niveau très général, la préservation de sa position sociale préoccupe tout un chacun, et, dans certain contexte, peut, en effet, être source d’angoisse. Cela vaut en particulier pour l’orientation sociale qui caractérise la société française, dominée par la recherche d’un statut (obtenu à l’issue d’une série d’épreuves et considéré ensuite comme inamovible). C’est cette orientation qui est mise en cause dans ce livre, qui montre à quel point celle-ci peut être contreproductive.
 
Les contrats à durée déterminé (CDD) ont été crées à la fin des années 1970 comme un aménagement à la marge, notamment en faveur de l’emploi des jeunes, du modèle de protection de l’emploi hérité des Trente Glorieuses, nous rappelle Éric Maurin. Au début des années 1980, “un nouveau compromis social finit de se nouer, compartimentant la société en une petite hiérarchie de statuts très inégaux [CDI, CDD, intérim et chômage] face à l’avenir et ne laissant circuler entre eux que de très faibles courants de mobilité réelle, ascendante ou descendante.” . Ainsi, “en cas de ralentissement rapide de l’activité (comme au début des années 1990), les entreprises s’adaptent alors d’abord et avant tout en réduisant les flux d’embauche en CDD et les flux de transformation de CDD en CDI. […] et ce n’est que dans une toute petite minorité de cas  qu’elles doivent, en sus, avoir recours à des licenciements.” . Le même modèle conduit à une relégation des nouveaux arrivants sur le marché du travail, qui s’accroît très fortement lorsque l’activité ralentit. “Dans ce type de modèle, le déclassement est un drame pour ceux qui en sont les victimes, mais il reste rare. La crainte qu’il inspire est en revanche partagée par toute la société et en constitue, à bien des égards, le problème politique central. Chacun commence sa vie avec la peur de ne jamais trouver sa place, puis la finit avec la crainte de voir les protections chèrement acquises partir en fumée ou ne pouvoir être transmises aux enfants. Une telle société est particulièrement difficile à réformer, parce que toute réforme paraît léser une génération au profit d’une autre.” .

Titre du livre : La peur du déclassement. Une sociologie des récessions
Auteur : Éric Maurin
Éditeur : Seuil
Collection : La République des idées
Date de publication : 08/10/09
N° ISBN : 2021002403
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1 commentaire

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Thierry Catrou

25/10/09 17:04
Peur formelle et non réelle ? Éric Maurin volontiers iconoclaste tente une fois de plus d'aller à l'encontre du sentiment général. Le déclassement serait une vue de l'esprit et non une réalité tangible et pourtant si cette fois-ci il usait un peu trop du "just limit". Le déclassement n'est-il pas déjà là dans tout un ensemble de signes... Peut-être pas ceux usuelles auxquelles ont recourt les économistes mais bel et bien perçues par tous. Le coût de la vie selon l'INSEE qui oublie" des indices significatifs (portable, Internet...), celui d'un chômage qui oscille au gré des crises, d'un avenir que l'on annonce forcément sombre, d'inégalités qui de toute évidence se sont creusées entre les riches et les autres... C'est bien toutes les croyances sur l'avènement des middle class comme modèle dominant qui sont aujourd'hui remises en cause... et là !

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