Une guerre qui ne dit pas son nom
[vendredi 25 septembre 2009 - 23:00]
Moyen-Orient
La nouvelle guerre médiatique israélienne
Denis Sieffert
Éditeur : La Découverte
Les chiffres parlent pourtant d'eux même : 1.300 palestiniens tués selon
Al Watan, 1.166 selon l'armée israélienne. Chiffre auquel il faut ajouter 5.300 blessés, dans une grande majorité civile. Côté israélien, on dénombrait 10 militaires et 3 civils tués. A première vue, on peut avouer que la comparaison devient difficile à tenir...
Mettre en lumière et dénoncer la désinformation
Avec
La nouvelle guerre médiatique israélienne, Denis Sieffert, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Politis, s'attaque une nouvelle fois à cet épineux problème que sont la désinformation et la propagande en temps de guerre. Après
La guerre israélienne de l'information : désinformation et fausses symétries dans le conflit israélo-palestinien, l'auteur persiste et signe. L'ouvrage s'attaque à de nombreux sujets régulièrement mis de côté par les médias dominants : diabolisation et dépolitisation du Hamas, dénonciations d'antisémitisme à chaque critiques portées à Israël, lobby politique et économique, etc.
Mais loin d'être parfait, le livre se dénote par son côté militant voire partisan, ce qui le fait tendre vers des critiques trop prévisibles. Denis Sieffert ne s'en cache pas, et le revendique dès les premières pages : "
Le journaliste engagé que je suis[...]".
Cette notion est donc à garder constamment à l'esprit durant toute la lecture de l'ouvrage. Beaucoup de lecteurs ne verront là qu'une simple rhétorique pro-palestinienne, réduisant ainsi la légitimité, dans ce cas, du chercheur-journaliste. De plus, le manque de subtilité noie le propos et fait tomber une grande partie de l'argumentaire à plat.
Enfin, l'auteur s'attarde trop peu sur un point essentiel de ce conflit : la rétention de toute information par l'état hébreu, imposant aux journalistes un véritable blocus hors de la bande de Gaza, entraînant de cette façon un "recadrage de l'information " sur Israël (et en particulier sur Sdérot) de journalistes obligés de rendre des comptes à leurs rédactions ; parallèlement, cette impossibilité d'aller et venir a eu pour résultat de bloquer, durant un certain moment du moins, les images insoutenables en provenance Gaza. Après l'époque des journalistes
embedded, transportés dans les chars de Tsahal même, voici venu le temps des JRI sortant leurs télé-objectifs pour tenter de capter une explosion à plus d'une vingtaine de kilomètres, épaulés de leurs rédacteurs qui tentent d'en faire une information.
Mais malgré ces défauts, la sortie de cet ouvrage reste à souligner car il est l'un des seuls à se focaliser sur cet aspect du conflit israélo-palestinien. Le travail de recherche, de synthétisation et de mise en perspective permet au lecteur une vue d'ensemble du contexte médiatique, de ses réseaux, et donc de la mise en place de cette guerre qui ne dit pas son nom. La réflexion mériterait d'être plus poussée, mais elle a au moins le mérite de ne pas assommer de chiffres ou de références spécialisées un lecteur peu enclin à se pencher sur cette question on ne peut plus controversée, si souvent sujet à polémiques Toutefois, cela reste à double tranchant. Si le livre se veut accessible il peut tout autant être dénoncé pour faible utilisation de sources. Tout dépend donc du lecteur. Cet ouvrage reste donc une bonne manière d'introduire ce problème, encore insuffisamment traité, même par les cercles universitaires malgré des avancées récentes, et ainsi de remettre en questions la plupart des idées préconçues que l'on peut avoir sur l'objectivité journalistique et sur le traitement médiatique. Ce livre pose les bases essentielles à toutes critiques fondées et pertinentes, et mériterait d'ouvrir la voie à un foisonnement plus conséquent d'ouvrages sur le même thème.
Dans l'attente de cette éventuelle floraison intellectuelle, on retiendra les paroles de Gideon Levy, journaliste au quotidien de gauche
Haaretz, écrivant à propos de l'opération
Plomb Durci : "Il n'y avait aucun doute sur qui était David et qui était Goliath dans cette guerre" . Cette asymétrie principalement militaire emmène avec elle désinformations, manipulations et propagande ; ce qu'a réussi à affirmer l'auteur. Mais ce qu'il a omis de surligner, ou si peu, c'est que cette analyse est valable dans les deux sens. Le Hamas et le Hezbollah, propulsés en nouveaux David, ont également compris les règles du jeu depuis fort longtemps. Et eux aussi comptent bien s'en servir, s'appropriant petit à petit les outils et le savoir-faire propre à l'information et plus encore à la communication. La boucle est ainsi bouclée et la recherche de la paix continue ; sous l'œil médiatique, évidemment. CQFD.
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A lire également sur nonfiction.fr, le dossier ''Persistant conflit israélo-palestinien", ainsi que l'interview de Denis Sieffert sur son livre.
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