On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

D’ailleurs, la pratique du comédien Michel Fau qui a joué le rôle de Madame Irma dans cette dernière mise en scène (Le Balcon, mise en scène de Sébastien Rajon, Athénée, Théâtre Louis-Jouvet, 2005) nous offre une vision complémentaire. Il y évoque cette aventure théâtrale dans laquelle le travestissement a une place capitale car, dans Madame Irma, tous les rôles féminins - et plus largement les multiples tonalités humaines - coexistent dans un seul rôle. Le comédien revendique justement le caractère subversif de l’interprétation de ce rôle féminin qui opère une déconstruction des identités sexuelles et perturbe les codes sociaux en évitant le manichéisme. L’interprète considère enfin que l’artiste n’a pas pour mission de livrer des solutions mais de témoigner du fonctionnement humain avec toutes ses ambivalences, sa barbarie et son aveuglement.
La dernière contribution revient à l’écrivain Gilles Leroy qui nous livre les prémices d’une pièce inédite, intitulée Ange soleil, basée sur l’univers de Notre Dame des Fleurs. Dans le roman, Genet évoque un condamné à mort prénommé Ange Soleil qu’il classe parmi les guillotinés des années 1930 et 1940 alors qu’il aurait été gracié. Ce criminel a laissé peu de traces, hormis celles d’une suprême noirceur ; féroce criminel, brutal co-détenu, dénonciateur et manipulateur, il se serait associé avec les pires gardiens carcéraux sous l’occupation allemande. La pièce inédite de Gille Leroy se déroule une nuit d’août 1944. Les soldats américains entrent dans Paris. Sur les toits des édifices, soldats allemands et miliciens français livrent leurs derniers combats. A L’Olympic, un bar dansant situé entre Blanche et Pigalle, une mère attend l’exécution de son fils, Ange Soleil, qui sera décapité en automne. Tous ceux qui ont côtoyé le premier supplicié de la France libre peuvent certifier qu’il était bien un « monstre ».
Finalement, deux inédits de Genet - une lettre à André Breton, datée du 20 juillet 1948 et un poème manuscrit inséré dans un cartouche intitulé Cœur boréal - complètent admirablement cet ensemble substantiel et capital qui concourt incontestablement à une meilleure compréhension de l’univers genétien![]()
A lire aussi :
- Le dossier complet de Nonfiction.fr sur Jean Genet.
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