Carl Schmitt : politique du mythe ou mythe du politique ?
[lundi 12 octobre 2009 - 05:00]
Philosophie
Carl Schmitt ou le mythe du politique
Yves-Charles Zarka (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Il faut ainsi dire pour conclure que cet ouvrage véritablement passionnant (nous n’avons pas pu aborder tous les articles faute de temps, ils méritent tous d’être lus), pêche parfois dans sa volonté obsessionnelle de vouloir mettre un terme au débat sur les textes de Schmitt. Il se montre impuissant devant l’explication de la fascination prolongée que suscita et continue d’exercer Schmitt chez des intellectuels de tout bord. On ne peut que rester consterné qu’un intellectuel comme Jean-Pierre Faye se permette de discréditer le travail de Derrida (son collègue au Collège international de philosophie) au simple motif que les "replis de la déconstruction"
(sic !) ne justifient pas l’accord d’une place importante à Schmitt. Rappelons que Derrida a toujours approché le texte schmittien avec prudence, déconstruisant l’idée schmittienne de l’indissoluble couple ami-ennemi avec finesse
. Il y a véritablement des faits graves à propos de Schmitt que le livre dénonce (on pense ici à l’influence décisive qu’a eu Schmitt dans la justification des lois de Nuremberg), et que tout lecteur doit prendre en compte, ou encore l’antisémitisme farouche que Schmitt n’a d’ailleurs jamais renié, mais que les lecteurs de "gauche" de Schmitt n’ignorent pas non plus. La remise en contexte de la pensée de Schmitt, faite avec des sources convaincantes par les auteurs, ne peut conduire à la dissolution de sa pensée, son caractère intempestif reste, et c’est peut-être là que les auteurs font le jeu par défaut du mythe schmittien, celui du triomphe du rationnel sur le mythique. Ainsi, les discussions à propos de Schmitt sont donc loin d’être achevées, et c’est la discussion passionnée qui devrait s’en tirer à bon compte
7 commentaires
Giorgio
Spartel
Quand on pense à l'utilisation de Carl Schmitt faite par quelques maoccidents blingblinguisés dans l'air d'un temps nauséabond, on ne peut que saluer l'initiative déjà ancienne de Zarka pour contrecarrer la réhabilitation d'un nazi de la première heure à la dernière heure. Il n'y a aucune entrave à la lecture des textes de Schmitt ; les textes sont là !. Mais une simple mise en garde est nécessaire face à une pensée qui a alimenté de façon directe le génocide des Juifs d'Europe, les fondements juridiques du 3ème Reich et le bellicisme hitlérien. Merci monsieur Zarka.