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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

L’humanitaire, un sujet-carrefour pour l’histoire sociale
Le dernier numéro du Mouvement social nous offre un dossier copieux pour un magnifique objet d’histoire sociale certes, mais aussi d’histoire politique et religieuse : une introduction programmatique ambitieuse signée par les deux coordinateurs du numéro, Axelle Brodiez et Bruno Dumons ; six articles consistants ainsi que de nombreux compte rendus qui attestent une bibliographie d’ores et déjà importante et internationale.
Nouveau secteur d’intervention, paradigme de notre modernité, « l’humanitaire » a non seulement la capacité de redéfinir le périmètre de ce qu’on a appelé, depuis le XIXe siècle, la « question sociale » mais il bouscule aussi les outils intellectuels qui s’en sont emparés en sciences sociales, ainsi que l’historiographie qui lui a donné son épaisseur chronologique. D’où l’intérêt de la publication de cet ensemble dans une revue comme Le Mouvement social, lieu intellectuel dynamique qui depuis 1960, structure autant qu’il relaie les évolutions d’une histoire sociale autrefois dominante, aujourd’hui trop facilement mise au rancard. Sous les auspices de la regrettée Madeleine Rebérioux mais aussi d’Antoine Prost et de Patrick Fridenson, son animateur et sa mémoire, Le Mouvement social incarne une histoire à la fois savante et engagée, attentive aux luttes et ouverte au débat critique. C’est ce qu’elle prouve ici, sur un sujet qui met à mal les catégories de l’histoire sociale classique : par le brouillage pratiqué par l’humanitaire entre l’échelle nationale, échelon classique du combat mais aussi du progrès social lié à l’institution de l’État-providence, et l’échelle internationale ; par la transformation d’acteurs socio-politiques classiquement identifiés comme les partis, les syndicats, les mutuelles remplacés par des associations, des ONG, de la gouvernance mondiale ; enfin, par l’étanchéité souvent instituée entre le monde militant et la foi religieuse qui se trouve complètement niée dans l’engagement humanitaire, que celui-ci soit « domestique » ou international.
Chemins qui mèneront quelque part
Plusieurs grands axes sont définis qui montrent combien la nouveauté du sujet entraîne avec elle les questionnements historiographiques les plus récents et dessine un large programme scientifique pour les années à venir : les cultures de guerre, l’histoire des catastrophes, le nouvel emboîtement entre le fait religieux et le fait politique, l’échelle transnationale. Si le numéro ne peut tisser toutes ces pistes, il contribue cependant à en dessiner quelques horizons fermes.
D’abord, la périodisation, dans une tentative de généalogie d’un phénomène qui pour apparaître comme moderne, voire post-moderne, n’en date pas moins du XIXe siècle et de l’avènement des guerres totales (les guerres d’unité italienne, notamment Solferino en 1859, guerre de Sécession et leur accomplissement, la Première Guerre mondiale). La Croix rouge, les Quakers interviennent dans la guerre franco-prussienne de 1870 [Rebecca Gill] pour des motifs divers et parfois concurrents mais ils contribuent à définir une « nouvel ethos de compassion rationnelle » qui justifiera désormais les missions d’interposition et les secours aux blessés puis aux réfugiés de guerre, acception première de l’action humanitaire - telle qu’elle se concrétise aussi dans la mobilisation américaine contre les massacres d’Arméniens dans les années 1890 [Ann Marie Wilson]. La Seconde Guerre mondiale fait rupture par l’ampleur des désastres et l’échec du CICR (Comité international de la Croix Rouge) face au génocide juif [Sébastien Farré et Yann Schubert].
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