On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le président vénézuélien Hugo Chavez, encore bête noire de l'administration Bush il y a moins d'un an, volait lundi la vedette aux stars américaines sur le tapis rouge du Lido. Débonnaire et blagueur au point d'emprunter un appareil photo devant les journalistes pour se faire lui-même sa photo souvenir, El Presidente venait soutenir Oliver Stone qui présentait South of the Border, un documentaire engagé sur tous ces pays d'Amérique du Sud qui ont osé braver le dictat du FMI et la politique étrangère des Etats-Unis. Excédé par la présentation caricaturale qui est faite dans les médias étasuniens de Chavez (« pire que Ben Laden »), Stone a décidé d'aller s'entretenir avec ces dangereux « dictateurs », démocratiquement élus et souvent réélus au Vénézuela, en Bolivie, en Argentine mais aussi au Paraguay, en Équateur et bien sûr au Brésil. Puisque le président bolivien, Evo Morales, est considéré au nord du continent comme un « drogué » à cause de son habitude de mâcher des feuilles de coca, Oliver Stone s'amuse dans son film à faire l'expérience, déclenchant une franche rigolade dans la salle. Plus tard, c'est le président équatorien qui explique qu'il a souhaité mettre un terme à la présence de bases militaires des Etats-Unis sur son territoire, expliquant aux Gringos que s'ils voulaient avoir une base, ils devaient accepter de leur côté que les Équatoriens disposent d'une base à Miami. La salle de projection, bondée, finissait alors de s'enflammer lorsque Chavez évoquait avec Stone la possibilité d'une contagion du bolivarisme depuis l'Amérique latine vers les Etats-Unis.
Au restaurant des stars, Oliver Stone a pu rencontrer un autre personnage fort en gueule, Michael Moore, venu dans la lagune présenter son dernier opus, Capitalism: A Love Story, à vrai dire plutôt le récit d'un cauchemar bien réel pour des million d'Etasuniens. Là encore, l'accueil réservé par le public, largement italien et assez jeune, fut triomphal. Usant de toutes les ressources du cinéma, l'animation, le doublage, les ralentis et les montages, Moore s'attaque aux fondements du capitalisme libéral caractérisé par la recherche du profit à tout prix, le mépris des vies humaines et l'absence totale de justice sociale ou simplement de morale. Inlassablement, il explique comment de nombreuses grandes entreprises s'enrichissent avec les assurances-décès de leurs employés, comment les pilotes de certaines compagnies aériennes, payés seulement 16 à 20 mille dollars par an, sont contraints d'avoir un deuxième emploi – avec les conséquences que l'on imagine sur la sécurité aérienne –, ou encore comment le juge d'une petite ville de la côte Est s'enrichit en plaçant les jeunes en détention pour la moindre broutille. Et puis ceux qui suivent Moore depuis la fin des années 80 pourront apprécier sa touche habituelle, lorsqu'il tente d'entrer à Wall Street pour récupérer l'argent du peuple indûment offert aux banquiers se gavant de bonus, quand il entoure les grandes banques d'une banderole en plastique « Scènce de crime – ne pas dépasser », ou encore lorsqu'il apostrophe des traders en espérant que l'un d'entre eux lui explique comment fonctionnent les produits dérivés.
Même si l'on devait s'en tenir à la sélection officielle proposée par Marco Müller, c'est avec un autre œil, après les films de Stone et Moore, que l'on peut considérer le thriller Brooklyn's finest (d'Antoine Fuqa, avec le fringant Richard Gere), The Men Who Stare at Goats (de Grant Heslov, avec George Clooney, un habitué de la Mostra) ou The Informant (de Steven Soderbergh, avec Matt Damon). Le premier nous dresse le portrait de flics new-yorkais si mal payés et si peu considérés – l'un d'entre eux est sur le point de se faire expulser comme dans le film de Moore ! – qu'ils finissent par franchir la ligne et devenir des « bad guys ». Le deuxième film revient sur une unité spéciale de l'armée des Etats-Unis usant de techniques psychologiques pour faire craquer les présumés terroristes et enfin, The Informant se base sur des faits réels pour rappeler la nécessité qu'il y a à autoriser les lanceurs d'alerte ('whistle blowers') qui découvrent des malversations importantes dans leurs entreprises.
5 commentaires
hum ...
=> ça concerne aussi Cuba ? Et le Venezuela ? Chavez n'aspire-t-il pas à un pouvoir personnel ? ...
La situation au Honduras n'est pas scandaleuse parce qu'elle est une dictature "de droite" (ou dans "de gauche" dans autre pays), mais parce qu'elle est une dictature tout court.
Chantal
A l'heure où le Honduras est sous l'empire d'une dictature de droite après un coup d'état militaire, on respire mieux en compagnie d' Oliver Stone, d' Hugo, Chavez et Michael Moore. Vive la démocratie !
Bravo aux réalisateurs américains qui remettent les pendules à l'heure ! Il était temps après toutes les calomnies déversées sur le peuple vénézuélien et les autres Président d' Amérique Latine.
Les peuples se libérent et ne veulent plus être sous le joug des USA qui n'a cessé d'implanter des dictaures fascistes ou des états autoritaires sur tous le continent pour mieux l'exploiter à sa guise. Ouf ! Les peuples de l' Ouest se libèrent aussi !
Sauf au Honduras hélas ! Le dictateur Roberto Michelletti vient d' abolir les libertés publiques et privées, les médias sont muselés, les opposants assassinés ( Plus d'une quinzaine de tués à ce jour ), la presse libre abolie. Il est temps de réagir et de crier notre solidarité avec le peuple Hondurien qui lutte pour la démocratie et la liberté.
C'est fou le silence assourdissant en France. On fait comme si la droite Hondurienne n'existait pas et comme si la terreur qu'elle instaure non plus. Mais où sont donc nos intellectuels -droits -de -l'hommiste -attitrés ? Où se cache BHL, Gluxman, Adler et autre thuriféraire de Georges Bush ? Depuis la chute de la maison ( B)ush-er et la faillite du système néolibéral fracassé par la crise, on ne les entend plus. Tous Muets. Plus personne pour défendre les Honduriens sous la botte de R. Mickeylletti.
Bon. Et bien à vrai dire ça nous fait des vacances. Les droits de l' homme a géométrie variable, moi je ne connais pas. Et si certains pratiquent, c'est que c'est louche.
merci pour l'article et longue vie à Oliver Stone.
bof
On constate qu'il est possible de faire des films critiques sur les Etats Unis, et le capitalisme.
Je serai curieux de voir un film Venezuelien sur la corruption dans ce pays.
DENG
Tant qu'il y a des gogos pour applaudir!!!
MAO
Encore faut-il espérer que le cinéma joue bien un rôle d'alerte pour le plus grand nombre!