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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Carl Schmitt : politique du mythe ou mythe du politique ?
[lundi 12 octobre 2009 - 05:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Carl Schmitt ou le mythe du politique
Yves-Charles Zarka (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
208 pages / 15,20 € sur
Résumé : Un ouvrage passionnant, qui pêche parfois dans sa volonté obsessionnelle de vouloir mettre un terme au débat sur les textes de Schmitt.
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Un lecteur intéressé par les œuvres de Carl Schmitt, ou désireux d’approfondir sa connaissance du personnage et du "penseur" (on ose à peine utiliser ce mot), sera bien en peine de déceler quelques éléments positifs dans la doctrine et la pensée schmittienne après la lecture des contributions réunies par Yves Charles Zarka. Le livre appartient à la collection "Débats philosophiques" des PUF, mais de discussions dans ce volume, il n’y en aura pas. Il faudrait plutôt parler ici de procès à charge envers cet intellectuel effectivement controversé qu’est Carl Schmitt. Il faut rappeler ici que cet ouvrage poursuit en quelque sorte une polémique lancée par Yves Charles Zarka (spécialiste incontournable de la philosophie politique) en 2002 dans le journal Le Monde, à propos du caractère nazi de la pensée de Carl Schmitt, et de la nécessité de ramener ce que certains ont voulu considérer comme œuvre intellectuelle et objet d’intérêt à un simple document historique (rappelons ici que la distinction porte sur l’idée que l’œuvre nous interpelle toujours au-delà de son temps, alors que le document s’inscrit dans un moment historique dont il n’est qu’un témoignage  ). Cette réaction vive résultait de la publication au Seuil dans la collection "L’ordre philosophique" d’un livre de Carl Schmitt consacré au Léviathan de Hobbes , dont certains passages à caractère antisémite donnaient matière à discussion (faut-il le lire ? comment le lire ?). L’intérêt marqué et relativement nouveau d’une certaine gauche pour l’œuvre de Schmitt (Balibar, Bensaïd, Negri) ou en tout cas pour certains concepts réinterprétés à l’aune du nouvel âge mondialisé (Etat d’exception, souveraineté, etc.), laissait planer un doute quant à cette utilisation. En effet, les vertus de l’analogie masquent parfois malentendus et intentions douteuses. Quand bien même on découvre progressivement dans ce petit volume passionnant et remarquablement informé, des informations inédites (analyse détaillée du rapport entre Christoph Steding et Carl Schmitt par exemple), il était nécessaire de mettre en garde le lecteur qui chercherait un moyen neutre de rentrer dans les textes de Schmitt, il y trouvera une clôture morale très haute, estampillée nazisme et antisémitisme, qui devrait le décourager définitivement de faire usage, ne serait-ce qu’innocemment, de ce document "bio-dégradant" ; l’auteur ici-même a dû s’y reprendre à deux fois sur ses erreurs passées de lecteur peu convenable.

L’intérêt de ce volume réside dans la solidité historique de son argumentation, dans les détails offerts sur le contexte intellectuel des années Weimar et sur les interventions décisives de Schmitt à cet égard dans le changement de régime (voir l’hypothèse de Faye sur l’implication de Carl Schmitt dans la conception des lois de Nuremberg, qui promet de futurs débats houleux), ainsi que de la publication d’un texte inédit en français "La théorie politique du mythe". On ne peut pas dire véritablement que les auteurs soient de mauvaise foi, ou qu’ils tendraient à nous induire en erreur, au contraire, le programme est sèchement annoncé dès les premières lignes : "Cela reviendra à montrer que, contrairement à ce que certains, et même beaucoup, voudraient nous faire accroire, Schmitt n’est ni le penseur du politique, ni le penseur de l’Etat moderne ou postmoderne. Si on a pu le dire, c’est que notre temps est celui d’une confusion philosophique et politique telle qu’on peut faire passer la contrefaçon la plus grossière pour la chose même."  Le nœud du débat est ici centré autour de deux positions : d’une part ceux qui pensent que Schmitt est le penseur du politique par excellence (Julien Freund par exemple), capable de saisir le politique en son essence, au-delà de ses contingence historiques, voire étatiques (le politique survit à l’Etat en quelque sorte), d'autre part ceux qui, comme Zarka et les autres contributeurs, affirment l’idée polémique – et justifiée par une argumentation tout aussi solide – que cette détermination de l’essence du politique relève du mythe, d’un espace imaginaire transrationnel qui, à bien y réfléchir, semble s’accorder avec les dérives inhumaines et barbares de la période nazie. A cette injonction introductive, il faut faire débat, et juxtaposer, par honnêteté intellectuelle, celle de Balibar dans son introduction au livre sur Hobbes : "A fuir ce problème (n.b. lire analyser la pensée stimulante de Schmitt), à multiplier les incantations dissuasives, on se condamne au mieux à la bêtise, au pire à l’impuissance dans les malencontres d’une histoire qui force est d’en convenir n’est pas encore finie" . On entrevoit ici le danger devant le fait de clore le débat à propos de Schmitt, auquel Balibar oppose la libre recherche, mais aussi une meilleure connaissance de l’ennemi, celle d’un réalisme devant les forces agissantes de la théorie. Pourquoi ne pas avoir convié Etienne Balibar, spécialiste émérite de la philosophie politique, dont la probité intellectuelle paraît difficile à remettre en cause, à contribuer, même d’une voix discordante à ce débat intéressant ? Passons.

Titre du livre : Carl Schmitt ou le mythe du politique
Auteur : Yves-Charles Zarka (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Débats philosophiques
Date de publication : 13/05/09
N° ISBN : 2130576001
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7 commentaires

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Anonyme

19/10/09 10:18
Il n'est pas certain que les choses soient aussi simples. D'un côté la barbarie insupportable et de l'autre la pluralité joyeuse du monde et de ses collectivités. Opposer Schmitt et Arendt n'est pas si évident. Relisez les textes d'Arendt sur l'autorité, on trouve dans les interstices des lignes schmittiennes.
Schmitt a proposé des concepts qui font écho aux ambiguïtés propres au politique, qui sont ceux d'état d'exception, de décision, d'ennemi, etc. Ce qu'il ne faudrait surtout pas perdre c'est l'idée que la pensée de Schmitt a évolué, oscillé entre une vision eschatologique de catastrophe et de renouveau et la vision plus sobre d'une civilisation politique classique comme lieu de conciliation. Il est impossible de réduire ces idées au nazisme, sous peine d'embrasser une vision réductrice elle-même tentée par le totalitarisme.
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Spartel

19/10/09 08:28
Vos interventions n'ajoutent rien.
Rappel : les textes sont là !
Personne n'interdit la lecture de Schmitt.

Rappel : Vigilance, vigilance, ce " penseur" fut à l'origine de la base idéologique et juridique du nazisme, de ses génocides et de son bellicisme.
L'inimitié et l'inhumanité sont au centre de la pensée de Schmitt ; toute politique de la prudence est bannie; le conflit inscrit dans la nature humaine. Cette immanence du mal au sein de l'existence politique ne rejoint pas Machiavel ou Hobbes mais revient aux principes de la guerre comme actualisaton ultime de la négation existentielle d'un autre être.
À tous ces salauds qui ont fait du XXème siècle, un siècle de merde, je préfère la compagnie d'Hannah Arendt pour qui la politique repose sur un fait, la pluralité humaine et l'objet de la politique, le monde .
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Giorgio

18/10/09 12:15
"Les textes sont là." - Et alors?
"Vigilance critique" - Bien sûr! Quoi de neuf?
"La vie politique est sérieuse" - Assurément! Mais encore?

Je ne vois toujours pas en quoi cela devrait interdire une lecture et une relecture de Carl Schmitt. Que voulez-vous, l'idée de vouloir dissuader de lire une oeuvre ne me convient pas et c'est ce que je critique chez Zarka qui prétend l'avoir lue pour nous.
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somni

17/10/09 23:09
Hum, un livre pour dissuader de lire Carl Schmitt, une critique qui a pour effet de dissuader de lire le livre tendant à dissuader de lire Schmitt
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Spartel

16/10/09 17:05
L'art d'écrire de Schmitt est un art accompli de la dissimulation et des ruses rhétoriques.
Au fond sa haine de la démocratie constitutionnelle est contenue dans ses discours péremptoires qui autorisent tous les travestissements idéologiques tout en déformant la réalité historique ; il érige l'inhumanité en Loi dans un État fort sous l'autorité du Führer.( pour lui, c'était Adolf Hitler )
Les textes sont là.
Ce que dit Zarka, c'est la nécessité d'une vigilance critique. Pourquoi ?
Parce que la vie politique est sérieuse et qu'elle a pour horizon la possibilité de la guerre et le risque de la mort violente.

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