On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La sociologie des organisations a mis en évidence, par comparaison avec les entreprises, l’importance du cadre institutionnel pour les associations . En effet, contrairement à l’entreprise, l’association ne peut se légitimer simplement sur la base d’une production de biens et de services, ce qui suppose de gérer la compatibilité entre des logiques d’action dépendant de l’institution d’une part, et des logiques d’adaptation à l’environnement d’autre part. Elle a ainsi tenté de dégager, en mobilisant différents angles, que lui suggèreraient ses méthodes d’analyse, des traits spécifiques du fonctionnement associatif et des problèmes qu’il rencontre, dont celui de l’adoption souvent problématique d’une logique d’entreprise, plaquée sur la réalité associative. Dans la continuité de ces premiers travaux, certains auteurs ont cherché à mieux définir le rôle des dirigeants d’association, à l’articulation d’une double socialisation, civique d’une part, et professionnelle d’autre part .
Il est dommage que cet ouvrage, consacré à la gouvernance des associations, qui compte par ailleurs quelques-uns des auteurs des livres précédemment cités (dont Jean-Louis Laville qui a rédigé l’introduction de celui-ci), ne fasse qu’une place finalement limitée à l’analyse du fonctionnement associatif telle qu’ébauchée par les travaux ci-dessus (qui croisaient systématiquement, outre l’analyse de la contingence, les analyses socio-techniques, stratégiques et identitaires). La grille d’analyse qu’il propose, centrée sur l’examen détaillée des différentes ressources dont disposent les associations, aussi intéressante soit elle, ne recouvre en effet que l’un des angles sous lesquels les travaux précédents examinaient ce fonctionnement. Celui-ci, spécialement pertinent pour les questions qui intéressent l’économie solidaire, d’encastrement et de pluralité des activités économiques, est en effet loin d’offrir un éclairage complet sur le fonctionnement des associations, il est probablement, pour cette raison, tout à fait insuffisant lorsqu’on examine la question des dispositifs de gestion et de gouvernance dont celles-ci devraient se doter. Mais ce livre n’en constitue pas moins l’une des toutes premières tentatives de caractériser et de réfléchir à l’utilisation de la gestion par les associations (à côté des multiples programmes de recherche concernant les dispositifs de gestion qui ont été lancés ces derniers temps dans différentes disciplines) et il mérite de retenir l’attention pour cela.
La première partie du livre, centrée sur l’explication des choix méthodologiques (bien expliqués au demeurant dans l’introduction de Jean-Louis Laville), apporte peu de choses originales. Marthe Nyssens montre, dans une revue de littérature, comment l’analyse économique des organisations a pu être extrapolée aux associations définies comme organisations privées non lucratives. Philippe Bernoux repart, quant à lui, des principaux concepts de la sociologie des organisations (de l’action collective et de la coopération, du pouvoir et du conflit, du changement et de l’identité) pour examiner dans quelle mesure ceux-ci peuvent s’appliquer aux associations et/ou en quoi ces dernières diffèrent d’autres formes d’organisations comme les entreprises ou les administrations. Salvador Juan, de son côté, ancrant sa réflexion sur les concepts fondamentaux de la sociologie, prônant une perspective qu’il nomme “actionnalisme institutionnaliste”, insiste fortement sur la nécessité de prendre en compte la dimension de la création et du changement institutionnels dans l’analyse du phénomène et du mouvement associatifs.
Distinguer les associations selon le type de ressources dont elles disposent
Plus directement utilisable, la grille d’analyse élaborée par Laurent Gardin pour étudier les associations propose de croiser les types de ressources monétaires et non monétaires mises à leur disposition (ventes de services, subventions, cotisations, adhésions et dons, mais aussi évaluation des aides indirectes et du bénévolat, en précisant à chaque fois leur objet) et l’étude de leur origine (particuliers, secteur privé, secteur public, économie sociale et solidaire), en prenant en compte les motivations qui ont présidé à leur attribution ou les relations que leurs apporteurs entretiennent avec l’association. Peut-être pas tout à fait aussi novatrice qu’il y paraît (toute personne ayant pratiquée l’analyse économique des associations sait l’importance qu’il faut attacher aux modalités et aux conditions selon lesquelles les ressources leur sont mises à disposition), cette grille n’en offre pas moins un outil pour distinguer différents types d’associations dont le fonctionnement peut alors être étudié sous divers aspects. Comme le notent les auteurs, elle a vocation à se substituer à l’analyse de la contingence, développée par la sociologie des organisations, centrée sur les configurations productives, qui apparaît peu pertinente s’agissant des associations.
1 commentaire
MOUDA