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critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Toutes les images de Genet
[samedi 17 octobre 2009 - 17:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Toutes les images du langage : Jean Genet
Frieda Ekotto, Aurélie Renaud, Agnès Vannouvong
Éditeur : Schena Editore
232 pages / 25 € sur
Résumé : Un ensemble admirable de textes qui concourt incontestablement à une meilleure compréhension de l’univers genétien.
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Fruit d’un concours franco-états-unien, le livre de F. Ekotto, A. Renaud et A. Vannouvong, intitulé Toutes les images du langage : Jean Genet  explore la pensée de ce dernier. Suite à un colloque organisé en 2007 à l’Université de Miami, l’ouvrage  propose une relecture transdisciplinaire de cet auteur dont on célébrera le centième anniversaire de naissance en 2010. La vaste question des stéréotypes, de leur emploi et de leur portée dans l’écriture genétienne y est analysée, ainsi que la relation équivoque d’amour et de haine que Genet entretenait avec l’expression française. Adoptant une attitude de paria, ce dernier n’a cessé de dévoiler les poncifs pour mieux les malmener et miner au moyen de l’écriture les bases de la société qui l’a évincé. Les réflexions élaborées dans ce livre mêlant divers points de vue - politiques, esthétiques et littéraires - permettent ainsi d’appréhender sous ses différents aspects la problématique des lieux communs.


Une confluence se dégage entre les études de Michel Corvin, René de Ceccatty et Sylvain Dreyer : ces trois interventions abordent, chacune à sa façon, la problématique de la déréalisation et de l’effacement. La première analyse le paradoxe du non-être chez Genet, la deuxième se fonde sur le statut atypique des revenants au théâtre, et la troisième, uniquement dédiée à Un captif amoureux, questionne le phénomène de fulgurance. Dans son article « L’être du non-être ou le contretype du stéréotype », Michel Corvin  montre dans un premier temps que depuis qu’Aristote l’a impulsé avec sa mimésis, le théâtre qui a tenté de capter le réel en se faisant le témoin de l’existence (ou présumée telle) est corrodé de poncifs psychiques (l’amante éprise), sociaux (le barbon amoureux), politiques (le méchant capitaliste ou le bon ouvrier) et religieux (l’inaltérable foi de la sainte). Puis l’auteur précise qu’il est davantage question de l’absence et de la mort que du mal dans l’œuvre théâtrale de Genet, qui a cessé d’écrire du théâtre - « ce lieu de la présence/absence » - à quarante-huit ans.


Le romancier et dramaturge René de Ceccatty souligne quant à lui dans sa contribution comment « le spectre, le neutre, le vide » traversent toute l’œuvre de l’écrivain. Le thème de la disparition de la chair au profit de la vision d’une figure allégorique ou fantomatique est, par exemple, central dans son ultime livre, Un captif amoureux. Selon lui, la « réalité » s’estompe continuellement au profit de son spectre qui est l’art. Nombre de passages de cet ouvrage expriment cet attrait pour la disparition, comme l’illustre notamment : « Madame s’échappe » qui ponctue la sortie de cette figure dans Les Bonnes .


L’intervention de Sylvain Dreyer , « ‘‘Un millième de seconde’’. Stéréotype et fulgurance dans Un captif amoureux » vise à montrer combien l’idée d’une identification de Genet aux Palestiniens est une idée erronée : son intransigeance de poète est inconciliable avec une soif d’union avec un corps politique et national. Genet revendique ainsi sa « non-appartenance à une nation, à une action où [il] ne [se confondit] jamais» : « Le cœur y était ; le corps y était ; l’esprit y était. Tout y fut à tour de rôle ; la foi jamais totale et moi jamais en entier » . Genet a une posture doublement marginale : à l’écart de l’Occident et des mouvements de solidarité avec les peuples du Tiers-monde. Il envisage un rapprochement avec l’Autre palestinien qui reste toujours distanciée et ouverte, selon un principe de détour : détour idéologique (méfiance par rapport à la propagande pro-palestinienne), détour spatio-temporel (manifestation de l’écart entre l’« avant-ailleurs » et le « maintenant-ici »), et détour poiétique. Le Captif questionne le mécanisme qui modifie la représentation de l’Autre, édifiée par les militants ou les journalistes étrangers, passant du statut de témoignage à celui de poncif exotique ou idéologique. De même que les adversaires perçoivent l’étranger en tant qu’étranger, l’observateur critique s’attache à défaire les stéréotypes auxquels les Occidentaux réduisent les révolutionnaires palestiniens. En particulier, Le Captif atteste d’une vigilance constante aux clichés issus de la presse occidentale, notamment aux poncifs des médias visuels (les images des magazines) ou audiovisuels. Cet aspect critique s’accompagne de l’élaboration d’un langage qui entend dissoudre les clichés idéologiques et restituer l’intensité : son écriture fragmentaire favorise la création d’« images d’autant plus fortes qu’elles [sont] faibles. »  Les interrogations poiétiques que pose Genet dans cette œuvre « métatextuelle » concernent les problèmes soulevés par l’engagement artistique sincère, celui qui ne renonce ni à la politique, ni à la poésie.

Titre du livre : Toutes les images du langage : Jean Genet
Auteur : Frieda Ekotto, Aurélie Renaud, Agnès Vannouvong
Éditeur : Schena Editore
Collection : « Biblioteca della ricerca »
Date de publication : 01/04/09
N° ISBN : 8882297837
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1 commentaire

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Cavalcanti 1

25/02/10 10:11
Bravo!Je croyais avoir beaucoup (et bien) lu sur Genet, et là vous me prouvez le contraire. Votre travail de critique qui doit donner envie est parfait...Je vais me fendre de 25 euros...Ca fera ça de moins pour aller boire un coup avec mes potes, sous Brest, en face la mer que je ne verrais peut-etre plus du même oeil - si je dois en croire votre article

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