On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Entre les mises en cause pour ses frasques supposées avec des prostituées et ses remarques outrancières sur la couleur de peau de Barack Obama, Silvio Berlusconi se trouve aujourd’hui au centre de fortes turbulences politico-médiatiques. Malgré cette situation inespérée pour elle il y a encore quelques mois, la gauche italienne, par manque d’initiative et de personnalité charismatique, ne parvient pas à profiter de l’aubaine, consternant un peu plus chaque jour ses électeurs. Face à cette atonie, ces derniers pourraient cultiver une forme de nostalgie des années 90, lorsque la sinistra tenait les rênes du pouvoir.
De quelle gauche parle-t-on ?
C’est justement à cette période que des chercheurs français et italiens – historiens, sociologues, économistes… - ont choisi de s’intéresser dans « Refaire l’Italie : l’expérience de la gauche libérale (1992-2001) ». Ils tentent d’analyser l’action des différents gouvernements qui ont exercé le pouvoir alors que la République italienne traversait une tempête sans précédent. L’opération « Main propres » déstabilisa en effet la plupart des partis politiques de l’époque, tandis que l’assassinat des juges antimafia Falcone et Borsellino, et la crise économique poussaient alors le pays au bord du précipice.
Pour ces spécialistes, l’action menée pendant ces années a changé, parfois sauvé, l’Italie et doit, dans la plupart des domaines étudiés, servir aujourd’hui de base pour le futur programme de la gauche. Peut-on cependant identifier la gauche toute entière (même libérale) aux réformes menées durant cette période ? Au final, l’ouvrage rend en effet moins hommage à des partis, des courants ou même des idées qu’à des hommes remarquables, courageux et intègres qui ne correspondent pas vraiment à la figure classique de « l’homme de gauche » telle qu’on l’entend habituellement. Giuliano Amato (président du Conseil en 1992-1993, puis en 2000-2001), bien qu’issu du Parti socialiste italien, était l’un des partisans de Benedetto Craxi, chantre de l’alliance tout sauf idéologique avec la Démocratie chrétienne, parti de centre-droit. Carlo Azeglio Ciampi (chef du gouvernement en 1993-1994), proche certes de la gauche, a surtout fait toute sa carrière à la banque centrale italienne jusqu'à en devenir directeur général. Lamberto Dini (1995-1996), voire Romano Prodi (1996-1998), ont le même parcours de « techniciens » pragmatiques. Seul Massimo D’Alema (1998-2000), ex-jeune loup du Parti communiste italien, a un profil différent. Mais son action comme président du Conseil a été souvent décrite comme médiocre par beaucoup de spécialistes. Il est d’ailleurs peu cité par les chercheurs.
Beaucoup de semi-réussites
Comme l’explique Piero Caracciolo, qui a dirigé les travaux regroupés dans l’ouvrage, les réformes ici évoquées ont souvent eu des résultats mitigés. Qu’il s’agisse de l’éducation, de l’immigration, de l’administration ou de l’action pour le Mezzogiorno, on peut tout au plus parler de semi-réussite pour la plupart des mesures. Il est vrai néanmoins que certaines représentent un tournant dans l’histoire du pays. La réforme Berlinguer – Mauro, pour une nouvelle école, en est l’illustration. Avant cet ensemble de lois, l’Italie s’appuyait sur le système établi par Giovanni Gentile… en 1923. Seuls « la passivité et l’immobilisme de la classe politique » avaient marqué les décennies suivantes. Résultat : entre une massification de la population scolaire mal gérée, une déscolarisation précoce de nombreux jeunes, ou encore le désarroi des professeurs, la politique éducative fait l’objet du mécontentement général aux débuts des années 90, par. Tout devait être repensé. Dans ce contexte, les différents textes de cette période revêtent un caractère exceptionnel. Ils devaient « aligner l’Italie sur les autres grands pays industrialisés » . Le prolongement de la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans, tout comme l’unification de l’école secondaire, la création de l’obligation de formation, et l’attribution de l’autonomie organisationnelle et didactique aux établissements scolaires répondent à ce besoin. Avec l’aide de nombreux intellectuels, mais sans que celle-ci soit « inspirée d’un courant de pensée, scientifique ou politique » , Berlinguer et Mauro sont donc les auteurs de la plus grande réforme de l’éducation depuis Gentile. Une réforme qui demeure malgré tout inachevée : « les principales mesures […] abrogées en 2003 par le gouvernement suivant [dirigé par Silvio Berlusconi], n’ont jamais été pleinement appliquées » .
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