La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Penser à vif
[jeudi 01 octobre 2009 - 22:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
La Philosophie en France au XXe siècle. Moments
Éditeur : Gallimard
643 pages / 9,12 € sur
Résumé : Une histoire de la philosophie originale, qui tente de sentir la vie de la pensée pour mieux comprendre le vivant, dont l’enjeu archéologique véritable, masqué par les analyses qui le constituent, est l’invention d’une nouvelle métaphysique vitaliste.
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Pour familière que lui soit la philosophie française du XXe siècle, le lecteur de l'ouvrage de Frédéric Worms  en découvrira des aspects inédits, goûtant, non sans perplexité, au charme d’arrangements inattendus et de compositions nouvelles. Plus qu’une histoire de la philosophie, cet essai illustre en effet une nouvelle manière de l’écrire. Cette originalité a un prix : elle suppose la trame connue, et qui voudrait trouver ici une introduction aux grandes doctrines du siècle passé risque fort de rester sur sa faim. Car si l’érudition est toujours maîtrisée, le propos est dense et souvent elliptique, du fait de la méthodologie retenue, procédant par "moments".


Le pouls de la pensée

Cette "histoire-problèmes", toute relationnelle, ne considère les problèmes ni comme purement immanents aux auteurs (Deleuze) ni comme objectivement identifiables (Foucault), encore moins comme éternels, mais plutôt comme des entités composites, où les trajectoires historiques subjectives esquissent des constellations communes. Elle refuse donc de choisir entre l’étude "interne" et "externe" des œuvres philosophiques. Ni Zeitgeist ni "air du temps", ou épistémè , un moment se caractérise en effet à la fois par un problème précis, original, dessiné par l’ensemble des liens que tissent entre elles des œuvres singulières, et par une rupture par rapport au moment précédent. Principe d’intelligibilité, le moment ordonne la diversité des réponses apportées à un défi commun en autant de "positions", susceptibles d’être infléchies par des "prolongements" de la problématique. Encore cet agencement est-il souterrain, donc aperçu seulement – comme une "figure dans le tapis" – à la faveur de rapprochements suggestifs, qui mettent également en rapport les bordures de la philosophie (esthétique, politique, sciences).

Fondamentalement ouvertes et dynamiques, les relations entre œuvres singulières dégénèrent souvent en oppositions rigides, qui réduisent un problème à un thème (le "spiritualisme"), ou une pensée à un courant (le "bergsonisme"). Et c’est à l’aune de ces cristallisations qu’on peut comprendre les ruptures irréversibles qui caractérisent le passage au moment suivant. Mais, du fait de leur vitalité, les œuvres se prêtent aussi à de multiples reprises, comme Frédéric Worms le montre très bien dans le cas de Bergson. Et "la tension même entre l’ouverture et la fermeture, dans la relation entre les œuvres philosophiques, anime et jalonne aussi, dans son histoire, la relation entre les moments qu’elles parcourent" , sans pour autant qu’une dialectique parvienne à la surmonter en une synthèse définitive . Par quoi l’histoire de la philosophie, qui constitue elle-même un exercice de reprise , prétend plonger "au cœur des problèmes et des œuvres" . Auscultant ces étonnements singuliers, qui se prolongent en questions spécifiques, reliant les individus à leur temps, elle perçoit les échos de la vie même de la pensée.

C’est donc à trois niveaux d’abstraction différents qu’on lira cet ouvrage. En discutant, une à une, les riches études dont l’ambition est de déceler à chaque fois l’unité d’une pensée. En découvrant, peu à peu, la figure des divers moments dont ces analyses particulières dessinent les contours. En éprouvant, enfin, la cohérence des mouvements de rupture et de reprise entre ces problèmes, et conduisant au défi présent. Particulièrement convaincant pour le moment de la Seconde Guerre mondiale – le plus important du livre – l’exercice l’est moins pour les autres. C’est que, même si elle s’enrichit de remarques suggestives sur les transferts internationaux, bienvenues mais trop peu développées au regard des tentatives contemporaines "d’histoire croisée" , l’enquête portant sur le moment 1900 explique assez mal en quoi le problème de l'esprit rompt avec le positivisme. Le moment structuraliste est, en outre, très peu traité, même si l’auteur, concédant un déséquilibre, se défend d’en avoir minimisé l’importance . Aussi bien n’est-il pas étudié pour lui-même, mais simplement à titre de transition vers le défi contemporain du vivant. Véritable fil rouge de l’ouvrage, celui-ci n’est malheureusement qu’évoqué à la faveur de remarques éparses et trop allusives. Dommage. Car réserver à l’explicitation du but intime de ce projet intellectuel une publication séparée  , c’est courir le risque d’attirer sur l’entreprise des critiques déplacées (omissions arbitraires, biais interprétatifs, etc.) qui en méconnaissent l’originalité .

Philippe LACOUR
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Titre du livre : La Philosophie en France au XXe siècle. Moments
Auteur : Frédéric Worms
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio essais
Date de publication : 15/04/09
N° ISBN : 2070426424
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