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Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale.

André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.  

Les idées sur le Web

La Forge
Une ressource et un arsenal mis au service de la gauche
Une histoire philosophique
[jeudi 01 octobre 2009 - 22:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
La Philosophie en France au XXe siècle. Moments
Frédéric Worms
Éditeur : Gallimard
643 pages / 9,12 € sur
Résumé : Une somme importante sur la philosophie française du XXe siècle, dont la méthode cherche à renouveler les principes mêmes de l’histoire philosophique.
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Moments

Peut-il y avoir une "histoire du présent", au sens où l’entendait Michel Foucault, dès lors que, comme l’écrit Frédéric Worms dans la dernière partie de La Philosophie en France au XXe siècle, "ce n’est pas seulement notre présent qui est confus, mais tout présent, le présent comme tel"  ? Écrire l’histoire du présent, voilà sans doute, selon un tout autre style philosophique, l’une des ambitions du dernier ouvrage de Frédéric Worms, dont la dernière partie s’intitule précisément "Vers le moment présent". Le livre est donc un projet d’histoire philosophique, mais dont la motivation historique se soutient précisément d’une décision philosophique, ainsi explicitée : "Il se peut (nous le soutiendrons) que la notion de “moment” doive jouer le rôle d’un principe, pour l’ensemble de l’histoire de la philosophie" . Mais qu’est-ce qu’un moment, tel que Frédéric Worms le conçoit ?

Un moment, dit Frédéric Worms, n’existe comme tel que s’il est pris dans une "succession" chronologique, c’est-à-dire une histoire ; mais l’histoire dans laquelle il s’inscrit, et par laquelle, sans doute, il se définit, risque paradoxalement d’en étouffer la singularité. Ainsi, dans le cas du vingtième siècle français, la succession des moments a "été si forte, […] si nette", que lesdits moments en sont "venus à se masquer les uns les autres, au point qu’on en oublie leur contenu, leur importance, les relations qu’ils tissent entre eux ainsi que, de manière ouverte, avec ce qui s’est fait ailleurs" . En ce sens, l’histoire risque toujours d’inquiéter la lisibilité du moment, qui doit pouvoir être extrait de la linéarité diachronique en laquelle il s’insère ; mais pour autant, le moment ne peut exister seul, dans la pureté et la clôture de son contenu synchronique. Le moment n’est donc pas l’instant . Le moment, dit très précisément Frédéric Worms, se définit à travers les relations qu’il "tisse" avec d’autres moments, et "c’est donc bien à travers ces relations et à travers ces relations seulement, étudiées pour elles-mêmes, que l’on pourra faire apparaître la réalité de tels moments philosophiques" .

En proposant la notion (renouvelée) de moment, la méthode de Frédéric Worms tend donc à dépasser l’opposition de l’histoire (principe dynamique d’enchaînement et de succession) et de l’instant (principe statique d’unité et de clôture) : le moment se donne donc comme la lisibilité des instants de l’histoire. Le moment, c’est le texte – tissu ou texture – en quoi s’articulent histoire et instants ; d’où l’insistance de Frédéric Worms sur la radicalité des ruptures entre les trois grands moments qu’il définit : l’esprit, l’existence, puis – moment présent – la structure et le vivant. Dès lors, comme l’écrit Frédéric Worms, la relation entre les moments n’est pas une relation dialectique qui surmonterait la rupture en la réinscrivant […] dans une histoire absolue de “l’esprit”", mais c’est plutôt "une rencontre entre des singularités, à travers la rupture irréversible entre des moments eux-mêmes singuliers, que rien ne viendra totaliser" . De ce point de vue, comme le marque nettement Frédéric Worms, "qu’il y ait un “moment” veut dire aussi discontinuité" . D’où le projet de "reprendre l’histoire ouverte des relations et des ruptures qui ont tissé les moments de la philosophie du XXe en France" . Ainsi le moment ne prend sens qu’au travers d’une motilité triple, faite de ruptures, de relations, et de reprises. Le moment n’a donc lieu – et temps – qu’au pluriel : Moments.

Vouloir rendre compte d’un ouvrage si vaste, et si riche d’enjeux, dans l’espace d’une telle recension, relève certes de la gageure. Il ne peut donc être question d’exhaustivité. Nous nous contenterons donc d’insister sur trois points qui, parmi l’ensemble des traits de la philosophie française du XXe siècle soulignés par Frédéric Worms, nous paraissent de toute première importance dans le projet d’une lecture séculaire de notre philosophie.

Titre du livre : La Philosophie en France au XXe siècle. Moments
Auteur : Frédéric Worms
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio essais
Date de publication : 15/04/09
N° ISBN : 2070426424
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